Déjà elle fronçait ses sourcils irritables. On expliqua rapidement au

noble étranger que la jeune personne usait d’un vocabulaire quelque peu

spécial: son père, c’était le «pied» ou le «jeune prince», selon

l’occurence; sa maman: «Rozembach»; Salis: «le Pou»; moi: «Kiki». Il

suffisait d’être prévenu.

Alors, le psychologue du _Pardon_ et de l’_Aînée_ posa quelques

questions:

--Mlle Lotte, j’ai entendu parler de vous par votre amie Alberte, une

blonde oxygénée qui, après avoir figuré quelques semaines aux Variétés,

s’adonne présentement, sauf erreur, à la galanterie.

--La «ga...» quoi! La galanterie? Ya erreur! La seule Alberte que je

connais, elle fait la grue.

--C’est bien ce que je voulais dire.

--Hé! ben, alors, dites-le... Oui, je la connais, même qu’elle m’avait

invitée à dîner ce soir avec elle, ma sœur Marianne Ducroquet et son

type dans une boîte chic.

--Combien nous regrettons de vous avoir privée de...

--Oh! Ne vous en faites pas! Je déteste quand elle m’emmène dans les

grands restaurants parce que (_baissant la voix_), c’est une typesse qui

sait pas se tenir.

--Vraiment?

--Oui! Des fois elle «chauffe» les couverts.

--Elle chauffe?... J’ignorais ce raffinement, confessa Lemaître.

--Elle les chauffe, je veux dire qu’elle les «poisse».

--Un peu de moiteur aux mains, sans doute? suggéra le futur académicien,

qui ne soupçonnait pas tant de synonymes du verbe «voler».

Lotte ne jugea pas ce _minus habens_ digne d’une réponse. Elle me lança

un coup d’œil chargé de noirs reproches:

--Hé ben vrai, Kiki, toi qui prétendais que ton copain était très

intelligent! Mais il ne comprend rien de rien! Comme gourdée, il n’en

craint pas...

Et ce fut ainsi tout le long de cette soirée dont Lemaître, tour à tour

héros et victime, m’affirma souvent qu’elle restait parmi ses souvenirs

de choix.

A la longue, cette «fille sauvage» finit par se polir un peu au contact

de gens qui, à son grand étonnement, pouvaient vivre autre part que sur

la «Butte». Le poète Edmond Haraucourt était de ceux-là. Enthousiasmé

des réparties de Lotte, voulait-il pas la présenter à Waldeck-Rousseau!

Je lui conseillai de la mener plutôt au Musée de Cluny (qu’il conserve)

et dont les vénérables ceintures de chasteté avaient plus de chance

d’intéresser Lotte qu’un profil ministériel.

Le Goffic, armoricain trop modeste, aussi rempli de bonté que de talent,

s’intéressa, lui aussi, à Lotte, fraternellement, l’emmenant en Bretagne

quand le cafard la travaillait trop dur... Aussi bien, c’était la

compagne de voyage rêvée, admirant tout paysage nouveau, insensible à la

fatigue, contente de tout. J’ajoute que, d’instinct, elle possédait des

délicatesses physiques et morales que bien des donzelles gonflées de

prétentions n’apprennent qu’à l’usage. Ce n’est pas elle qui aurait

jamais écrit, comme le fit Dora Musi (avant de connaître la gloire au

cinéma): «Mon aimé, quel dommage que tu ne sois pas venu! Je m’étais

justement fait les ongles des pieds...» Lotte s’acquittait de ces soins,

sans en parler, même quand elle n’attendait personne.

Pauvre petite déséquilibrée! Une après-midi de novembre, la pluie

faisait rage; Lotte écrivit fébrilement sur une grande feuille de papier

écolier qu’elle posa bien en évidence au milieu de la table de la salle

à manger: «Quand il lansquine pareillement, c’est incroyable ce que tout

me dégoûte.»

Son porte-plume lui ayant taché d’encre le médius, elle se lava

soigneusement les mains, ses jolies mains étroites et longues.

Puis elle appuya contre sa tempe droite le canon d’un petit revolver et

se tua, net.

CHAPITRE XII

Les nègres.--Les homosexuels.--A bientôt!

