_M. le ministre._--Eh bien, l'espérance qui s'est élevée, c'est de
porter dans la majorité le trouble et la désunion. Le cabinet n'a pas
voulu y concourir.
_Une voix._--Je le crois bien!
_M. le ministre._--Le cabinet n'a pas voulu se prêter à cette
espérance. Et voulez-vous que je vous montre, dans cette discussion
même, la preuve de ce que j'ai l'honneur de vous dire? Quels efforts
a-t-on faits hier? On s'est attaché à effacer, à atténuer autant qu'on
le pouvait, les différences, les dissidences entre la majorité et
l'opposition. On a parlé d'abord de politique extérieure. Que vous
a-t-on dit? On vous a dit que vous n'aviez pas, que vous n'aviez
jamais eu une question de paix ou de guerre à décider. Mon Dieu non!
les événements l'avaient décidée. La Chambre, quand elle est venue,
a-t-on dit, a trouvé la question toute résolue; la Chambre n'a jamais
délibéré sur la paix ou sur la guerre. Entendez-vous? jamais!
(_Agitation._) Rappelez-vous cependant, messieurs, ce que vous
discutiez il y a trois mois, ce que vous disiez dans cette enceinte;
il s'agissait de savoir si vous auriez 936,000 hommes sous les armes,
ou si vous en auriez 500,000.
M. DE RÉMUSAT, _et plusieurs membres des extrémités_.--Allons donc!
allons donc!
_Au centre._--C'est vrai! c'est vrai!
_M. le ministre._--Nous n'avons pas eu autre chose à discuter pendant
quinze jours. (_Oui! oui!_) Nous avons délibéré sur la question de la
paix ou de la guerre (_C'est vrai!_); et l'honorable M. Thiers, quand
je suis monté à la tribune, me disait: «Par votre seul avénement, la
question est résolue, la paix est certaine.» (_Réclamations à
gauche.--Approbation au centre.--À M. Thiers qui se lève et se dispose
à parler de sa place_: Attendez donc; attendez!) Et je lui répondais:
«Si vous, vous étiez resté assis sur ces bancs, la question était
également résolue; la guerre était certaine.» (_Nouvelles réclamations
à gauche.--Vive approbation au centre._)
Voilà quelle était ma réponse; et apparemment, quand nous discutions,
c'était pour savoir si nous resterions sur ces bancs ou si le cabinet
du 1er mars y reviendrait. (_Explosion de bravos au centre._)
Vous aurez beau faire, vous aurez beau vous efforcer d'atténuer et de
réduire la question; vous aurez beau vous efforcer de vous faire
petits aujourd'hui; (_Au centre_: Très-bien! très-bien!) vous aurez
beau vous efforcer de vous faire petits aujourd'hui pour vous rendre
agréables à la majorité qui vous a repoussés; vous ne l'abuserez pas.
(_Agitation croissante._) Laissez-moi conserver aux débats, aux actes
de la Chambre, leur importance et leur grandeur; laissez-moi lui dire,
laissez-moi vous dire que nous avons délibéré sur la question de la
paix ou de la guerre, que lorsque vous êtes descendus du pouvoir, vous
faisiez des préparatifs pour être en état de faire la guerre au
printemps, d'exiger (c'étaient vos expressions) la modification du
traité du 15 juillet; sans quoi, la guerre!
Voilà le langage que vous teniez; c'était sur vos actions, c'était sur
vos préparatifs que la Chambre délibérait et ce n'était pas là la paix
ou la guerre! Ce n'était pas là une politique décisive! Vous viendriez
aujourd'hui nous tenir un tout autre langage! (_Très-vives marques
d'approbation._)
Non, non, il faut que vous me laissiez croire que nous avons résolu
une grande question, que vous aviez des intentions sérieuses, que,
quand nous les avons repoussées, nous l'avons fait sérieusement, que
nous savions bien tous ce que nous faisions, vous, ce que vous
vouliez, nous, ce que nous ne voulions pas, et que tout ce que nous
avons dit et fait, vous et nous, n'a pas été une insignifiante
comédie. (_Nouvelle et bruyante approbation au centre._)
Voilà pour l'extérieur, messieurs; voyons l'intérieur.
Là aussi on s'est appliqué à effacer, à atténuer du moins les
différences entre la majorité et l'opposition. On a dit qu'on avait eu
aussi, dans le centre, de nombreuses majorités, les majorités du 1er
mars. On n'a pas dit combien de temps on les avait gardées, ni
pourquoi on les avait perdues. (_Adhésion aux centres._) On a dit
qu'on les avait eues. On a fait plus. On a dit qu'on avait trouvé le
véritable centre. Il y en a donc un faux?
Messieurs, permettez-moi de vous le dire, cela n'est pas sérieux. Il y
a dans cette Chambre deux grands partis, deux grandes opinions; elles
y existent depuis 1830.
_Une voix à gauche._--Depuis 1815.
_M. le ministre._--Elles sont naturelles. Elles su retrouvent dans
tous les pays où le gouvernement représentatif est en vigueur.
Il y a des hommes qui ont cherché leur point d'appui, leur allié
nécessaire; celui sans lequel ils n'auraient pas eu la majorité, de
ce côté de la Chambre (la gauche); je ne leur en fais en aucune façon
un reproche...
M. DE MALLEVILLE, _et plusieurs autres membres_.--Vous l'avez fait
comme eux!.... Et la coalition!
_M. le président._--L'orateur ne doit pas être interrompu!
_M. le ministre._--On parle de la coalition. (_Ah! ah!_) Soyez
tranquilles, messieurs; je ne donnerai à personne, pas plus à propos
de la coalition qu'à propos du rapport de l'honorable M. Jouffroy, le
plaisir de me contraindre, malgré moi, à porter le trouble et la
désunion dans la majorité. (_Très-bien! très-bien!_) Je refuserai...
_Voix diverses._--Ah! ah! c'est plus facile!
_M. le ministre._--Je refuserai les discussions qui ne me paraissent
pas convenir à la politique que je veux faire prévaloir, comme je
refuse les discussions sur la politique extérieure, quand je crois que
le moment n'en est pas venu.
_Une voix._--C'est commode.
_M. le ministre._--Je dirai un seul mot, et l'honorable M. Odilon
Barrot sera témoin de la vérité de ce que je dirai. Quand les débats
de la coalition se sont engagés, j'ai pris le soin, non pas
implicitement, mais formellement, de déclarer que je restais attaché à
la politique que j'avais constamment soutenue depuis la Révolution.