_M. le ministre._--Est-ce que le pays n'a pas été constamment maître
de juger entre vous et nous? Est-ce que toutes nos institutions,
l'élection, la discussion, la garde nationale, n'ont pas été
respectées? Est-ce que ce n'est pas au pays que nous en avons appelé?
Est-ce que ce n'est pas la confiance dans le pays, dans son opinion,
dans sa liberté, dans son influence, dans son intervention, qui a
dirigé le cabinet du 29 octobre? Est-ce que le pays lui-même ne s'est
pas prononcé? (_Oui! oui! Non! non!_)
C'est par la discussion libre, par la liberté, par l'influence active
du pays que nous avons gouverné.
Ne parlez donc pas de méfiance: nous avons confiance dans le pays. Au
milieu des obstacles que nous rencontrons, dans les difficiles défilés
que nous avons à traverser, c'est au pays que nous nous adressons;
c'est sur lui que nous comptons; c'est par lui que nous agissons.
Non, messieurs, non! nous ne nous méfions pas du pays, et c'est parce
que nous ne nous méfions pas de lui que nous sommes convaincus qu'il
saurait soutenir, et soutenir jusqu'au bout, une guerre juste et
nécessaire.
On prétend que nous n'osons pas prononcer le nom de guerre, que nous
avons renoncé à ce grand moyen de gouvernement.
Non, messieurs, ne croyez pas cela; cela n'est pas vrai. Nous saurions
au besoin prononcer le mot de guerre; mais nous n'avons pas voulu de
la guerre que vous prépariez (_Rumeurs diverses_), parce que nous ne
la croyions pas juste, parce que nous ne la trouvions pas nécessaire,
parce que nous la considérions comme fatale au pays (_Bruit_), fatale
à son honneur comme à sa sécurité (_Oui! oui! Non! non!_), fatale à
son honneur, à sa considération (_Nouveau mouvement_) morale comme à
son bien-être. Mais s'il s'était agi d'une guerre juste, nécessaire,
vraiment nationale, nous aurions pensé, nous aurions agi tout
autrement. Dieu, je l'espère, éloignera de nous une telle perspective.
J'espère que mon pays ne sera pas de longtemps appelé à ces guerres
justes et nécessaires qui exigeraient toutes ses forces et lui
imposeraient tous les sacrifices. Mais si jamais ce cas arrive, ce
jour-là nous saurons faire appel à tous les sentiments généreux,
hardis, dévoués. Je ne dis pas que ce jour-là vous ne seriez pas avec
nous; mais soyez sûrs que nous, nous ne manquerions pas au
rendez-vous. (_Très-bien! Bravo!_)