J’aurais encore beaucoup à dire. Pourquoi faut-il que le papier coûte si

cher?

Il me reste à traiter--c’est bien mon tour--la question des «nègres» sur

laquelle Louis Thomas a écrit des choses très justes et Edouard Keyser

de malveillantes âneries. L’omniscient Léon Treich a malicieusement

insinué que je devais détenir des pièces intéressantes. En effet. Les

nègres (je n’englobe pas dans cette dénomination mon vieux Curnonsky,

humoriste profond, collabo inappréciable), les nègres, je m’en suis

servi, mais j’ai servi aussi de nègre. Maintes fois.

Sur le cas Anatole France, le miséricordieux J.-J. Brousson n’a pas

voulu tout raconter. A l’article de l’_Eclair_ (24 novembre 1924) que

les lettrés devraient conserver dans leurs archives, des révélations

viendront s’ajouter touchant les pièges tendus par «Madame» aux habitués

de l’avenue Hoche qu’elle jugeait utile d’évincer; pourquoi ne pas

publier également certains détails montrant l’avarice du Maître? O le

voyage en Italie que fit, sous sa conduite le jeune ménage de

Caillavet... il était jeune, alors!

(Pour avoir publié d’indiscrets ragots sur Anatole France en pantoufles,

J.-J. Brousson fut traité dans l’_Ere Nouvelle_, par Pioch, d’écrivain

«excrémentiel... d’une infamie assez vile pour faire baver de dégoût les

cloportes eux-mêmes». Mais ce sont les risques du métier. Un autre

francophobe, M. René Johannet, s’en est tiré à meilleur compte.)

On m’a demandé des précisions, je les fournirai, sur mon premier

mariage, mon premier divorce, mon second mariage, mon second divorce,

(_à suivre_)...

Théodore de Banville, Emile Faguet, Toulet, Rachilde, etc., sans oublier

Guillaume Apollinaire qui m’écrivit des lettres précieuses, j’aimerais

leur consacrer des pages, et à d’autres hommes, et à d’autres femmes, et

à des hommes-femmes. Ces derniers, je ne les raterai pas.

Blessés par la préface de l’_Ersatz d’amour_, certains d’entre eux m’ont

attaqué, (par derrière, of course). Pourquoi ne pas mettre au jour les

manigances d’un pianiste en ébullition toujours effervescent comme une

bouteille d’eau Perrier, accoutumé à «tripuder»--ô lord Hantayad--sur un

instrument qui ne sort ni de la maison Pleyel ni de l’ordinaire.

Devrait-il point faire meilleur usage de ses dix doigts?

Une coquine qui se targue, en sirotant son Cinzano, de préférer, à la

musique, les lettres (surtout la dix-septième, je pense), s’est permis

d’écrire dans une feuille de chou--ou de rose--confidentielle: «M.

Gauthier de (_sic_) Villars a expérimenté les pipes de touffiane avant

d’écrire _Lélie fumeuse d’opium_; pourquoi n’aurait-il pas procédé à des

expériences lui permettant de documenter son _Ersatz d’amour?_ J’indique

sans le développer, ce thème...»

Tu as raison, gâcheuse. Ce n’est pas ton affaire, le thème; tu es plutôt

fait pour l’inversion. Mais ne me nomme pas Gauthier _de_ Villars, je

n’ai aucun besoin de ta particule.

Où irions-nous, si un auteur ne pouvait, sans encourir le soupçon,

décrire d’autres mœurs que les siennes propres (entendez «propres» comme

il faut)? André Gide n’aurait pu donner son inoubliable _Saül_

immoraliste entiché d’un harpiste adolescent, ni Binet-Valmer l’émouvant

_Lucien_, son chef-d’œuvre; ni Rachilde tant de peintures dont Retté

déplore «l’amoralité totale»; ni Birabeau sa _Débauche_ au dénouement

paradoxal; ni «ni notre précieux pasticheur» Abel Hermant, pour parler

comme M. Martin du Gard, ses esquisses d’homoérotes anglo-saxons qui

eussent séduit Walt Withmann; ni Fazy la _Nouvelle Sodome_ dont les

révélations firent sortir de ses gonds la Sublime Porte; ni Marcel

Proust ses réquisitoires minutieux et compacts; ni Mme Colette certain

personnage de cette _Ingénue libertine_ dont ses biographes, Keller et

Gautier aussi vaseux que le Marcel Sauvage, chirurgien des roses et

brouteur de chardons, blâment le prétendu «pathos sentimental»; ni

Francis de Miomandre ses _Petits messieurs_ évoluant, poudrerisés,

autour de don J’aime; ni Carco son _Jésus-la-Caille_ qui, habitué des

fumeries suspectes, tire sur le Bambou.

