de plusieurs lampes, dont la forme est peu curieuse; on y voit des
gladiateurs en différentes attitudes. L'opinion que les mânes ou les
dieux infernaux s'appaisaient par le sang humain, paraît avoir été
l'origine des combats de gladiateurs, si l'on en juge par la coutume
barbare d'immoler des prisonniers de guerre ou des esclaves dans les
funérailles des princes et des grands. L'invention de ces combats est
le plus communément attribuée aux étrusques, dont les monumens funèbres
offrent souvent de telles représentations. Quoi qu'il en soit, le goût
en fut porté jusqu'à la fureur chez les Romains, qui les admettaient
comme un divertissement au milieu des festins. Non contens d'en jouir
comme d'un spectacle, des hommes libres, des chevaliers, des sénateurs
se plaisaient à s'y livrer. Les femmes même partagèrent cette fureur, et
l'empereur Sévère fut obligé de rendre un édit pour leur interdire ces
jeux sanglans. C'était le spectacle qui excitait le plus la curiosité du
peuple. Les empereurs le faisaient principalement donner à l'ouverture
des guerres, sans doute pour exciter le courage dans l'âme des soldats.
Les occasions en étaient, au reste, très-fréquentes. Les magistrats,
et sur-tout les édiles, faisaient donner des combats de gladiateurs, en
prenant possession de leurs charges; mais ce spectacle paraît avoir
été particulièrement consacré aux pompes funèbres, dans celles même
de simples particuliers, qui le prescrivaient fréquemment par leurs
testamens, et faisaient des legs ou des fondations pour qu'il fût
renouvelé à chaque anniversaire. On peut donc considérer comme lampes
sépulcrales, plusieurs de celles qui portent des images de gladiateurs.
Ces figures ne sont point toujours un monument des combats exécutés en
l'honneur des morts: l'image des cérémonies, qu'on n'avait pu exécuter,
suffisait dans l'opinion religieuse pour appaiser les mânes.
FIG. I. Gladiateur frappé à mort, et qui a abandonné ses armes.
FIG. II Celui-ci, un genou en terre, semble attendre son adversaire,
prêt à se couvrir de son bouclier et à frapper. Son casque est surmonté
d'une aigrette; le vainqueur enlevait cette aigrette, et la montrait au
peuple en signe de sa victoire: de-là Juvénal les appelle _Pinnirapi_.
FIG. III. Le casque de celui-ci est hérissé de pointes; il est prêt à
combattre et dans l'attitude proprement dite _status_, en garde.
FIG. IV. Dans ce groupe, le vainqueur considère son ennemi renversé,
comme pour s'assurer s'il est mort, prêt, sans doute, à l'action cruelle
exprimée par _repetere_, lorsque le peuple, non content de voir
couler le sang, demandait la mort du blessé, en criant au vainqueur de
l'achever: ce que celui-ci confirmait au peuple en disant, après avoir
frappé, _habet_.
FIG. V. Ce jeune homme nu, tenant une lance et un petit bouclier
(_parma_), pourrait ne pas être de l'espèce des gladiateurs, et exprimer
ici un Génie de la guerre, ou celui du dieu Mars.
FIG. VI. Le vainqueur paraît tendre la main au vaincu pour le secourir:
cet acte d'humanité, que nous n'avons point encore vu exprimé dans
d'autres monumens, rend notre lampe précieuse. C'était au peuple que le
vaincu demandait la vie, en élevant le doigt en l'air. Nous voyons sans
doute ici ces gladiateurs représentés au moment qui suit cette action.
De cette coutume venait l'expression _ad digitum pugnare_, quand les
deux champions convenaient de ne point se faire de quartier jusqu' ce
signe.
FIG. VII. Figure de mime, coiffé d'un bonnet pointu, armé d'un bouclier
et d'un bâton fendu propre à faire du bruit; cette caricature pourrait
donner à penser qu'on admettait quelquefois des bouffons dans les jeux
des gladiateurs: on sait, au reste, que les mimes faisaient partie des
pompes funèbres.
FIG. VIII. Athlète armé de cestes pour le combat du Pugilat.
[Illustration: page 62]
PLANCHE V.
(_P. 9, t. VIII de l'Edition royale_.)
FIG. I. Dans cette lampe, un homme couché par terre saisit un taureau
fougueux par les cornes: un cheval lancé au galop, la bride
flottante sur le cou, est de l'autre côté. Ce groupe représente
très-vraisemblablement la chasse du taureau, qui avait lieu dans les
jeux du cirque. César, étant dictateur, donna le premier aux Romains
le spectacle de cette chasse, inventée par les Thessaliens. Un cavalier
poursuivait le taureau flanc à flanc, et lorsque l'animal était fatigué,
il lui sautait sur le dos et le renversait à terre par les cornes.
