Jeanne d’Arc est la préfiguration très sensible de cette victorieuse des
hommes et des démons, et il n’y en a pas d’aussi précise dans aucune
histoire. Ses contemporains le devinèrent confusément. Bien souvent il
lui fallut toute sa candeur de bergère du Paradis et toute la force de
son invincible foi pour résister à l’enthousiasme inouï des simples âmes
qui voyaient en elle une émanation de la Divinité.
Pleine de l’Esprit-Saint, comme sa vie et surtout sa mort l’ont
démontré, absolument seule au milieu des foules, elle était apparentée
au _Feu_, symbole visible et redoutable de l’Amour, en la même sorte
que, plus tard, Napoléon fut affilié au Tonnerre, et c’est une fête pour
la pensée d’oublier, un instant, les siècles intermédiaires, en
rapprochant l’une de l’autre ces deux destinées incomparables: Jeanne
créant le royaume très particulier de Jésus-Christ, et Napoléon dilatant
prodigieusement ce royaume pour y instaurer l’image grandiose du futur
Empire de l’Esprit-Saint!
Mais qui peut avoir une telle vision? L’Histoire ainsi regardée
ressemble à un gouffre, immense comme tous les espaces, où des
tourbillons de ténèbres alternent continuellement avec les tourbillons
de la Lumière pour l’éblouissement du spectateur épouvanté.
Quelque impavide qu’on puisse être, on envie, en de tels moments, la
simplicité des tout petits à qui Jésus déclare que ces choses, si
profondément cachées aux sages et aux prudents, seront révélées un jour
par son Père qui est dans les cieux.