SACRIFICES HUMAINS.

Nous ne nous étonnons pas de ce que le roi de Dahomey juge les

sacrifices, et même les sacrifices humains, nécessaires à la

conservation et à la prospérité de l’État. Ce n’est point par pure

superstition ou par simple préjugé qu’il croit à l’efficacité du

sacrifice. Tous les peuples y ont cru comme lui, et avec raison; car

l’homme, condamné à mourir à cause de son péché, doit racheter sa vie en

livrant volontairement la vie d’une victime. A Rome, chez les

Phéniciens, à Carthage, en Égypte, dans l’Inde..., nous trouvons des

sacrifices partout, et presque partout des sacrifices humains.

Jusque-là, le Dahomey ne fait pas exception.

Ce qu’il y a de particulier dans ce royaume, c’est la multitude des

victimes; c’est la barbarie que l’on étale dans ces sacrifices; c’est

que les sacrifices humains y sont _une coutume et une fête_. Tous les

ans, vers les mois d’août et d’octobre, ont lieu des massacres en masse,

massacres dont on se fait un jeu et dont on se glorifie.

Je ne puis me rappeler sans frémir d’indignation et d’horreur ce que

j’ai entendu raconter par des témoins oculaires, de ces orgies de

cannibales, où le rire et le ricanement répondent au râle de l’agonie.

Il me semble voir encore la terreur peinte sur le visage d’un muet qui,

à Wydah, me représentait par une pantomime animée ce qu’il avait eu sous

les yeux à Abomey, durant les coutumes. J’ai vu, à Porto-Novo, des

crânes incrustés dans les murs du temple de la mort, des têtes exposées

sur des pieux, au milieu d’une place publique; des cadavres pendus aux

branches d’arbres; des cadavres mutilés, abandonnés dans les champs,

dévorés à demi par les bêtes; des ossements épars çà et là... Je

frissonnais... Et dire que tout cela n’a rien d’horrible, en comparaison

des _fêtes des coutumes!_... DES FÊTES!

Laissons parler ceux qui y assistèrent. Habituellement le roi invite les

blancs de Wydah à ces fêtes. Son invitation n’est rien moins que

désintéressée, car il a surtout en vue de solliciter des cadeaux;

peut-être aussi son orgueil serait-il flatté de la présence des blancs.

Du reste, présent ou absent, le blanc ne saurait éviter de donner à

manger au roi en cette circonstance solennelle.

En 1860, M. Lartigue, agent de la maison V. Régis, se rendit à Abomé, et

publia sur ce qu’il avait vu des détails que nous trouvons résumés dans

les _Annales de la propagation de la foi_.

«Le 13 juillet, y dit M. Lartigue, arrivé à Toffo, j’ai reçu la visite

d’une escouade du roi, accompagnant à Wydah un cabécère nouvellement

nommé, orné de tous ses attributs et destiné à être noyé à l’embouchure

de la rivière, afin que le fétiche continue d’attirer les navires de

commerce, et aussi pour porter au roi défunt des nouvelles de ce qui se

passe au Dahomey. En expédiant ces sortes de messages dans l’autre

monde, on leur donne une bouteille de tafia et quelques piastres pour

les frais de la route.

«Le 15, on est venu me prévenir qu’il fallait aller me poster sur la

route d’Agbomé, afin d’y attendre le passage du roi. Celui-ci, après

avoir sacrifié une cinquantaine de prisonniers, est sorti de son palais

au bruit de la mousqueterie. Immédiatement a commencé le défilé de tous

les cabécères, chacun selon son grade, les moins élevés en tête. Le

milieu de la cour était tendu de nattes et de tissus divers; le roi seul

et ses femmes pouvaient marcher dessus. Sur un des côtés cheminaient les

troupes, au son de toutes les musiques, au bruit étourdissant de quatre

à cinq cents tam-tams, et en tirant des coups de fusil.