(_Plin. VIII_, 45.--_Suet. Claud._ 21.) Une ancienne épigramme peint
vivement cette course, et représente le Thessalien jetant un nud
dans les cornes du taureau, qu'il fait plier et qu'il renverse en un
clin-d'il. (_Reiske. Anth._ 728.) Ici le cavalier étendu par terre,
profite habilement de sa situation pour entraîner l'animal; l'ordonnance
du groupe donne à penser que cet homme s'est élancé de son cheval sur le
taureau, qu'il a glissé par le mouvement rapide de la course, et qu'il
saisit la victoire avec présence d'esprit: il serait encore possible que
cette situation fût un tour d'adresse. Ces sortes de jeux, qui se sont
conservés dans nos provinces méridionales, et sur-tout en Espagne, se
font pied comme à cheval, et donnent encore de nos jours l'occasion
d'admirer ce que peut l'adresse contre la force.
FIG. II. Cette autre lampe représente un quadrige en pleine course;
suivant un exemple fréquent, les accessoires sont négligés et le char
est représenté par une roue seulement. Le conducteur est vêtu d'une
ample tunique resserrée par des bandes servant de ceinture; d'une main
il agite son fouet, et de l'autre tient les rênes qui sont liées autour
de son corps: cet usage avait pour but de s'assurer des chevaux, et de
les gouverner avec plus de force; il mettait cependant très-souvent
le conducteur en grand péril: c'est ainsi que Sophocle a peint Oreste;
qu'Euripide, Ovide et Sénèque ont peint Hippolyte entraîné dans ces
nuds dangereux; c'est encore ce que notre divin Racine, qui avait une
connaissance profonde de l'antiquité, a exprimé dans ce vers bien connu:
Dans les rênes lui-même il tombe embarrassé.
[Illustration: 55]
PLANCHE VI
(_P. 10, II, t. V de l'Edition royale_).
Fig. I. Le sujet de cette lampe vraiment curieuse est un coq avec une
palme, qui dénote la victoire remportée par cet oiseau dans un combat.
Les combats de coqs étaient célèbres dans la Grèce. Ælien rapporte que
lorsque Thémistocle marchait contre les Perses, il fit remarquer à son
armée deux coqs qui se battaient avec acharnement, animant ses soldats,
par cet exemple, à combattre courageusement pour leur patrie; et qu'à
cette occasion, une loi prescrivit que chaque année, dans un jour
déterminé, on donnerait sur le théâtre d'Athènes, le spectacle d'un
combat de coqs. Ces oiseaux avaient des maîtres pour les dresser (_avium
lanistæ_). On leur faisait manger de l'ail pour les rendre plus ardens,
et on armait leurs pattes d'éperons de fer; ce qui a donné lieu au
proverbe grec, _lève l'éperon quand tu combats_. Les plus estimés
étaient ceux de Rhodes et de Tanagra en Béotie. Les spectateurs
s'intéressaient si vivement à la victoire de l'un des deux champions,
qu'ils faisaient en leur faveur des gageures considérables, au point
même de dissiper leur patrimoine, si l'on en croit Columelle (_VIII_,
2.). Ces spectacles, dans son opinion, paraissaient avoir été plus
propres aux anciens Grecs qu'aux Romains. Pline, du moins, en parlant de
son temps, dit que tous les ans on donnait, à Pergame, un spectacle
de coqs. Le coq combattant servait de signe pour les monnaies des
Dardaniens; on voit un coq avec deux épis (peut-être deux palmes) sur
une médaille de _Dardanis_ ou Troye (_Thes. Brit. tome_ I, p. 254); on
le trouve avec la palme, comme dans notre lampe, sur une autre médaille
d'Athènes (_Ibidem, pl._ 213). On donnait encore, dans la Grèce et à
Rome, des combats de cailles, qui se signalaient aussi-bien que les
coqs par leur courage et leur obstination. Les Anglais se montrent
très-curieux de ces sortes de combats, et ne sont pas moins fous dans
leurs gageures que ceux dont parle Columelle; ils ont pris le goût
de ces jeux dans les Indes, où les grands en font un de leurs
divertissemens. Un combat de coqs est le sujet d'une très-belle et
curieuse gravure d'Earlom, ou l'on voit un coq, tenant pour le colonel
Mordaunt, se battre victorieusement contre le champion d'un Nabab. On
pourrait citer en plaisantant les combats de coqs qui se donnaient pour
Auguste et pour Antoine. Le coq d'Auguste était toujours vainqueur.
