_M. le ministre._--Je crois beaucoup à l'effet moral de la conduite
des gouvernements sur les peuples qui les regardent; je crois beaucoup
qu'un spectacle de résolution ferme, générale et tranquille, ne
durât-il que huit jours, grandit et fortifie immensément notre patrie
en Europe. (_Mouvement._) Je désire donc passionnément que nous lui
offrions ce spectacle; je désire que le sentiment du bien que la
France retirera des fortifications de Paris soit assez puissant sur
vous tous pour vous faire surmonter les difficultés d'exécution et de
détail qui s'y rattachent. Que la question de l'utilité morale et
politique soit énergiquement résolue par chacun de vous: que la
conviction que je vous demande soit forte en vous tous, et les
questions d'argent, et les questions de système descendront beaucoup à
vos yeux. (_Très-bien!_)
Je sais la valeur de ces questions, mais je ne m'en effraye point. Les
questions d'argent, quelque graves qu'elles soient, sont résolues dans
le projet de M. le ministre des finances. Il a de quoi y pourvoir;
sans cela nous n'aurions pas demandé les fortifications.
M. DE VATRY.--Oui, en renonçant à toute espèce de travaux jusqu'en
1848. (_Mouvement._)
_M. le ministre._--Les questions de système! je déclare que je n'en
suis pas juge, et que je me trouverais presque ridicule d'en parler;
je n'y entends rien. Ce que je demande, c'est une manière efficace, la
plus efficace, de fortifier Paris. Tout ce qui me présentera une
fortification de Paris vraiment efficace, je le trouverai bon.
(_Très-bien! très-bien! Sensation prolongée._)
Un seul mot, et je finis. Un homme dont j'honore autant le caractère
que j'admire son talent, M. de Lamartine (_Mouvement_) s'est vivement
préoccupé, quant à la mesure que nous discutons, de l'approbation
qu'elle lui a paru rencontrer dans les partis extrêmes; il en a conclu
qu'elle devait tourner à leur profit, et que nous devions la
repousser.
Je ne puis partager cette crainte: les partis extrêmes travaillent à
s'emparer de tout; nous les rencontrons partout; nous les rencontrons
dans les élections, dans la presse, dans la garde nationale, je ne
veux pas dire à cette tribune.