«Quand le méhou parut, on me fit signe de monter en hamac et de suivre

l’allure de son cheval, qui allait constamment au petit trot. Alors eut

lieu la scène la plus fantastique qu’il soit possible d’imaginer: vingt

mille nègres à pied, une trentaine de hamacs, tous lancés au pas

gymnastique sur un chemin rendu étroit par celui qui servait de voie

royale, et qu’il fallait bien se garder de fouler; ce peuple, ruisselant

de sueur, luttant de vitesse pour ne pas se laisser atteindre par les

gens du roi, qui arrivaient par derrière avec la même célérité: tout

cela formait un tableau infernal.

«Le 16, la même course a recommencé; puis un captif, fortement

bâillonné, a été présenté au roi, par le ministre de la justice, qui a

demandé au prince s’il avait à charger le prisonnier de quelque

commission pour son père. En effet, il en avait; et plusieurs grands du

royaume sont venus prendre ses ordres, et sont allés les transmettre à

la victime, qui répondait affirmativement par des signes de tête.

C’était chose curieuse à voir que la foi de cet homme qu’on allait

décapiter, à remplir la mission dont on allait le charger. Après lui

avoir remis, pour ses frais de route, une piastre et une bouteille de

tafia, on l’a expédié. Deux heures après, quatre nouveaux messagers

partaient dans les mêmes conditions; mais ceux-ci étaient accompagnés

d’un vautour, d’une biche et d’un singe, bâillonnés comme eux.

«Une fois ces courriers partis, avec leurs dépêches d’outre-tombe, le

roi est monté sur son tabouret, a revêtu ses armes de bataille, a fait à

son peuple un long et belliqueux discours, qu’il a terminé en

interpellant ses braves, leur demandant s’ils étaient prêts à le suivre

partout où il aurait décidé de porter la guerre. Il est impossible de

rendre la scène d’enthousiasme qui répondit à cet appel.

«Le 18, largesses du roi à ses troupes. Tout chef est porté sur les

épaules d’un soldat. Chaque bataillon a pour marque distinctive une

bande d’étoffe de différentes couleurs, attachée aux cheveux, afin que

les soldats du même corps puissent se reconnaître dans la lutte acharnée

qui se prépare. De plus, chaque militaire a un sac attaché sur le

ventre, pour y renfermer promptement l’objet que le roi va lancer de sa

propre main, sinon le voisin a le droit de s’en emparer. Une fois dans

le sac, il est sacré. Les distributions se composaient de cauris et de

tissus. Dès qu’un prix était jeté à la foule, on se ruait en masse pour

le saisir; les rangs étaient si compactes que la majeure partie de ceux

qui ne pouvaient pénétrer à l’endroit où l’on s’en disputait,

escaladaient ce pêle-mêle de lutteurs, et cheminaient sur leurs têtes et

leurs épaules, comme sur un plancher. D’autres à leur tour, montant sur

cette seconde couche, formaient un nouvel étage et ressemblaient à une

pyramide humaine qui, dans une oscillation plus forte, s’effondrait tout

à coup, pour aller recommencer ailleurs.

«Le 23, j’assiste à la nomination de vingt-trois cabécères et musiciens

qui vont être sacrifiés, pour entrer au service du roi défunt.

«Le 28, immolation de quatorze captifs, dont on porte les têtes sur

différents points de la ville, au son d’une grosse clochette.

«Le 29, on se prépare à offrir, à la mémoire du roi Ghézo, les victimes

d’usage. Les captifs ont un bâillon en forme de croix, qui doit les

faire énormément souffrir. On leur passe le bout pointu dans la bouche;

il s’applique sur la langue, ce qui les empêche de la doubler et par

conséquent de crier. Ces malheureux ont presque tous les yeux hors de la

tête. Dans la nuit prochaine, il y aura grand massacre.