(_Plut. Vie d'Ant._)
FIG. II. La cigogne qu'on voit sur cette lampe, est le symbole de la
piété filiale, et, par cette raison, elle pourrait désigner une lampe
sépulcrale; c'était aussi le symbole du printemps (_titulus tepidi
temporis_): on voit la cigogne sur les médailles des familles _Antonia_
et _Ccilia_.
FIG. III et V. Ces deux lampes, chacune à deux mèches, sont sans
figures, mais elles méritent d'être remarquées pour leur forme, la
beauté du travail, et le goût des ornemens.
FIG. IV. Cette lampe, endommagée, et d'un travail assez grossier, est
intéressante par le sujet qui représente Cybèle assise entre deux lions,
et ayant auprès d'elle, d'un côté, le jeune _Atys_; de l'autre un arbre
d'où pendent des tambours (_tympana_), et sur ses genoux, une clé ou un
autre objet; sa tête est couronnée de tours. La plupart de ces objets
se devinent pour être les attributs de la déesse, plutôt qu'ils ne se
distinguent. On célébrait en l'honneur de Cybèle, dite la mère des Dieux
ou la _grande mère_, outre les fêtes si fameuses, des fêtes de nuit dans
l'intérieur des familles, de veillées (_pervigilia_). On pourrait dire
avec quelque fondement, que les lampes qui représentent Cybèle et _Atys_
ensemble, ou séparément, étaient consacrées à ces sortes de fêtes.
[Illustration: 60]
PLANCHE VII.
(_P._ 11, 12, _t. VIII de l'Edition royale_.)
FIG. I. On voit sur cette lampe l'un de ces gladiateurs, dits,
_Retiarii_, de leur manière de combattre. Le gladiateur _Retiarius_
portait d'une main _des rets_, dont il cherchait à envelopper son
adversaire; son arme principale était un harpon ou un trident; il avait
quelquefois de plus un poignard ou une épée courte, comme on le voit
ici; son vêtement était une tunique; il portait un bonnet (_pileus ou
galerus_) qui devait laisser à découvert son visage, qu'il présentait
avec affectation aux spectateurs. L'adversaire était désigné
généralement par le nom de Gaulois, et plus particulièrement par
celui de _Mirmillon_; c'est encore à celui-ci que paraît appartenir la
dénomination de _Secutor_, employée par Suétone dans la description d'un
combat, où un _Retiarius_, reprenant l'avantage, tue coups de trident
les cinq ennemis vainqueurs de son parti (_Caligul._ 30). Ce combat
bizarre était l'image d'une pêche, et, pour la rendre plus complète,
le _Mirmillon_ portait sur son casque un poisson; et son ennemi, en le
poursuivant, s'écriait: «J'en veux au poisson, je n'en veux point à toi:
ô Gaulois, pourquoi me fuis-tu»? Juvénal, dans la 8e Satyre (_v._ 200
_et suiv._), fait paraître un sénateur, _Gracchus_, s'exposant, sous
le rôle d'un _Retiarius_ mal-habile, à une ignominie plus grave que des
blessures: nulle part l'appareil de ce genre de combat n'est décrit avec
plus de précision.
FIG. II à VI. Lampe à trois mèches, en forme d'autel à trois pans, sur
lequel pose une espèce de vase quadrangulaire; trois figures servent
d'ornement à chaque face de l'autel. Dans l'une, on peut reconnaître
Apollon; dans la seconde, le dieu Mars; et dans la troisième, la
Fortune, désignée par le sceptre et la corne d'abondance, si ce n'est la
Concorde, suivant ce que nous en avons dit propos de la _pl. II du
tome V_. Ces Divinités sont, sans doute, réunies dans ce monument comme
l'objet d'une dévotion particulière. Les détails que nous donnons de
cette lampe curieuse la présentent sous tous les aspects. Le dessin
au trait est le plan du pied sous lequel on lit _C. CORVINVS_, nom qui
paraît être celui du fabricant.
[Illustration: 63]
PLANCHE VIII.
(_P._ 13, 14, _de l'Édition royale_.)
FIG, I et II. Lampe à quatorze mèches, en forme de barque. Les quatre
traverses semblent exprimer les bancs des rameurs, proprement dits
_transtra_.
