M. DE BRÉZÉ.--Cela regarde le ministère de M. Molé.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Cela n'a eu aucune suite...

C'est une conférence tenue le 22 juin 1840, sous le ministère du 1er

mars, et où M. Buchet de Martigny réglait les relations futures de la

France avec la république de Buenos-Ayres quand le gouvernement serait

changé. On stipulait en ces termes:

«Le gouvernement de Buenos-Ayres, voulant répondre à la générosité de

la déclaration en date du... qui lui a été faite par M. le chargé

d'affaires et plénipotentiaire de France, voulant aussi donner à cette

nation une preuve de son amitié et de sa reconnaissance pour les

secours efficaces qu'elle a prêtés, dans ces dernières circonstances,

à la cause argentine;

«Considérant aussi la justice avec laquelle le gouvernement de S. M.

le roi des Français a réclamé des indemnités en faveur de ceux de ses

nationaux qui ont été victimes des actes cruels et arbitraires du

tyran de Buenos-Ayres, don Juan Manuel de Rosas;

«A décrété et décrète ce qui suit, savoir:

«Art. 1er. En attendant la conclusion d'une convention d'amitié, de

commerce, de navigation entre S. M. le roi des Français et la province

de Buenos-Ayres, les citoyens français établis sur le territoire de la

république seront traités, pour leurs personnes et leurs propriétés,

comme le sont ceux de la nation la plus favorisée.

«Art. 2. Est reconnu le principe des indemnités réclamées par le

gouvernement de Sa Majesté en faveur de ceux de ses nationaux qui ont

eu à souffrir, soit avant, soit depuis la mise du blocus, des mesures

iniques et arbitraires du dernier gouvernement de Buenos-Ayres ou de

ses délégués. M. Buchet de Martigny sera invité par ce gouvernement à

s'entendre avec lui pour faire déterminer, dans un bref délai, le

montant de ces indemnités, par des arbitres choisis en nombre égal de

part et d'autre, et qui, en cas de partage, auront la faculté de

s'adjoindre un surarbitre nommé par eux à la majorité des voix.»

Voilà la convention préalable qui avait été conclue entre les agents

de la France et le gouvernement futur de la république argentine. La

Chambre voit que cette convention était exactement conforme à ce qu'a

fait l'amiral de Mackau, et que même, s'il y a quelque avantage, c'est

en faveur du traité signé par M. de Mackau; car l'arbitrage définitif

est remis à la discrétion de la France. Les personnes qui avaient

conclu d'avance cette convention auraient donc mauvaise grâce à se

plaindre aujourd'hui de celle que M. de Mackau a signée.

Voilà pour ce qui regarde la France et la manière dont ses relations

avec la république argentine ont été réglées par le traité.

Mais, comme le disait tout à l'heure l'honorable M. de Brézé, la

France n'était pas seule en cause; elle avait, non pas des alliés, le

mot n'est pas exact: on s'est servi du mot _auxiliaires_, et avec

grande raison. Voici quelles instructions ont été données à l'amiral

de Mackau à ce sujet, et je montrerai aussi, sous ce rapport, qu'il a

accompli fidèlement ses instructions, et qu'il les a même améliorées à

certains égards.

Il y avait deux classes d'auxiliaires: les républiques de Montevideo

et de l'Uruguay, et les insurgés de Buenos-Ayres. La situation des uns

et des autres était différente, et il y a eu des conditions

différentes à obtenir.

Voici quelles étaient les instructions:

«Ce sujet m'amène à vous parler de nos rapports présents et futurs

avec les auxiliaires que nous avons trouvés sur les bords de la Plata.

