M. ARAGO.--Cela n'est pas vrai. (_Agitation._)

_M. le ministre des affaires étrangères._--Il faut bien que je vous

dise ici ce que j'ai vu; il faut bien que je vous répète ce que j'ai

entendu. Je vous parlais tout à l'heure de ces terreurs très-fausses,

très-exagérées qui saisissent l'Europe quand la France s'agite; je les

ai vues, je les ai entendues. Qu'aurais-je dit, messieurs, si, au lieu

d'un armement de paix, on avait vu un armement de guerre, si on avait

vu lever en France 650,000 hommes de troupes régulières et 300,000

hommes de gardes nationales? Quelle réponse aurais-je pu faire aux

hommes qui m'auraient dit: mais c'est la révolution; mais c'est la

menace révolutionnaire; c'est le retour aux temps de l'Empire et de la

République! (_Murmures à gauche._) Qu'aurais-je eu à dire?

Que ceux qui croient qu'il importe à la sécurité et à l'honneur de la

France de venger, comme on dit, de laver dans quelque grande

entreprise, dans quelque grande aventure, ce qu'on appelle la

faiblesse, et je crois que le mot a été prononcé, le déshonneur de nos

dernières années, que ceux qui croient cela veuillent un armement de

900,000 hommes, ils ont raison; mais ceux qui ne le croient pas, ceux

qui croient que la France n'a rien à réparer au dehors, que ce qu'elle

a à faire, c'est de développer ses institutions, de fonder son

gouvernement, d'accroître sa prospérité, sa force intérieure, de se

donner en spectacle à l'Europe pour le bon gouvernement et la

prospérité intérieure, ceux qui pensent cela ne peuvent pas croire

qu'un armement de 900,000 hommes soit nécessaire pour donner à la

France l'altitude de la paix armée. Ceux qui partagent mon opinion ont

besoin, quand on leur parle de l'esprit agressif de la France, de

pouvoir répondre: Non, cela n'est pas; voyez! la France ne fait rien

que ce qu'elle a besoin de faire pour sa propre sûreté; la France a

pourvu aux chances qui peuvent naître de la solution que vous donnez à

la question d'Orient; elle ne veut pas être prise au dépourvu. Quand

la France est unie à l'Angleterre, 300,000 hommes lui suffisent comme

pied de paix; mais, quand elle est seule, il lui faut 4 à 500,000

hommes pour l'attitude de paix armée. Nous le répétons depuis dix ans:

quand notre révolution a éclaté, l'honorable chef actuel du cabinet a

fixé à 500,000 hommes le grand pied de paix armée, et jamais la pensée

de personne n'a été au delà.

Histoire parlementaire de France, Volume 3. Recueil complet des discours prononcés dans les chambres de 1819 à 1848 · 第 104 / 219 题