FIG. III et IV. La forme de cet ustensile a, paru peu appropriée à une
lampe; cependant, et malgré la petitesse de son orifice, elle répugne
encore plus à l'espèce de vase, dit _infundibulum_ ou _guttus_, à
laquelle on a voulu la rapporter. Nous ne reconnaissons dans ce vase
autre chose qu'une lampe, dont la mèche très-mince devait fournir une
lumière de longue durée, destinée probablement éclairer un tombeau: le
petit bassin qui est au milieu servait à introduire l'huile. La figure
représente un gladiateur.
FIG. V et VI. Cette lampe à douze mèches est d'une forme élégante
et d'un bon travail. Deux branches de chêne avec les feuilles et des
glands, en font l'ornement. Les couronnes de chêne sont très-fréquentes
sur les lampes comme sur les médailles. On peut considérer les deux
branches ou comme exprimant la récompense civique, ou comme un emblême
relatif au culte de Jupiter et de Junon, Divinités protectrices des
cités, et auxquelles le chêne était consacré.
[Illustration: 66]
PLANCHE IX.
(_P._ 15, 16, _t. VIII de l'Edition royale_.)
FIG. I. Lampe à une seule mèche. Du milieu s'élève une anse avec un il
pour servir à la suspendre.
FIG. II. Lampe, à douze mèches, semblable celle de la planche
précédente.
FIG. III. Celle-ci est remarquable par sa triple forme dont chacune a
son récipient, sa bouche et son orifice, sans communication. La lampe
du milieu figure une conque; les deux lampes latérales sont en forme
de colombes ou d'oies; ce qui pourrait annoncer que cette espèce de
candélabre servait aux veillées de Vénus ou de Priape. La séparation des
récipients indiquerait qu'on allumait une mèche à mesure qu'une
autre s'éteignait. On retrouve les traces de cet usage dans une jolie
épigramme de l'Anthologie (_VII, ép._ 16) «Cléophantide tarde encore, et
déjà, s'affaiblissant peu à peu, va s'éteindre la _troisième_ lumière:
ah! pourquoi avec la lumière ne s'éteint point le feu qui me consume!
combien de fois, combien ne m'a-t-elle pas juré par Vénus, qu'elle
viendrait sur la brune! Mais la parjure se rit et des hommes et des
Dieux».
FIG. V et VI. Cette lampe produisant neuf lumières, est garnie de
trois anses servant à la suspendre. Les masques qui en font l'ornement,
indiquent qu'elle était destinée à un théâtre ou à une salle de festin.
Martial désigne l'emploi de ces lampes dans les festins, sous la
dénomination de _Polymixi_, à plusieurs lumignons. Si les lampes de
métal étaient plus en usage dans les maisons aisées que celles de terre,
ces dernières cependant n'étaient point dédaignées, et la délicatesse
qui se fait remarquer dans l'exécution de la nôtre, prouve qu'on y
mettait quelque prix.
[Illustration: 69]
PLANCHE X.
(_P._ 17, 18, _t. VIII de l'Edition royale_.)
FIG. I. Nous ne reconnaissons point, avec les Académiciens d'Herculanum,
une chouette dans l'oiseau imprimé sur cette lampe; c'est plutôt un
épervier, emblême du Soleil, ou de la divinité d'Osiris. Cet oiseau
pourrait encore être considéré dans une lampe, comme augural. Il
avait été désigné comme tel, et placé au premier rang par Phnomoë,
prophétesse du temple de Delphes; on en tirait des augures pour les
mariages et pour la prospérité des troupeaux (_Pline, liv. X, chap._ 8).
FIG II. Lampe remarquable seulement par l'entourage du médaillon et la
finesse du travail.
Les quatre autres lampes ont pour ornement différentes figures
d'animaux qui, comme victimes, peuvent être l'expression d'une dévotion
particulière envers la Divinité, à laquelle chacun d'eux est consacré.
FIG. III. Une chèvre. On sacrifiait une chèvre blanche à Vénus
populaire, et une chèvre noire Pluton. C'était aussi, suivant Servius,
l'une des victimes qu'on offrait à Esculape.
FIG. IV. Un lapin mangeant un raisin. Comme dévastateur des vignes, cet
animal était, ainsi que le lièvre, consacré à Bacchus; c'est ce qui est
formellement exprimé dans cette épigramme de l'Anthologie (_VI, cap._ 7,
_ep._ 7). «Je vis un lièvre couché dans une vigne consacrée à Bacchus,
et mangeant le raisin. J'avertis le vigneron, et celui-ci d'un coup
de pierre écrasa la tête à l'animal, et, le prenant, dit tout joyeux:
J'offre à-la-fois à Bacchus, la victime et le dédommagement». Les
lièvres et les lapins étaient encore consacrés Vénus, aux Amours et à
Diane.