Je ne fais que mentionner, faute de place, Anquetil, terriblement

documenté; le sinologue qui se complaît aux chinoiseries

invraisemblables de _Bijou-de-Ceinture_, dont la publication valut au

_Mercure de France_ quelques désabonnements pudibonds; Henry Ner,

verbeux; Henry Marx, crâneur; le mièvre Essebac (anagramme de Bécasse)

et sa cargaison de petits bouquins peureusement antiphysiques; le

docteur (?) Agrippa dont la _Première Flétrissure_, il y a vingt ans, se

vendait presque autant que les mornes _Lettres d’un Frère à son élève_;

enfin Manoel et Bénito, les deux associés sud-américains en train de

fabriquer un roman à clef où se retrouveront leurs amis, comme eux

«pédérastas».

En ce qui me concerne, jamais je ne serai la proie de la pieuvre

Homosexualité, dont je méprise les... tentacules. Vieux tireur

impénitent, pourquoi changerais-je mon fusil de pôle? La Femme vaut

encore mieux que l’Ersatz. Je ne prétends pas qu’elle vaille grand

chose.

Nous nous reverrons, gens de bien. Mon prochain volume paraîtra bientôt.

Un proverbe qui n’est pas emprunté au bagage psychologico-culinaire de

M. Rouff, styliste génevois, assure que «la vengeance et le veau doivent

se manger froid». Ma vengeance ne perdra rien pour attendre.

Les veaux non plus.

FIN

INDEX ALPHABÉTIQUE DES NOMS CITÉS DANS CET OUVRAGE

ACKER Paul

ADAM Mme

ADAM Paul

AIMARD Gustave

AJALBERT Jean

ALEXIS Paul

ALLAIS Alphonse

ALMEREYDA

ANDRAL Paule

ANET Claude

ANQUETIL Georges

APOLLINAIRE Guillaume

ARBELL Lucy

ARÈNE Paul

AUBIER Fernand

AUREL Mme

AURIC Georges

AURIOL Georges

BARBEY D’AUREVILLY

BARRÈS Maurice

BELLAIGUE Camille

BÉRAUD Henri

BERGSON

BINET-VALMER

BLANCHE Jacques

BORDEAUX Henry

BONNAT

BONDY François de

BOUCHOR Maurice

BOURGET Paul

BRACKE

BROUSSON

BROGLIE

BRUNEAU

BUSNACH William

CAILLAVET de

CAMONDO Isaac de

CARCO Francis

CARLIER Madeleine

CARRIÈRE Eugène

CAZALS

CAZALIS

CAZIN Paul

CÉARD Henry

CHABRIER

CHALIAPINE

CHAMPSAUR Félicien

CHARPENTIER Gustave

CHAUSSON Ernest

CLAUDEL Paul

CLERMONT-GANNEAU

CLARETIE Jules

COCTEAU

COLETTE

COLONNE

COMMINGES

COPPÉE François

CORDAY Michel

CORNEAU André

COURTELINE

CROISSET Francis de

CURNONSKY

DALCROZE Jacques

DARZENS Rodolphe

DAUDET Alphonse

DAUDET Léon

DEBUSSY

DEFFOUX

DEKOBRA

DEGAS

DELAFOSSE

DELARUE-MARDRUS Lucie

DELPIT Albert

DESCAVES Lucien

DIERX Léon

DIVOIRE Fernand

DOLENT Jean

DORCHAIN

DOUMIC

DRANEM

DROUET Juliette

DUBUFE Guillaume

DUJARDIN Edouard

DUVERNOIS Henri

ESPARBÈS Georges d’

