M. GUIZOT.--À plus forte raison ai-je le droit de dire ce que je dis,
si le ministre s'en est occupé avant 1835. Je ne parle en ce moment
que des mesures qu'il a prises à la fin de 1835. Nous avons demandé
alors que des institutions, une administration régulière, fussent
établies en Grèce, que l'armée fût diminuée, que le corps bavarois
quittât, en tout ou en partie, le service grec, en un mot, que la
France et les autres puissances contractantes fussent assurées que les
sommes provenant de l'emprunt seraient employées avec ordre et pour
les vrais intérêts de la Grèce.
M. le duc de Broglie est sorti des affaires après avoir engagé les
négociations en ce sens. De grandes difficultés se sont alors
présentées. Les autres puissances signataires n'ont pas en Grèce la
même situation ni le même intérêt que la France. Il fallait leur faire
adopter les mesures que la France proposait; on n'y a pas réussi
immédiatement. Le cabinet français s'est cru alors obligé de prélever,
sur la troisième série, plusieurs semestres des intérêts des deux
premières. Il eût été désirable qu'on pût procéder autrement, et que
la conférence se mît d'accord sur les mesures à prendre pour assurer à
la Grèce une administration politique et financière plus complète et
plus régulière; mais, enfin, on n'y a pas réussi alors. Que fait
aujourd'hui le gouvernement? que propose le ministère? Il propose de
revenir à nos premiers efforts, de faire aujourd'hui ce qu'on tentait
à la fin de 1835. Il nous demande de ne plus nous laisser aller à
prélever sur la troisième série les intérêts des deux séries
précédentes, de nous réserver les moyens d'exiger de la Grèce les
garanties d'ordre, de régularité, de bonne politique que nous avons
droit d'en attendre, et de pourvoir, en attendant, pour notre part, au
service des intérêts de l'emprunt que nous avons garanti.
Voila le véritable état de la question, messieurs. Vous êtes tenus de
payer l'emprunt. Vous n'en avez pas réglé les conditions. Ce n'est
qu'à la fin de 1835 que vous avez été appelés à y pourvoir. Nous avons
fait alors tous les efforts possibles pour obtenir de la Grèce les
garanties politiques et financières que nous pouvions demander. Ces
efforts n'ont pas réussi alors, on les reprend aujourd'hui; j'espère
qu'on les reprendra avec succès, et que l'appui que la Chambre prêtera
au gouvernement lui donnera les moyens de persévérer dans son dessein
et d'arriver au but.
Je vote donc pour la proposition du gouvernement, amendée par la
commission, et je prie la Chambre de remarquer que c'est pour nous le
seul moyen de conserver sur la Grèce l'influence que la Grèce
elle-même a grand besoin de nous voir exercer. (_Très-bien! Aux
voix!_)