CXIV

Sur les conventions de 1831, 1833 et 1841 pour l'exercice du droit de

visite en mer, afin d'arriver à l'abolition de la traite des nègres.

--Chambre des députés.--Séances des 22 et 24 janvier 1842.--

Dès l'ouverture de la session de 1842, et dans la première séance de

la discussion de l'adresse (17 janvier), les conventions de 1831 et

1833, pour l'abolition de la traite des nègres par l'exercice du droit

mutuel de visite, et la nouvelle convention conclue à Londres le 20

décembre 1841 dans le même but, furent vivement attaquées, entre

autres par M. Billault qui proposa un amendement tendant à leur

abolition. Je lui répondis:

M. GUIZOT.--Messieurs, l'honorable préopinant a déterminé lui-même

avec précision le but de son amendement. Il s'agit de décider la

Chambre à exprimer un blâme, un blâme positif contre les conventions

conclues en 1831 et en 1833 pour rendre efficace la répression de la

traite des noirs. Ce n'est pas uniquement du nouveau traité, non

encore ratifié, qu'il s'agit, mais des conventions antérieures et du

principe sur lequel elles reposent.

Je prie la Chambre de permettre que je lui retrace en peu de mots

l'histoire de cette négociation.

La convention de 1831, conclue seulement entre la France et

l'Angleterre, portait (art. 9): «Les hautes puissances contractantes

au présent traité sont d'accord pour inviter les autres puissances

maritimes à y accéder dans le plus bref délai possible.»

Des négociations furent constamment suivies pour amener l'adhésion des

autres puissances maritimes.

Le Danemark, la Sardaigne, les villes hanséatiques, Lubeck, Brême,

Hambourg, la Toscane, les Deux-Siciles, ont successivement adhéré au

traité. Toutes ces puissances, dont l'honorable membre vous disait

tout à l'heure qu'elles n'obtiendraient pas, comme la France l'avait

obtenu, le droit de réciprocité, mais qu'elles seraient soumises à la

visite absolue de l'Angleterre, toutes ces puissances ont accédé au

traité et ont obtenu le droit de réciprocité comme la France. (_Aux

centres_: Très-bien!--_Rires à gauche._)

_Voix à gauche._--Ce n'est pas étonnant, elles ont peur!

_M. le ministre._--On peut sourire du principe de réciprocité; mais il

est impossible de ne pas reconnaître que c'est la meilleure

protection, le droit le plus efficace que les faibles puissent

réclamer contre les forts. (_Dénégations à gauche._)

Si, en toute occasion, les forts accordaient aux faibles, seulement en

principe, la réciprocité, soyez sûrs que ce serait pour les faibles

une grande conquête, et tenez... (_Interruption_) et tenez pour

certain que ces mêmes puissances, qui ont accepté le traité à cause du

principe de réciprocité, ne l'auraient pas accepté à d'autres

conditions. J'ai une trop haute idée de leur honneur pour ne pas

croire que c'est précisément le principe de réciprocité, introduit

dans le traité, qui les a déterminées à y accéder.

Mais trois grandes puissances restaient en dehors; depuis 1836 des

négociations furent suivies pour les déterminer à entrer dans le

traité. Elles firent une objection de forme et de dignité personnelle;

elles dirent qu'il ne leur convenait pas d'accéder à une convention

antérieurement conclue entre deux puissances; elles demandèrent qu'un

traité spécial et nouveau fût conclu avec elles. La base de ce traité

nouveau fut posée à Londres, en décembre 1838, dans une conférence. La

France et l'Angleterre proposèrent à l'Autriche, à la Prusse et à la

Russie, une convention qui devait être, entre les cinq puissances, la

reproduction des deux conventions déjà conclues entre la France et

l'Angleterre.

Vous voyez, messieurs, qu'il me serait facile d'éluder, d'atténuer, du

moins pour mon compte personnel, la responsabilité de cet acte. Je

n'ai fait que conclure ce qui avait été décidé et formellement proposé

en 1838, qu'étendre aux trois puissances nouvelles ce qui se

pratiquait entre les deux autres depuis dix ans.

Mais je n'élude point cette responsabilité; je l'accepte et pour le

traité de 1841, et même pour les conventions antérieures auxquelles

j'ai été étranger.

Je crois que ces conventions ont eu pour objet, pour objet unique,

d'atteindre un but louable, un but généreux, la répression d'un trafic

infâme; je crois qu'elles ont, en effet, puissamment contribué à

atteindre ce but, qu'elles ont donné lieu à de minces abus, et

qu'elles contiennent en elles-mêmes des garanties efficaces contre les

abus possibles.

Écartons d'abord de cette question tout ce qu'on a dit sur le droit

des neutres; il n'est point question du droit des neutres, et il n'est

en aucune façon entamé ni réduit par les conventions dont il s'agit.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 158 / 219 题