ESTAUNIÉ

FARRÈRE Claude

FAUCHOIS René

FÉNÉON Félix

FERRARI Henri

FEUGÈRE

FORAIN

FORT Paul

FRANCE Anatole

FRANCK César

FRANCK Paul

FRANC NOHAIN

GARDEN Mary

GAUTIER Judith

GÉRARD Lucy

GIDE André

GOUNOD

GUESDE Jules

GUNSBOURG

GYP

HAHN Raynaldo

HALÉVY Ludovic

HARAUCOURT Edmond

HARCOURT Eugène d’

HÉBRARD Adrien

HEREDIA José Maria de

HERMANT Abel

HÉROLD Ferdinand

HERRIOT

HUMBERT Ferdinand

HUYSMANS

INDY Vincent d’

JACOB Max

JEAN-BERNARD

JONCIÈRES

JOUVE

KAHN Gustave

KEYSER Edouard de

KIPLING

LAMOUREUX

LE GOFFIC

LEMAITRE Jules

LEGRAND Maurice

LICHTENBERGER André

LISZT

LORRAIN Jean

LOTI Pierre

LOTTE

LOUYS Pierre

MAGNARD Albéric

MALLARMÉ

MARSAN Eugène

MARSOLLEAU

MALHERBE

MARTINET

MARX Henry

MASSON Frédéric

MASSON Georges-Armand

MASSENET

MARTIN DU GARD

MATHEY

MAURI Rosita

MAUCLAIR Camille

MAUPASSANT Guy de

MAURRAS Charles

MENDÈS Catulle

MÉRY Jules

MICHAEL Ephraïm

MILLE Pierre

MIOMANDRE Francis de

MONTÉGUT

MONTFORT Eugène

MORÉAS

MOREAU Gustave

MOREL Eugène

MORENO Marguerite

MORICE Charles

MORTANE Jacques

MULLER Charles

MUSI Dora

MYRIAM HARRY

NER Henry

OLLIVIER Emile

PELLETAN Camille

PICARD Gaston

PIERNÉ Gabriel

PIOCH Georges

POIRÉ

POLAIRE

PORTO-RICHE

POTTECHER Maurice

POUGY Liane de

POULENC

PRÉVOST Marcel

PROUST Marcel

PSICHARI

QUILLARD Pierre

RABELAIS

RACHILDE

RAMEAU Jean

RADIGUET

RAVEL

RAYNAUD Ernest

REBOUX Paul

RÉGNIER Henri (de)

RENARD Maurice

RENARD Jules

RETTÉ

RÉVAL Gabrielle

REYER

RICHEPIN

RIVIÈRE Jacques

ROLLAND Romain

ROSNY

ROSTAND Edmond

ROTHSCHILD Willy (de)

ROUSSEL Raymond

ROUVEYRE André

ROZE

ROINARD Paul-Napoléon

SAINT-POL ROUX

SAINT-SAENS

SANDERSON Sybil

SARCEY Francisque

SCHOLL

SCHWOB Marcel

SERRES Louis (de)

SÉVERINE

SIMON Henry

SIMON Jules

SILVESTRE Armand

SILVAIN

SOREL Albert

STRAVINSKY

STROWSKI Fortunat

SULLY PRUD’HOMME

SWARTE Madeleine (de)

TAILHADE Laurent

THOMAS Ambroise

THOMÉ Francis

TINAYRE Marcelle

TRÉBLA

TREICH Léon

VALLES

VAN DYCK

VAUXCELLES Louis

VERHAEREN

VERLAINE

VIELÉ-GRIFFIN

WAGNER Richard

WALDECK-ROUSSEAU

WOLFF Albert

XANROF

TABLE DES MATIÈRES

I.--Enquêteur et enquêtés: _Gaston Picard_, _Jean-Bernard_,

_Ajalbert_, _Divoire_, _etc._--Correspondances saphiques

des journaux de modes. 5

II.--Les deux Willy.--Octopodes auto-biographiques.--Mon

ancêtre le maréchal de Villars. 10

III.--Le veuf sur le toit.--Deux académiciens m’interviewent:

_Jules Simon_ et _Caro_.--Les bas rouges de Madame

Aurel.--_Dekobra_ et _Franc-Nohain_ au collège. 15

IV.--L’orang _Tailhade_, _Mallarmé_ et autres.--_Sarcey_

chahuté.--L’inceste au théâtre. 24

V.--Le journal «_Lutèce_».--_Albert Delpit_. 30

VI.--_Chabrier_ juge _Massenet_.--_Mlle Madeleine de Swarte_

me juge dans les Fourberies de papa.--_Gounod_ juge _Gustave

Charpentier_.--Le tragédien _Silvain_, navigateur et tireur

à cinq.--_Armand Sylvestre_ et ses maîtresses.--Le génie de

_Wagner_ et les ridicules de _Bayreuth_.--«Claudine s’en

va».--_Mlle Polaire_ et «_Siegfried_».--La chemise d’un

sociétaire et _M. Raymond Roussel_. 37

VII.--Rosseries de _Degas_.--_Bonnat_ compare les critiques aux

cochons.--La mauvaise foi de _M. Jacques Blanche_.--Les

manchettes de _Moréas_, sa métrique, sa griserie.--_Mendès_,

Machiavel en tous genres.--Mots acides de _Moreno_. 62

VIII.--Un pastiche de _Rostand_.--_Jean Richepin_ vilipendé par

_Bouchor_.--_Mme Purnode_, chanteuse aphone.--_Camille

Pelletan_, acrobate occasionnel rate son tour. 83

IX.--L’académicien _Frédéric Masson_ demande qu’on me

fusille.--Le compositeur _Roze_ chez _Jean Lahor_.--Les

dîners de _Judith Gautier_, wagnérienne.--Un frère de

_Victor Hugo_ à Charenton.--_Listz_ chez _Mme Erard_. 94

X.--_Raoul Gunsbourg_.--Son portrait par _Jules

Lemaître_.--Il me réconcilie avec Massenet. 113

XI.--La Revue bleue.--Le fantaisiste _Jacques du Tillet_, le

caustique _Vandérem_, le bon _Jules Lemaître_ et le perfide

_Anatole France_.--_Lotte_ et ses amis. 122

XII.--Les nègres.--Les homosexuels.--A bientôt. 137

ACHEVÉ D’IMPRIMER

LE 13 MAI 1925

SUR LES PRESSES DES

ARTISANS IMPRIMEURS

F. LEFÈVRE, DIRECTEUR

23, RUE DE LA MARE

A PARIS (XXe)

LES

Éditions Montaigne

recommandent aux amis des belles lettres

LA COLLECTION DE GAI SAVOIR

qui comprendra une vingtaine de volumes dont les sujets, intéressants

pour tous, sont traités avec bonne humeur, suivant une devise

empruntée à Montaigne: «Je ne fais rien sans gayeté». Élégamment

présentés, les premiers ouvrages ont tout de suite connu le grand

succès.

LA COLLECTION DES LETTRÉS

qui a commencé par un livre de Pierre Louÿs, attendu depuis longtemps:

Le Crépuscule des Nymphes. Présentation soignée, papier alfa

spécialement fabriqué pour cette collection. Gravures d’artistes

connus. Tout amateur de livres doit surveiller cette collection.

«LA CLAIRE POÉSIE»

Retenez ces noms déjà célèbres: Emmanuel Signoret, Henriette Hervé,

Jacques Feschotte... D’autres vont suivre. Lisez surtout leurs vers.

Vous comprendrez leur gloire naissante. Vous les aimerez.

LES ESSAIS LITTÉRAIRES

Gustave Kahn, puis Willy ont ouvert une collection qui sera précieuse

à l’histoire des lettres. Agréables à lire, ils ont leur place dans

«toute librairie d’honnête homme».

ÉDITIONS MONTAIGNE

_Impasse de Conti, Nº 2_ (entre l’Académie Française et la Monnaie)

PARIS (VIe)

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 1

JEAN GRAVIGNY

Montmartre en 1925

AVEC UN VOCABULAIRE DE L’ARGOT USITÉ A MONTMARTRE

In-16 jésus broché: 12 fr.--Couverture en couleurs et 104 dessins de V.

de Rego Monteiro.

Le succès de ce livre vient en partie de ce que nous ne possédions que

des ouvrages historiques sur Montmartre. L’auteur a préféré s’en tenir

au Montmartre de maintenant, fêtard et voluptueux, pervers et

sentimental. Chacun trouvera là le renseignement dont il a besoin au gré

de ses préférences. Il s’agit, en effet, d’un livre documentaire qui

est, en même temps, le plus précieux des guides.