Ces rapports sont d'une nature délicate, et mériteront de votre part

la plus grande attention. Il ne faudrait pas, si nous traitons avec

leur ennemi Rosas, qu'ils pussent nous accuser de déloyauté et

d'abandon. S'ils n'ont pas réussi, ou s'ils ne sont pas très-près de

réussir (auquel cas il vous est enjoint de traiter), vous serez en

présence d'auxiliaires qui n'auront pas voulu ou n'auront pas pu

tenir leurs promesses. Pour le premier cas, vous ne leur devez rien;

pour le second, vous leur devez de l'intérêt, de bons offices, des

secours même pour les arracher aux périls qui pourraient les

menacer...; mais ils ne peuvent exiger de vous que vous poursuiviez

indéfiniment, à cause d'eux, une lutte où nous ne les avons pas

engagés, dans laquelle ils se sont spontanément et volontairement

engagés eux-mêmes, et pour le succès de laquelle ils ont demandé et

obtenu nos secours, sans nous rendre, à beaucoup près, autant de

services qu'ils en ont reçu de nous. Toutefois, si vous parvenez à

négocier avec le président Rosas, vous aurez à vous mettre en

communication avec eux, à les avertir de vos démarches, à leur offrir

votre intervention amicale, à les sauver, en un mot, autant que

possible, des conséquences de la guerre civile par eux provoquée.»

Messieurs, la première prétention des auxiliaires dont je parle a été

que nous ne traitassions pas sans eux, qu'ils fissent partie de la

négociation: ils l'ont formellement demandé. Cela leur a été refusé,

je crois, avec pleine raison. La France avait certainement le droit de

traiter pour son propre compte et seule, car c'était de ses propres

affaires qu'il s'agissait. De plus, les instructions prescrivaient à

l'amiral de Mackau de traiter seul et pour le compte de la France.

Mais que demandait Montevideo? J'ai ici le procès-verbal d'une

conférence tenue à Montevideo le 6 novembre 1840 entre l'amiral de

Mackau et M. Vidal, ministre des affaires étrangères de la république

de l'Uruguay; elle finit par ces mots de M. Vidal, qu'il devait faire

partie du traité et avait le droit d'intervenir dans la négociation,

«afin que l'indépendance et l'intégrité de l'État oriental fussent

comprises dans l'arrangement à intervenir entre Buenos-Ayres et la

France.»

Le but de la prétention était donc de faire consacrer de nouveau, par

la république de Buenos-Ayres, l'indépendance et l'intégrité de

Montevideo. L'amiral de Mackau ne voulait pas, avec raison, admettre

la république de Montevideo dans la négociation; mais il lui a fait

obtenir ce qu'elle demandait, ce qui était le motif pour lequel elle

voulait intervenir.

L'article 4 du traité porte:

«Art. 4. Il est entendu que le gouvernement de Buenos-Ayres continuera

à considérer en état de parfaite et absolue indépendance la république

orientale de l'Uruguay, de la manière qu'il l'a stipulé dans la

convention préliminaire de paix, conclue le 29 août 1828 avec l'empire

du Brésil, sans préjudice de ses droits naturels, toutes les fois que

le demanderont la justice, l'honneur et la sécurité de la

Confédération argentine.»

On dit que la république de Buenos-Ayres avait déjà violé cette

convention de 1828. Ce n'est pas la première fois qu'il arrive à un

État de violer une convention et puis de la consacrer de nouveau.

C'est précisément parce que cette convention avait été violée que la

république de Montevideo tenait à ce qu'elle fût de nouveau consacrée.

C'est là le service que M. de Mackau a rendu à la république de

l'Uruguay; il a fait insérer dans le traité une reconnaissance

nouvelle, une consécration répétée de l'absolue et parfaite

indépendance de la république de l'Uruguay.

Ainsi, en ce qui concerne l'Uruguay, il n'est pas exact de dire que la

France l'a abandonné: au contraire, la France a fait consacrer dans le

traité ce que la république demandait.

M. LE VICOMTE DUBOUCHAGE.--Mais il y a une restriction à la fin de

l'article.

_M. le ministre des affaires étrangères._--Cette restriction est sans

importance. Elle veut dire que la république de Buenos-Ayres se

réserve le droit de faire la guerre à la république de Montevideo,

sans préjudice, dit-elle, de ses droits naturels en tant que le

demanderont la justice, l'honneur et la sécurité de la fédération

argentine.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 128 / 219 题