M. GUIZOT.--Je viens de lire à la Chambre, sans en rien retrancher,
les dépêches dans lesquelles j'insiste également sur les deux motifs
qui pressaient la conclusion, la tentative d'arrangement direct et
l'insurrection de la Syrie; je viens de lire les détails que lord
Palmerston recevait sur l'insurrection de la Syrie, les espérances
qu'il en concevait, et les raisons qu'il y puisait pour conclure un
arrangement. Je viens de lire également à la Chambre les motifs
d'indécision qui agissaient encore dans le cabinet anglais, les
chances que je croyais exister encore pour gagner du temps, pour que
rien ne fût immédiatement et définitivement décidé. Je n'ai pas la
moindre intention de rien dissimuler dans ce que je dis à ce sujet.
Rappelez-vous, messieurs, ce qui s'est passé à cette époque dans
l'affaire; la Chambre sait parfaitement que, dans les derniers jours
des négociations, on se cachait de la France. Je l'ai écrit, je l'ai
dit à une autre tribune, je l'ai dit partout, on se cachait de la
France. Il en résultait que je n'étais pas exactement et complétement
informé de ce qui se passait dans l'intérieur du cabinet, je le savais
à peu près; je mandais exactement ce que je savais, ni plus ni moins;
je ne pouvais pas donner les certitudes que je n'avais pas; je ne
pouvais pas parler avec la précision qui n'était pas dans ma propre
pensée. On se cachait... Ai-je dissimulé qu'à mon avis c'était-là un
mauvais procédé? Ne l'ai-je pas dit très-haut ailleurs? Je croyais,
comme M. Thiers, j'étais, comme lui, en droit de croire qu'avant de
signer définitivement, quand on aurait arrêté ce projet d'arrangement
à quatre, on le communiquerait à la France, qu'on la mettrait en
demeure, qu'elle aurait à s'expliquer une dernière fois. Sans doute,
je le croyais.