J'aime peu le printemps; sur son aile inconstante.
Il apporte, il est vrai, les boutons et les fleurs,
Mais ce qu'épanouit son haleine enivrante,
Il le brûle aussitôt par ses folles rigueurs.
Sylphe capricieux, ignorant ce qu'il aime,
Il change, en un moment, d'aspect et de vouloir,
Il vous sourit, vous berce, et puis à l'instant même,
Il brise, dans sa fleur, votre naissant espoir.
J'aime peu de l'été le soleil magnifique.
Quand il darde sur nous ses rayons énervants,
Il enfante souvent la fièvre frénétique,
La rage, et de l'amour les douloureux tourments.
Je pourrais préférer le nuit calme et glacée,
Qui suit, modestement, un beau jour de moisson;
Mais la feuille qui tombe attriste ma pensée,
Et l'automne n'est point encore ma saison.
Je préfère Noël, le gentleman antique,
Qui ramène l'hiver et les festins joyeux;
Vidons en son honneur, dans la salle gothique,
D'innombrables flacons de nos vins les plus vieux!
Noël est le gardien des vertus domestiques,
Le plus doux souvenir de nos vieilles maisons.
Pousses donc avec moi trois hourras sympathiques,
Pour saluer le Roi de toutes les saisons!
Cette chanson fut accueillie par un tonnerre d'applaudissements. Un
auditoire composé d'amis et de serviteurs est toujours si bénévole! Les
parents pauvres, surtout, tombaient dans de véritables extases de
ravissement.
Le feu fut garni de nouveaux troncs, et le bol accomplit une ronde
nouvelle.
«Comme il neige, dit un des hommes à voix basse.
--Comment! il neige? répéta Wardle.
--Oui, monsieur, la nuit est noire et froide. Le vent vient de se lever,
et il fouette la neige en tourbillons dans la plaine.
--Qu'est-ce qu'il dit donc? demanda la vieille lady; est-ce qu'il est
arrivé quelque chose?
--Non, non, maman. Il dit qu'il neige et que le vent souffle fort; et il
a raison, car on entend un fameux tapage dans la cheminée.
--Ha! reprit la vieille dame, il faisait un vent comme cela, et il
tombait aussi de la neige, il y a bien des années.... Attendez, que je
me rappelle.... juste cinq ans avant la mort de votre pauvre père.
C'était la veille de Noël aussi, et je me souviens qu'il nous raconta
l'histoire du vieux Gabriel Grub, qui a été enlevé par les goblins[33].
[Footnote 33: Espèce de lutins.]
--L'histoire de qui? demanda M. Pickwick avec curiosité.
--Oh! rien, répliqua M. Wardle. L'histoire d'un vieux sacristain, que
les bonnes gens d'ici supposent avoir été emporté par les goblins.
--Supposent! s'écria la vieille lady. Y a-t-il quelqu'un d'assez
téméraire pour en douter? Supposent! N'avez-vous pas toujours entendu
dire, depuis votre enfance, qu'il a été emporté par les goblins, et ne
savez-vous pas que c'est la vérité?
--Très-bien, maman, répliqua M. Wardle, en riant, il fut emporté si vous
voulez.--Il fut emporté par les goblins, Pickwick, et voilà toute
l'histoire.
--Non pas, non pas, je vous assure, reprit M. Pickwick. Ce n'est pas
toute l'histoire, car il faut que j'apprenne comment il fut enlevé, et
pourquoi, et les tenants et les aboutissants.»
M. Wardle sourit, en voyant toutes les têtes se pencher pour l'écouter.
Ayant donc rempli son verre d'une main libérale, il porta une santé à M.
Pickwick, par un geste familier, et commença ainsi qu'il suit....
Mais que Dieu bénisse notre cerveau d'éditeur. A quel long chapitre nous
sommes-nous laissé entraîner! Nous le déclarons solennellement, nous
avions complétement oublié toutes ces petites entraves qu'on appelle
_chapitres_. C'est égal: nous allons donner le champ libre aux revenants
en leur ouvrant un nouveau chapitre. Point de passe-droits à leur
préjudice, s'il vous plaît, messieurs et mesdames.