M. JOLY.--Pourquoi pas? (_Hilarité._)

_M. le ministre._--Je ne m'y refuse pas; c'est une preuve de plus à

l'appui de ce que j'avais l'honneur de dire.

Nous les rencontrons partout. (_On rit._) Partout ils travaillent à

s'insinuer, à s'emparer de la force qui est devant eux. Est-ce une

raison de nous méfier de tout? est-ce une raison de renoncer à tout,

aux élections, à la tribune, à la garde nationale. (_Non! non!_)

Que les partis extrêmes s'efforcent autant qu'ils voudront, ils

seront battus partout. (_Marques d'approbation._) Toutes nos

institutions, par leur libre et complet développement, toutes nos

institutions tourneront contre eux. Ce qui se passe depuis dix ans

m'en donne la complète assurance. Que les élections se fassent, que la

presse écrive, que les fortifications de Paris s'élèvent, toutes ces

forces tourneront contre les partis extrêmes. (_Très-bien!

très-bien!_) Ils y trouveront peut-être des champs de bataille, mais

certainement des défaites. (_Très-bien!_)

Les fortifications de Paris, vous croyez que les factions s'en

empareront! Vous croyez qu'elles s'y enfermeront! Elles le tenteront

peut-être, messieurs, et elles échoueront, comme elles ont partout

échoué jusqu'ici.

J'ai encore plus de foi que l'honorable M. de Lamartine et dans nos

institutions et dans le bon sens et l'énergie de mon pays. Je sais que

c'est une condition laborieuse, rude; je sais qu'il en coûte d'avoir à

se défendre sans cesse contre l'invasion des factions et des

brouillons. Dans notre organisation sociale, il faut s'y résoudre,

messieurs; c'est la liberté même; c'est à cette épreuve que les

honnêtes gens, que les hommes sensés grandissent et deviennent les

maîtres de leur pays.

Soyez tranquilles, messieurs, sur les fortifications de Paris, comme

je le suis sur les élections, comme je le suis sur la garde nationale;

elles seront défendues, elles seront possédées par ce même esprit de

conservation et de paix, qui, depuis dix ans, à travers toutes nos

luttes, a prévalu dans toute notre histoire, et qui a fait notre

gloire comme notre sûreté. (_Mouvement prolongé d'assentiment._)

Une longue agitation succède à ce discours, la séance reste suspendue.

L'orateur qui succède à M. Guizot attend à la tribune que le silence

se rétablisse.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 124 / 219 题