«Les chants ne discontinuent pas, ainsi que les tueries. La place du

palais exhale une odeur infecte; quarante mille nègres y stationnent

jour et nuit, au milieu des ordures. En y joignant la vapeur du sang et

les émanations des cadavres en putréfaction, dont le dépôt est peu

éloigné, on croira sans peine que l’air qu’on respire ici est mortel.

Les 30 et 31, les principaux mulâtres de Wydah offrent leurs victimes

qu’on promène trois fois autour de la place, au son d’une musique

infernale. La troisième ronde achevée, le roi s’avance vers la

députation, et, tandis qu’il félicite chaque donateur, l’égorgement

s’accomplit.

«Pendant ces deux dernières nuits il est tombé plus de cinq cents têtes.

On les sortait du palais à pleins paniers, accompagnés de grandes

calebasses dans lesquelles on avait recueilli le sang, pour en arroser

la tombe du roi défunt. Les corps étaient traînés par les pieds et jetés

dans les fossés de la ville, où les vautours, les corbeaux et les loups

s’en disputent les lambeaux qu’ils dispersent un peu partout. Plusieurs

de ces fossés sont comblés d’ossements humains.

«Les jours suivants, continuation des mêmes sacrifices.

«La tombe du dernier roi est un grand caveau, creusé dans la terre.

Ghézo est au milieu de toutes ses femmes qui, avant de s’empoisonner, se

sont placées autour de lui, suivant le rang qu’elles occupaient à sa

cour. Ces morts volontaires peuvent s’élever au chiffre de six cents.

«Le 4 août, exhibition de quinze femmes prisonnières, destinées à

prendre soin du roi Ghézo dans l’autre monde. Elles paraissent deviner

le sort qui les attend, car elles sont tristes et regardent souvent

derrière elles. On les tuera cette nuit d’un coup de poignard dans la

poitrine.

«Le 5, jour réservé aux offrandes du roi. Elles forment une collection

de tout ce qui est à l’usage d’un monarque africain: quinze femmes et

trente-cinq hommes bâillonnés et ficelés, les genoux repliés jusqu’au

menton, les bras attachés au bas des jambes, et maintenus chacun dans un

panier qu’on porte sur la tête. Le défilé a duré plus d’une heure et

demie. C’était un spectacle diabolique, que de voir l’animation, les

gestes, les contorsions de toute cette négraille.

«Derrière moi étaient quatre magnifiques noirs, faisant fonction de

cochers autour d’un petit carrosse destiné à être envoyé au défunt, en

compagnie de ces malheureux. Ils ignoraient leur sort. Quand on les a

appelés, ils se sont avancés tristement, sans proférer une parole; un

d’eux avait deux grosses larmes qui perlaient sur ses joues. Ils ont été

tués tous les quatre comme des poulets, par le roi en personne.

«Les sacrifices devaient se faire sur une estrade construite au milieu

de la place. Sa Majesté est venue s’y asseoir, accompagnée du ministre

de la justice, du gouverneur de Wydah et de tous les hauts personnages

du royaume, qui allaient servir de bourreaux. Après quelques paroles

échangées, le roi a allumé sa pipe, a donné le signal, et aussitôt tous

les coutelas se sont tirés et les têtes sont tombées. Le sang coulait de

toutes parts; les sacrificateurs en étaient couverts, et les malheureux

prisonniers, qui attendaient leur tour au pied de l’estrade, étaient

teints en rouge...

«Ces cérémonies vont encore durer un mois et demi, après quoi le roi se

mettra en campagne pour faire de nouveaux prisonniers et recommencer sa

fête des Coutumes vers la fin d’octobre. Il y aura encore sept ou huit

cents têtes abattues.»

Quelle horreur! que de sang! quelle barbare cruauté! On porta le nombre

des victimes immolées dans les circonstances dont parle M. Lartigue, à

plus de deux ou trois mille.

