M. ODILON BARROT.--Pourquoi? Parce que l'étranger a menacé la France.

_M. le ministre des affaires étrangères._--L'esprit dans lequel nous

soutenons le projet de loi que nous avons présenté, c'est donc

l'esprit de gouvernement en même temps que l'esprit de paix. Nous

entendons fortifier le pouvoir en même temps que donner des sûretés à

la paix en Europe. Et voyez l'ensemble des mesures que nous vous avons

proposées. Pendant que nous défendions, que nous proclamions la

politique de la paix au milieu des circonstances les plus difficiles,

nous sommes venus vous proposer le maintien des armements que nous

avons trouvés à notre avénement, et la cessation de tout armement plus

étendu. Nous sommes venus vous proposer la prolongation de la durée du

service militaire, l'organisation de la réserve, les fortifications de

Paris: voilà l'ensemble des mesures du cabinet, voilà la véritable

expression, le véritable caractère de sa politique: d'une part, la

paix; de l'autre, la forte organisation du pouvoir et de la sûreté

publique. (_Très-bien! très-bien!_)

Il sortira de là, messieurs, la paix rétablie, ou plutôt fortement

maintenue en Europe, et l'établissement militaire de la France

régulièrement fortifié.

Messieurs, croyez-moi; cette politique et ses effets n'ont rien de

menaçant ni pour les libertés publiques ni pour notre gouvernement. Si

vous portez vos regards au dedans comme je viens de les promener au

dehors, la mesure ne vous offrira pas de caractère plus inquiétant.

Vous le voyez, ce n'est pas une mesure de parti, ce n'est pas le

triomphe du parti de la paix sur celui de la guerre, de la

conservation sur le mouvement, du pouvoir sur la liberté. Non, ce

n'est pas une lutte de parti (_Très-bien! très-bien!_) Les opinions

sont disséminées, divisées sur tous les bancs de la Chambre. Je ne

m'en afflige pas; je serais profondément fâché qu'une mesure semblable

fût une victoire des uns sur les autres. (_Très-bien! très-bien!_) Il

faut, pour son efficacité comme pour notre honneur à tous, qu'elle

soit au-dessus de nous tous; il faut qu'elle obtienne, je voudrais

pouvoir dire l'unanimité, mais au moins une grande majorité dans cette

Chambre; tenez pour certain, messieurs, que la paix sera d'autant plus

assurée et la France d'autant plus respectée que la mesure que vous

discutez sortira plus grande et plus unanime de cette Chambre.

(_Très-bien! très-bien!_)

On dit qu'elle est gigantesque, tant mieux! je voudrais, s'il était

possible, que nous eussions en ce moment deux, trois, quatre Paris à

fortifier. (_On rit._)

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 122 / 219 题