TABLE DES MATIÈRES.--I. Topographie de Montmartre, comparaison avec

Montparnasse, l’enchantement de Montmartre.--II. L’ancien Montmartre,

les bombes d’Henri IV, la vogue au XIXe siècle. Hier et aujourd’hui.

Respectons le vieux Montmartre.--III. La république de Montmartre, la

foire aux croûtes, l’Antre du Lapin Agile, la place du Tertre, les

ateliers d’artistes. Où peut-on manger à Montmartre?--IV. A l’ombre du

Sacré-Cœur, Saint-Pierre de Montmartre, le Sacré-Cœur, Saint-Jean

l’Evangéliste.--V. Montmartre la nuit. A minuit place Pigalle. Refuge de

tous les fêtards. Une joyeuse tour de Babel.--VI. Quelques types

nocturnes: les danseurs, les danseuses, les chasseurs, les mendigots,

les Russes et la haute noce.--VII. La galanterie à Montmartre: les

belles de nuit, les inévitables compagnons de ces dames.--VIII. Deux

vices importés: la coco et ses amateurs, les petits Messieurs.--IX. Les

grands dancings populaires.--X. Etablissements excentriques.--XI. Les

cabarets de chansonniers.--XII. Les grands établissements de nuit. A

quelle heure monter à Montmartre? Distractions variées.--XIII. Champagne

obligatoire. Initiation champenoise. Comment choisir son champagne. Le

prix du champagne. Conseils aux consommateurs. Les grandes années de

champagne.--XIV. Vocabulaire de l’argot, tel qu’il est usité de nos

jours à Montmartre.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 2

MAX FRANTEL

Joyeuses Anecdotes

POUR SERVIR A L’HISTOIRE DE LA POLITIQUE, DES LETTRES, DES ARTS ET DES

MŒURS EN L’AN DE GRACE ET DE DISGRACES 1924

In-16 jésus broché: 9 fr.--Il a été tiré 25 exemplaires sur papier pur

fil Lafuma à 30 fr. portant la signature de l’auteur.

Voici les échos les plus malicieux de l’année, ceux qui passeront pour

la plupart dans l’histoire. Le mémorialiste nous introduit partout. Il

force pour nous les salles du trône et les alcôves. Il nous fait entrer

dans les salons les plus fermés et les boudoirs les plus accueillants.

Par lui, le lecteur n’ignore rien de ce qui se passe dans les coulisses

des théâtres ou du Palais-Bourbon, le plus divertissant des théâtres

pour les yeux qui savent s’amuser. _Joyeuses Anecdotes_ est un exposé

hilarant de l’histoire qui se fait. Chaque chapitre résume en quelques

lignes les grands faits que nous aurions pu déjà oublier; mais cette

présentation protocolaire est aussitôt suivie d’un déluge

d’historiettes, de bons mots, d’aventures savoureuses dont ministres,

parlementaires, littérateurs célèbres, artistes à la mode, jolies femmes

en vue font les frais. Nous suivons ainsi sans fatigue et avec joie un

guide qui satisfait à toutes les curiosités actuelles. L’auteur a pensé

que la petite histoire est la meilleure façon de retenir l’histoire qui

se fait. Il paraît estimer qu’un grand homme nous semble plus près de

nous, plus humain, plus facile à pénétrer, si nous pouvons le voir hors

de toute parade, en pyjama, dans ses rapports domestiques, dans ses

inévitables intimités. Les historiens de l’avenir consulteront _Joyeuses

Anecdotes_ comme ceux de maintenant aiment à lire Tallemant des Réaux.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 3

ÉMILE FENOUILLET

L’art de trouver un mari

ÉTUDE PRATIQUE ET LUMINEUSE DE LA PLUS GRANDE DIFFICULTÉ SENTIMENTALE

D’APRÈS-GUERRE

In-16 jésus sur bel alfa bouffant. Couverture de Lébédeff. L’exemplaire

broché: 10 francs

Jusqu’à ce jour tous ceux qui ont écrit ou parlé de la crise

matrimoniale, après la guerre, se sont bornés à faire entendre des

lamentations. Voici un livre plus utile. Par des conseils habiles,

l’auteur essaie loyalement d’atténuer cette grande misère sociale.

