_M. le ministre des affaires étrangères._--Si donc il s'était agi de
l'armement dont on parlait hier, je n'aurais rien eu à répondre,
personne n'aurait rien eu à répondre aux terreurs de l'Europe; il n'y
aurait eu aucun moyen de les repousser par la raison, et vous auriez
vu votre pays compromis gravement par les soins malhabiles que vous
auriez pris pour le défendre. (_Marques nombreuses d'approbation._)
J'ai donc, messieurs, pour mon compte et de loin, adhéré à l'attitude
et aux armements contenus dans les limites que je viens d'indiquer.
Quand j'ai cru entrevoir qu'une autre impulsion, non du gouvernement
lui-même, mais du dehors, tendait à emporter mon pays et son
gouvernement avec lui, quand j'ai cru entrevoir que, d'une situation
dans laquelle il fallait, à mon avis, maintenir la paix, on se
précipitait vers la guerre, vers la guerre inévitable, je me suis
arrêté. Mon adhésion, mon concours au cabinet s'est arrêté, et un
homme que l'honorable M. Thiers nommait hier à cette tribune, et qui
est mon ami comme le sien, M. le duc de Broglie, a eu connaissance de
l'état de mon esprit, de ce que je pensais sur la situation et les
dangers qui nous menaçaient. Il en a eu connaissance, et si je ne me
trompe, comme je l'en avais prié, comme je l'y avais autorisé, il en a
donné connaissance à M. le président du conseil et à quelques-uns de
ses collègues. Je crois que cela a été fait...