M. Borghéro, parlant, lui aussi, de ce qu’il a vu, ne peut contenir

l’indignation qui envahit son âme. «Quand nous débouchâmes sur la place

d’armes, dit-il en racontant une excursion qu’il fit dans les rues de la

capitale, j’aperçus de loin comme une rangée de fourches d’où pendaient

des corps qu’à cette distance je pris pour des animaux, ne pensant pas

que ce pût être des hommes. Quand je vis que la longueur des jambes

égalait celle du corps, je compris que c’étaient des gens sacrifiés.

Vous dire ce que je ressentis dans tout mon être à une telle vue m’est

impossible. Mon premier mouvement fut de serrer fortement mes mains

crispées, en m’écriant: «Ah! vengeance de Dieu, où te caches-tu?» Me

tournant ensuite vers mon guide avec une expression de colère, je lui

dis: «Pourquoi m’avez-vous fait passer par ici? Jamais je n’aurais cru

trouver de pareilles horreurs.--Ni moi non plus, me répondit-il, car je

n’en savais rien, et nous n’avons que cette voie.» Nous continuâmes donc

notre route, en nous éloignant au plus vite; mais le hideux spectacle se

représentait à chaque instant. Arrivés près d’une enceinte, nous fûmes

presque asphyxiés par la puanteur des cadavres qu’on y avait accumulés,

car on ne se donne pas la peine de les ensevelir. Des milliers de

vautours, des chiens, des porcs, des loups rôdent alentour, en

convoitant une si abondante pâture. Les toits des maisons sont couverts

des débris qu’y ont portés les oiseaux de proie. Ce qui est bien

significatif, c’est que mon guide, qui connaît parfaitement les usages

du Dahomey et qui était toute la journée à flâner dans les rues,

ignorait que ces corps, tués depuis deux jours, fussent encore là, et il

l’ignorait, pour sûr, car il avait l’ordre de ne pas me laisser

approcher d’un endroit où il y avait des morts exposés. Ainsi, depuis

une semaine, je ne passais plus devant le palais royal, parce qu’il y

avait constamment des têtes coupées chaque nuit.

«Vous trouvez sans doute que je vous retiens trop longtemps au milieu de

cet épouvantable charnier; mais la vérité doit l’emporter sur vos

délicatesses, et il vous faut entendre un dernier mot sur l’appareil des

sacrifices humains. La nuit de ces boucheries, personne ne peut circuler

dans la ville, depuis le soir jusqu’au matin; si quelqu’un est rencontré

par les rues, on l’assomme à coups de massue. Seulement, des compagnies

de musiciens se promènent dans l’ombre en chantant d’un ton lugubre.

Vers minuit, une décharge de mousqueterie annonce le commencement des

exécutions. Les victimes sont amenées sur la place par séries de

vingt-quatre ou de trente; on leur bouche toutes les voies de la

respiration, et on les fait mourir en leur pressant la poitrine. Le

canon indique la fin de la tuerie. Ensuite une partie des suppliciés est

pendue par les pieds aux fourches dont j’ai parlé plus haut, entre deux

sacs remplis, dit-on, de membres humains découpés; une autre partie est

revêtue de costumes symboliques par des gens qui font profession de

cette industrie, et placée sur plusieurs arcs de triomphe, debout ou

assis, dans l’attitude de leur rôle. Il y en a qui ont l’air de jouer de

la musique; d’autres ont des poses militaires; d’autres ont une position

théâtrale, mais toujours avec une telle justesse de représentation, qu’à

petite distance on les prendrait pour vivants, si les vautours qui

rôdent autour d’eux n’indiquaient bien clairement que ce sont des

cadavres. En même temps, devant le palais royal, sont exposées des

centaines de têtes, et le peuple passe indifférent à côté de ces scènes,

auxquelles il est du reste tellement habitué qu’il ne s’en émeut plus.

