M. ISAMBERT.--C'est la vérité. (_Hilarité prolongée._)

_M. le ministre des affaires étrangères._--Messieurs, s'il y a un pays

dans lequel ceci ne doive pas être contesté, c'est assurément le

nôtre. Depuis 1789, la France a fait de grandes choses; elle les a

faites avec beaucoup d'aveuglement, de passion, d'erreur, beaucoup de

mauvais systèmes et d'intérêts personnels. Mais c'est un élan

généreux, ce sont de nobles désirs qui vous ont fait tenter et

poursuivre ces grandes et belles choses. Ne contestez pas à d'autres

une gloire que vous avez vous-mêmes méritée. Si vous assistiez,

messieurs, à ces grandes réunions, à ces _meetings_, où tant d'hommes

de bien, réunis par le sentiment d'une piété ardente, se dévouent à

cette cause, si vous voyiez, si vous entendiez ce que l'honorable M.

Isambert a vu et entendu comme moi, il n'y a pas un de vous qui ne fût

convaincu qu'au-dessus des sentiments personnels, au-dessus de

l'égoïsme national, il y a des sentiments désintéressés, des

sentiments généreux, un grand amour du bien et de l'humanité,

véritable mobile de ce grand travail que maintenant il faut poursuivre

ou abandonner. (_Très-bien! très-bien!_)

M. LANJUINAIS, _de sa place_.--Il ne s'agit pas des principes, il

s'agit des moyens.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Je dis qu'il s'agit de le

poursuivre ou de l'abandonner. Eh bien, je suis de ceux qui veulent le

poursuivre; je suis de ceux qui croient que ce qui se passe au milieu

de nous, ces travaux qui se préparent au nom du gouvernement du roi

pour l'abolition de l'esclavage, ces commissions, ces études

auxquelles tant d'hommes de bien se livrent, je suis, dis-je, de ceux

qui pensent que tout cela n'est pas vain, que tout cela ne doit pas

être vain, et qu'il serait étrange, qu'il serait ridicule, au moment

où vous préparez l'abolition de l'esclavage, de détruire, d'affaiblir

du moins les mesures qui ont pour objet d'abolir la traite. Songez-y

bien, messieurs; ne renoncez pas à ce que vous avez entrepris.

L'expérience qui nous donne la sagesse ne doit pas nous rendre

égoïstes; parce que nous aurons appris à nous défendre des chimères,

parce que nous aurons appris à être patients et modérés,

deviendrons-nous glacés et impuissants? Non, non; cela ne sera pas.

Nous acquerrons, nous déploierons les qualités qui sont indispensables

pour mener à bien de telles oeuvres: d'abord la persévérance, et quand

je dis persévérance, je ne parle pas de dix ans, je parle de bien

plus. Une autre qualité plus difficile peut-être, c'est de savoir

accepter les inconvénients du bien qu'on veut faire et des mesures qui

y conduisent. Il n'y a point de bien gratuit en ce monde; il n'y a

point de bien qui ne coûte des sacrifices, des efforts, qui ne fasse

courir des dangers; cela est vrai. Ainsi, dans les conventions de 1831

et 1833, il y a des inconvénients, des abus, des dangers possibles. Je

soutiens qu'il y a aussi des garanties, des moyens de lutter contre

ces dangers. C'est à vous, c'est à votre gouvernement de savoir se

servir des garanties; mais résignez-vous aux inconvénients,

résignez-vous aux abus; luttez contre le mal, et ne renoncez pas au

bien; n'affaiblissez pas aujourd'hui, entre les mains de votre

gouvernement, les moyens qu'on lui avait donnés il y a dix ans pour

poursuivre cette oeuvre, ces moyens qui n'ont jamais donné lieu à

aucun abus qui vaille le bruit qu'on en fait aujourd'hui. (_Marques

nombreuses d'assentiment._)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 164 / 219 题