FIG. V. Un porc; c'était la victime particulière du dieu Silvain et des
dieux Lares: on l'offrait aussi à Vénus, à Minerve, aux Dieux nuptiaux
et à Priape.
FIG. VI. Un daim, animal consacré à Diane. Les daims et les chevreaux
appartiennent encore Bacchus et à ses suivans, à cause de leur
pétulance.
[Illustration 72]
PLANCHE XI.
(_P._ 19 _de l'Edition royale_.)
FIG. I. Lampe de bronze à deux becs, d'une forme élégante et d'un
travail précieux. Le corps de la lampe est orné d'arabesques; et l'anse,
d'un feuillage en éventail. Il part de l'anse une petite chaîne qui
vient se rattacher au pied de l'oie ou du cygne, groupé avec un petit
génie prêt l'étouffer. Ce groupe, qui sert ici de couvercle, est,
sans doute, l'emblême de la force de l'amour. La même action se trouve
répétée dans plusieurs monumens antiques.
FIG. II et III. Ces deux dessins représentent les plans de la même
lampe, pris en dessus et en dessous, en ôtant le bouchon orné du petit
groupe.
[Illustration 74]
PLANCHE XII.
(_P._ 22, 40, _t. VIII de l'Edition royale_).
Six lampes de terre cuite, dont nous donnons les médailles seulement.
Fig. I et II. Diane ou la Lune caractérisée par le croissant, et Apollon
ou le Soleil caractérisé par les rayons. Ces Divinités qui président à
la lumière, ou leurs emblêmes, servent très-fréquemment d'ornemens aux
lampes.
Fig. III. Un Pégase grossièrement exprimé. Cet emblême convient à
la lampe d'un poète: si la lampe est sépulcrale, le cheval aîlé fait
allusion au transport des âmes dans l'Olympe, comme on le voit,
dans quelques médailles et dans quelques pierres gravées, exprimer
l'apothéose: telle est la médaille d'Antinoüs, sur laquelle Mercure
guide Pégase portant au ciel cet autre Ganimède (_Passeri Gemm. astrif.
t. III, p._ 115); telle est encore la gemme, où l'on voit Drusus
Germanicus s'élevant au ciel sur le cheval ailé (_Spanh. de us. et
prest. Num. p._ 277).
Fig. IV. Griffon, emblême du Soleil ou d'Apollon, comme le démontre,
sans parler d'autres.
_Tome VI_. LAMPES. monumens, la statue du musée Napoléon, salle des
Saisons; cet emblème appartiendrait fort bien à un musicien. C'est ainsi
que le Griffon que l'on voit dans un bas-relief de la villa Albani,
désigne le talent de la femme d'un certain Hermias, à laquelle ce
monument de la piété conjugale est consacré. (_Gaet. Marini. Marm. Alb._
p. 78).
Fig. V et VI. Une écrevisse et un bélier. On ne peut les considérer ici
comme signes du Zodiaque: le bélier du Zodiaque est dans une attitude
différente, et les anciens n'ont jamais donné la forme de l'écrevisse,
mais toujours celle d'un crabe, au signe qui suit les gémeaux.
Fig. VII et VIII. Lampe de bronze en forme de barque, et vue de face et
de profil; l'anse est ornée d'un beau masque tragique, dont l'épaisse
chevelure est frisée en anneaux ou cannelures; d'où l'on disait, les
cheveux ainsi arrangés, _calamistrati_.
[Illustration 77]
PLANCHE XIII.
(_P._ 23, _t. VIII de l'Edition royale_.)
Fig. I et II. Trois poissons et un lion courant. Le lion pourrait être
considéré comme un signe du Zodiaque: il serait moins heureux d'en dire
autant des trois poissons.