Toutes les difficultés du problème sont étudiées avec précision, d’un

regard pénétrant et non sans hardiesse. Toujours avec esprit, dans une

forme originale, souple et puissante, Émile Fenouillet initie les jeunes

filles d’aujourd’hui à la conquête si malaisée du mari. Il les mène à

l’assaut des principales forteresses où se retranche l’égoïsme des

hommes; il leur enseigne la plus sûre et la plus rapide tactique pour un

assaut victorieux. Combien lui devront le bonheur qu’elles recherchent!

Pour ceux qui ne désirent que la joie de lire un beau livre, ils devront

mettre ce livre à côté de l’étonnante «Physiologie du mariage» de

Balzac.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 4

Paraîtra en Juin

Les Amoureux Passe-Temps

OU CHOIX DES PLUS GENTILLES ET GAILLARDES INVENTIONS DES XVIe et XVIIe

SIÈCLES

depuis Ronsard jusqu’à Théophile colligées sur les manuscrits et les

éditions originales par

FERNAND FLEURET

_Un avertissement badin de Fernand Fleuret nous éclaire ainsi sur la

véritable portée de cette anthologie de haute saveur_:

«Ce n’est pas absolument dans le dessein de te présenter un Recueil de

pièces libres, LECTEUR, que j’ai réuni ces _Amoureux Passe-Temps_ que je

pourrais pousser dans le monde comme la Somme de la poésie licencieuse

de près d’un siècle...

»Il s’agissait encore de t’instruire en t’amusant, si toutefois tu le

veux bien. Je me suis donc mis en cervelle de te montrer l’influence de

Ronsard sur les poètes de son temps. Je n’ai pas choisi pour ce faire,

le Ronsard pindarique et pétrarquiste, celui que l’on t’enseigna si mal

sur les bancs, mais un Ronsard gaulois que tu connais encore moins, sans

doute. Ainsi te révèlerai-je du même coup toute une poésie gaillarde et

folâtre que tes maîtres n’ont eu cure de t’apprendre parce qu’ils ne la

connaissent point...

»Je t’ai mis plus de trente poètes du même siècle, sur lesquels il en

est bien vingt qui ont contrefait son langage, qui lui ont dérobé des

sujets, des tours, des vers, des expressions: tu jugeras donc que

Ronsard avait trouvé le style qui convient à la galanterie, sans quoi

personne ne se serait avisé de le lui emprunter pour parler à sa

belle... Bref, il fut le révélateur de la poésie badine et son influence

est encore vivace chez la plupart des poètes de l’âge suivant, bien que

ces derniers, en trahissant leur maître, en le méprisant parfois, aient

fait dévier vers le libertinage un genre gracieux, naturel, exempt de

vice et de la plus authentique Poésie...

»Tu trouveras dans ces “Recueils” des vers de Malherbe et de ses élèves.

Sais-tu que surnommé le “Père Luxure”, il a commis une dizaine de pièces

légères, dont cinq sonnets embrasés qui peuvent compter parmi les plus

beaux vers de la langue? Sais-tu que ce tyran des mots et des syllabes

ordonnait à Racan, alors âgé de trente-cinq ans, de versifier des

«friponneries de page», et qu’il en discutait les termes avec lui?».

Un volume de 290 pages in-16 jésus à 1500 exemplaires, c’est-à-dire:

25 exemplaires (de 1 à 25) sur japon, contenant un état

des bois rayés à 130 fr.

75 exemplaires (de 26 à 100) sur madagascar 90 fr.

400 exemplaires (de 101 à 500) sur pur fil Lafuma 50 fr.

2000 exemplaires (de 501 a 2500) sur bel alfa bouffant 25 fr.

Nous nous réservons le droit, en raison des prix de revient de plus en

plus onéreux, de majorer les prix ci-dessus après la mise en vente.

COLLECTION DE GAI SAVOIR

Nº 5

à paraître en Juin

POL PRILLE

Bois de Boulogne, Bois d’Amour.

1 volume sur alfa bouffant: 10 francs

Souvenirs littéraires... et autres · 第 6 / 7 段