Sur les affaires d'Orient et les rapports du sultan avec le pacha
d'Égypte.
--Chambre des députés.--Séance du 2 juillet 1839.--
La rupture entre le sultan Mahmoud et le pacha d'Égypte Méhémet-Ali
étant devenue imminente, le cabinet formé le 12 mai 1839, sous la
présidence de M. le maréchal Soult, demanda, le 25 mai, à la Chambre
des députés, un crédit extraordinaire de dix millions pour augmenter
nos forces maritimes dans le Levant. Le 24 juin, M. Jouffroy fit, au
nom de la commission chargée de l'examiner, son rapport sur ce projet
de loi et en proposa l'adoption. Un long débat s'engagea. J'y pris
part, le 2 juillet, en ces termes:
M. GUIZOT.--La Chambre m'approuvera, je l'espère, si, dans une
question qui tient de si près à la grandeur et à l'honneur du pays, je
m'efforce d'écarter absolument deux choses, l'esprit de parti et
l'esprit de système. (_Chuchotements._) J'ai entrevu hier avec quelque
regret l'ombre de l'esprit de parti derrière le discours, d'ailleurs
si politique et si sérieux, par lequel M. le duc de Valmy a ouvert ce
débat. Il a représenté le gouvernement de Juillet comme fatalement
voué à une politique, à une seule politique, qui même n'était pas au
fond la vraie politique de la France, mais celle de l'Angleterre; il
l'a représenté, dis-je, comme voué à cette politique, ne pouvant en
pratiquer une autre, et n'ayant pas su ou n'ayant pas osé pratiquer
pleinement celle-là.
Que dirait l'honorable duc de Valmy si on venait, d'une autre part,
lui parler de la Restauration comme vouée aussi fatalement à une
politique, à la politique de la Sainte-Alliance, à la politique
absolutiste, et n'ayant fait, dans les projets dont il nous a
entretenus hier, que se montrer complaisante pour le chef de cette
politique, sans en rien obtenir que des promesses sans résultat?
Je ne crois pas, messieurs, qu'il soit utile pour personne de
présenter ainsi les grandes questions de politique nationale par le
triste et mesquin côté de l'esprit de parti et de nos dissensions
civiles.