Les enfants s’amusent près des victimes, et jouent pour ainsi dire avec

les morts; pour les hommes, une hécatombe de victimes humaines est chose

si commune, surtout depuis l’avénement du nouveau roi, qu’elle n’éveille

pas même leur attention.

«Les diverses façons d’immoler varient, au Dahomey, selon le caprice et

l’ingénieuse méchanceté des bourreaux. L’une des plus horribles, sans

doute, est de clouer, sur une grosse poutre fixée au sol, un ou

plusieurs hommes par les pieds, avec défense de leur donner aucun

aliment. Exposés au soleil du jour et à la rosée de la nuit, ils meurent

ordinairement au troisième jour, tandis que les curieux s’amusent à

contempler les convulsions de ces infortunés.»

Ajouterons-nous qu’au milieu de ces scènes dégoûtantes, on voit des gens

qui arrachent les yeux des victimes et qui les mangent? Dirons-nous que

d’autres prennent le cœur, encore palpitant, et qu’ils le déchirent de

leurs dents? Chose révoltante à penser! les enfants s’y exercent à des

jeux de sauvage cruauté: ils plantent des épines dans le corps des

victimes encore vivantes et enchaînées, et ils se rient de la souffrance

et des convulsions des patients.

Les deux voyageurs dont nous venons d’invoquer le témoignage parlent des

cadavres exposés sans sépulture et pourrissant en plein air. Il ne faut

pas croire que ce fait soit le résultat de l’incurie et de

l’imprévoyance: on agit ainsi _de propos délibéré et par principe_: les

victimes sont privées de sépulture, parce que ce sont des victimes,

objet de rebut voué au mépris public. Malheur à quiconque pousserait

l’audace jusqu’à critiquer ce qui se fait!

Lorsqu’un nouveau roi procède aux funérailles de son prédécesseur, il

lui érige, à l’occasion des Coutumes, un mausolée digne de lui, digne du

Dahomey. Le mortier qui sert à bâtir cette case funéraire est pétri avec

du sang humain et du tafia. On mêle à la boue des verroteries et du

corail. Cette case s’appelle _missanga_.

Un fils du Yévogan de Wydah, jeune homme intelligent et habile comme son

père, s’amusa à faire des croquis de certains supplices auxquels il

avait assisté _au Dahomey_. Ces croquis, reproduits par la _Revue des

Missions catholiques_, représentent des tortures dont nous n’avons pas

parlé encore. Sans avoir la prétention de tout dire, nous ne pouvons

garder le silence sur ce point. On y voit de pauvres malheureux: l’un

pendu par les pieds et emmaillotté dans une natte ne laissant paraître

que la tête dans le bas; l’autre pendu par la tête, qui se perd dans une

espèce de sac; un troisième, pris par le milieu du corps dans une

trappe: tous les trois destinés à mourir de faim dans cet état et à

être, vivants, la proie des vautours. Dans d’autres croquis, la même

revue nous fait assister au hideux spectacle d’un homme brûlé vif, d’un

second, attaché sous les aisselles, pendu à une branche d’arbre et privé

de ses quatre membres, que l’on a tranchés; d’autres victimes tuées à

coups de lance ou assommées dans les forêts par les féticheurs.

Disons, à l’honneur de la nature humaine, que l’habitude de tant

d’atrocités n’a pu étouffer tout sentiment dans le cœur du roi. Un

Français, M. Colonna de Lecca, dans un voyage qu’il fit à Abomé, fut

invité à une cérémonie publique. Il ne put voir sans frémir l’exécution

d’une victime, et il donna des signes d’une vive indignation. Le roi

sourit: «Je sais, lui dit-il, que tu es l’ami des Pères[116] et que tu

penses comme eux. Que veux-tu? _il le faut!!!_ Par goût, j’y aurais déjà

renoncé. Et puis, _il y a des blancs qui m’envoient des victimes_.»

[116] Les missionnaires.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 93 / 101 题