M. THIERS.--La moitié de l'acquisition.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Encore un fait de même

nature. Vous avez été embarrassés pour faire construire chez vous un

certain nombre de machines à vapeur. La Hollande vous a ouvert ses

ateliers. Vous avez trouvé dans son gouvernement bienveillance et

faveur.

Ainsi cette mésintelligence déplorable qui s'était établie entre la

France et la Hollande, depuis la révolution de 1830, a cessé et cesse

de jour en jour. Et c'est ce moment où les deux pays rentrent dans de

bons rapports, où l'harmonie se rétablit entre eux, c'est ce moment

que vous prendriez pour donner à la Hollande une marque, je ne dirai

pas de malveillance, ce serait injuste, mais de froideur, pour ne pas

saisir du moins l'occasion de resserrer et d'étendre vos liens avec

elle!

Et vous prendriez ce parti, lorsque la Hollande sort de l'association

prussienne dont elle avait fait partie! Oui, messieurs, l'association

prussienne ne renouvelle pas son traité avec la Hollande; la Hollande

sera complétement en dehors de cette association; elle sera libre,

elle demeurera suspendue, en quelque sorte entre la France et

l'Allemagne. Choisirez-vous ce moment pour la repousser, pour

l'éloigner? Ne saisirez-vous pas, au contraire, cette occasion de

l'attirer à vous, de contracter avec elle de nouveaux liens?

(_Très-bien! très-bien!_)

Messieurs, permettez-moi de rappeler un fait ancien qui sera pour tout

le monde, si je ne me trompe, un utile enseignement.

À la fin du XVIe et au commencement du XVIIe siècle, Sully d'abord,

Richelieu ensuite, voulurent s'assurer l'amitié de la Hollande; ils en

avaient besoin dans leurs relations avec le reste de l'Europe, dans

leur lutte contre la maison d'Autriche, pour des guerres flagrantes ou

prochaines. Que firent Sully et Richelieu? Ils donnèrent à la Hollande

la fourniture de tous les approvisionnements du gouvernement français.

Voilà le prix que Sully et Richelieu payèrent à la Hollande pour

s'assurer son concours politique dans leurs rapports avec l'Europe. Et

cela a duré cinquante ou soixante ans.

Messieurs, on ne nous demande pas aujourd'hui de payer si cher. Si je

pouvais mettre sous vos yeux le résultat des conventions conclues par

Sully et Richelieu avec la Hollande, et les résultats du traité qu'on

vous propose de sanctionner, vous verriez que la différence est grande

et que nous pouvons nous assurer les bons rapports avec la Hollande à

infiniment meilleur marché que Sully et Richelieu ne l'ont fait.

Il est vrai que Sully et Richelieu voulaient se servir de la Hollande

pour des projets de conquête et de guerre contre l'Europe. Nous

n'avons aucun projet semblable; nous ne cherchons ni la guerre ni la

conquête, nous n'avons nul besoin et nul désir des alliances

exclusives, hostiles, conçues en défiance et presque en menace contre

d'autres nations.

Notre politique, la politique que nous tenons à pratiquer en fait

comme à soutenir en principe, c'est la politique de la paix, de la

bonne intelligence avec toutes les nations de l'Europe, de la bonne

intelligence plus étroite, plus intime avec celles qui se montreront

disposées à l'étendre et à la resserrer. Nous y prêterons-nous, ou

nous y refuserons-nous? Voilà la vraie question.

Messieurs, il faut que je le répète, ce n'est pas au nom des intérêts

commerciaux seuls, c'est surtout au nom des intérêts politiques que

cette question doit être résolue. Je crois que, sous le point de vue

des intérêts commerciaux, l'importance du traité est infiniment moins

grande qu'on ne l'a dit de part et d'autre. La discussion doit laisser

dans l'esprit de la Chambre cette impression que, soit sous le rapport

des dommages pour certains intérêts, soit sous le rapport des

avantages pour certains autres, commercialement parlant, le traité a

moins d'importance qu'on ne veut lui en attribuer; politiquement, il a

une importance très-grande, c'est de celle-ci que j'ai essayé de

frapper l'esprit de la Chambre; c'est ce qui détermine le gouvernement

à persister dans le projet de loi et à repousser tout amendement.

(_Très-bien! Très-bien!--Aux voix! aux voix!_)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 153 / 219 题