Fig. III et IV. Lampe de bronze. L'anse est ornée d'arabesques à jour,
sur lesquels pose une chauve-souris, les aîles étendues. Le premier
emblême qu'offre cet animal, est celui de l'approche de la nuit, et
il est là comme pour avertir de chasser l'obscurité par la lumière des
lampes. On pourrait encore voir, dans sa présence, une intention plus
recherchée; il rappelle l'aventure des filles laborieuses de Minée, qui
s'attirèrent le courroux de Bacchus pour avoir profané ses fêtes par le
travail. Alors cette lampe devient sacrée, comme appartenant aux fêtes
de Bacchus, et rappelant le respect qu'on doit à cette divinité. La
chauve-souris peut encore servir d'emblème à l'amour du travail qui fuit
le sommeil, ou bien à l'amour maternel; car cet oiseau étant le seul
qui puisse offrir le lait à ses petits, il servait à exprimer dans les
tableaux, la mère qui prenait ces tendres soins. Les lampes étaient au
nombre des apophorètes, c'est-à-dire, des présens qui se faisaient dans
les festins, aux saturnales et au nouvel an; et l'on peut penser que les
personnes délicates savaient ajouter quelque prix à leurs dons par des
emblèmes ou par des allusions ingénieuses.
[Illustration 80]
PLANCHE XIV.
(_P._ 25, 26, _t. VIII de l'Edition royale_.)
FIG. I. Lampe de bronze à deux becs. L'anse est surmontée d'un masque.
La forme convexe du couvercle donnerait à penser qu'il servait à un
double usage, c'est-à-dire, à éteindre la lumière: quelques personnes
avaient coutume, par une sorte de superstition, de laisser les lampes
s'éteindre d'elles-mêmes; mais l'odeur désagréable qui se répand après
l'extinction, et dont la malignité, selon Aristote, va jusqu'à produire
l'avortement, détournait les gens éclairés de cette pratique incommode
et dangereuse.
FIG. II. Autre lampe de bronze, qui n'a rien de remarquable, si ce
n'est le couvercle en forme de ces vases, dits _gutti_ ou _infundibula_,
servant verser l'huile goutte à goutte.
FIG. III. Cette lampe singulière prend sa forme principale d'une feuille
de figuier, sur laquelle se déploient en arabesques des fleurs de
lotus ou d'hyacinthe. Du milieu sort une demi-figure coiffée du bonnet
phrygien, ayant à la main un _pedum_ ou un autre instrument, et tenant
des fruits dans le pli forme sur son sein, par la draperie qui descend
de son épaule: il serait difficile de rapporter la figure avec précision
à quelque Divinité connue. Peut-être a-t-on eu l'intention d'exprimer
Atis, Le favori de Cybèle, entouré des productions de la terre.
FIG. IV. Cette lampe fracturée a pour sujet principal un masque scénique
d'une grande beauté; les autres ornemens sont également finis et
recherchés: on peut la ranger parmi les monumens bachiques. Les têtes
de griffons qui paraissent aux côtés, conviennent à Bacchus; et, comme
emblêmes du Soleil, désignent l'Orient, où le Dieu donna ses lois, et
vit naître son culte.
[Illustration 83]
PLANCHE XV.
(_P_, 27, 69, _t. VIII de l'Edition royale_.)
FIG. I. Lampe de terre à dix mèches. Elle est d'une si petite
proportion, qu'on ne peut supposer qu'elle a été mise en usage. On
trouve, dans les cabinets des amateurs, divers ustensiles remarquables
comme celui-ci, par leur petitesse; et l'on doit se rappeler à
cette occasion qu'on faisait chez les anciens, ainsi que parmi nous,
l'imitation en petit d'une infinité d'objets pour amuser les enfans;
ces présens avaient lieu principalement le jour natal, de la part des
parens, des amis et même des serviteurs. Les poètes comiques nous ont
aussi conservé la mémoire de ces usages (_Plaut. Bud. IV_, 4, _v_. 110).
L'inscription qui est sous la lampe porte _C. TV. PRI._ qu'on peut lire
_Caius TVllius PRIscus_ ou _PRImitivus_ ou _PRImus_; noms qui désignent,
sans doute, le fabricant.
FIG. II. Lampe à deux mèches en forme de poisson.
FIG. II. Autre à quatre mèches, remarquable seulement par le croissant
qui termine l'anse.
FIG. II. Autre en forme d'oiseau grossièrement exprimé. Un trou sur le
dos servait à introduire l'huile; à la place des ailes sont les godets
pour placer les mèches. On reconnaît une colombe dans cet oiseau, qui
peut signifier que la lampe est une de celles consacrées aux veillées de
Vénus.
FIG. II. Lampe de bronze. L'anse est ornée d'une tête de cheval; de la
bouche part une chaîne qui se rattache à l'anneau d'un bouton fermant
l'ouverture de la lampe; le support est un trépied à griffes de lion,
orné d'une large feuille travaillée avec recherche.