M. THIERS.--Nous verrons.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Je le prouverai en tenant à

la main les paroles que M. Thiers vient de prononcer, et je montrerai,

quand les faits seront à découvert, que plusieurs de ses assertions

sont remplies d'inexactitudes. Je le montrerai non-seulement avec mes

propres assertions, mais avec les actes, les documents, les pièces

qui, à leur date, prouveront qu'il était mal informé des faits, et

qu'il les avait crus légèrement.

Voici ma seconde observation.

Je relisais tout à l'heure à la tribune les paroles de l'honorable M.

Thiers; je ne discuterai pas les explications qu'il en a données; mais

que résultait-il de ces paroles? Que la perspective du cabinet du 1er

mars, sa perspective au bout de six mois, pour le printemps, qui est

arrivé, où nous sommes en ce moment, c'était la guerre. C'était la

guerre que préparait le cabinet du 1er mars; c'était à la guerre qu'il

s'attendait au printemps, si l'Europe ne lui accordait pas la

modification du traité qu'il voulait exiger. (_C'est cela!_)

Il m'est permis d'opposer mon opinion à la vôtre; et mon opinion à

moi, c'est que l'Europe, pas plus les deux puissances continentales

dont vous parlez que les autres, ne vous auraient pas accordé la

modification que vous auriez exigée; à vous moins qu'à d'autres.

(_Très-bien!_)

Je le répète, je ne puis parler ici que de mon opinion; l'honorable M.

Thiers n'a donné que la sienne, il n'avait que la sienne à donner;

j'oppose la mienne à la sienne. Voilà tout.

C'était la guerre que le cabinet du 1er mars attendait au printemps.

Nous avons atteint le printemps; nous avons la paix, la paix armée.

Vous convenez vous-même qu'elle est honorable, que l'attitude que nous

avons tenue jusqu'à présent, et qui subsiste encore, l'isolement et la

paix armée dans l'isolement, convient aux intérêts du pays. C'est là,

messieurs, ce que nous avons donné au pays au printemps, au lieu de la

guerre que vous lui aviez fait entrevoir.

Eh bien, maintenant, notre attente à nous, je ne veux pas dire notre

confiance, c'est un mot trop présomptueux dans de telles affaires,

notre attente, c'est qu'à cette paix armée, mais pesante pour la

France comme pour l'Europe, succédera une paix plus douce, plus libre,

qui ne portera aucune atteinte aux intérêts particuliers de la France,

tels qu'ils résultent des faits accomplis. (_Mouvements divers.

Rumeurs._) Messieurs, si vous avez un moyen de ne tenir aucun compte

des faits accomplis, si vous avez un moyen de régler les faits selon

vos désirs, sans y prendre plus de peine, sans y courir plus de

dangers réels que le cabinet du 1er mars n'en a courus pour soutenir

sa politique, je suis tout prêt à accepter vos moyens et à vous céder,

sur ces bancs, la place que j'ai l'honneur d'y occuper.

(_Très-bien!_) Pour moi, je ne sais aucun moyen de ne pas tenir compte

des faits accomplis.

Je dis donc que ma conviction est qu'à cette paix armée, à cet

isolement honorable mais pesant pour tout le monde, que les événements

nous ont fait, nous substituerons une paix plus douce, plus libre,

plus sûre, je le crois. Quand le moment sera venu de débattre cette

question, vous en jugerez; c'est devant vous qu'elle sera portée; rien

ne vous sera caché; les circonstances, les actes, les documents, vous

connaîtrez tout.

On disait tout à l'heure (et c'était à moi en particulier que le

reproche s'adressait) on disait que je n'ai point de confiance dans

mon pays, que la méfiance envers le pays, envers sa pensée, sa

liberté, sa force, est le caractère fondamental de ma politique.

Messieurs, si jamais j'ai eu l'honneur de faire quelque chose dans ma

carrière politique, c'est en en appelant à l'opinion, à la liberté, à

la force et à l'intervention du pays dans ses propres affaires.

Est-ce que nous avons pratiqué la tyrannie? Est-ce que nous avons

gouverné en dehors des institutions du pays?

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 150 / 219 题