Montrant qu'une attaque de rhumatisme peut quelquefois servir de
stimulant à un génie inventif.
Quoique la constitution de M. Pickwick fût capable de soutenir une somme
très-considérable de travaux et de fatigues, elle n'était cependant
point à l'épreuve d'une combinaison de semblables assauts. Il est aussi
dangereux que peu ordinaire d'être lavé à l'air de la nuit, et d'être
séché ensuite dans un cabinet fermé: M. Pickwick apprit cet aphorisme à
ses dépens, et fut confiné dans son lit par une attaque de rhumatisme.
Mais si les forces corporelles de ce grand homme étaient anéanties, il
n'en conservait pas moins toute la vigueur, toute l'élasticité de son
esprit, toutes les grâces de sa bonne humeur. La vexation même, causée
par sa dernière aventure, s'était entièrement évanouie, et il se
joignait sans colère et sans embarras au rire joyeux de M. Wardle,
chaque fois qu'on faisait une allusion à ce sujet. Pendant deux jours
notre philosophe fut retenu dans son lit et reçut de son domestique les
soins les plus empressés. Le premier jour, Sam s'efforça de l'amuser en
lui racontant une foule d'anecdotes; le second jour, M. Pickwick demanda
son écritoire et fut profondément occupé jusqu'à la nuit. Le troisième
jour, se trouvant assez bien pour rester assis dans sa chambre, il
dépêcha son valet à M. Wardle et à M. Trundle, pour les engager à venir
le soir prendre un verre de vin chez lui. L'invitation fut avidement
acceptée, et lorsque la société se trouva réunie, en conséquence, autour
d'une table chargée de verres, M. Pickwick, avec une modeste rougeur,
produisit la petite nouvelle suivante, comme ayant été _éditée_ par
lui-même, durant sa récente indisposition, d'après le récit non
sophistiqué de Sam Weller.