SACRIFICES HUMAINS ET TRAITE DES NÈGRES.

Depuis Adahounzou, qui régnait au milieu du dix-septième siècle, le

trafic infâme des esclaves et les non moins infâmes sacrifices humains

ont toujours été la grande, la principale préoccupation du Dahomey. Ces

deux institutions, car ce sont _de véritables institutions_, ont absorbé

toute l’activité de la nation et entraîné, comme conséquence nécessaire,

la _chasse à l’homme_ dont nous avons étudié l’organisation dans le

chapitre précédent.

Je dis que les _sacrifices humains_ sont une véritable institution.

C’est la coutume qui les réclame: les fêtes où on les fait sont les

_fêtes des coutumes_. La coutume est tellement impérieuse en cette

matière, que Ghézo fut empoisonné, ainsi que nous l’avons vu, pour avoir

montré quelque répugnance à s’y soumettre, et pour avoir essayé de

diminuer le nombre des victimes. Gréré ne fut choisi pour lui succéder

qu’après avoir promis aux féticheurs de donner un nouvel essor à ces

sacrifices abominables.

Le trafic des esclaves aussi est une institution sociale: il donna

longtemps les principaux revenus au roi; et si les revenus ont bien

diminué de ce côté, ils ne sont pas taris encore.

A plusieurs reprises, des Européens ont essayé de faire comprendre au

roi qu’il ferait bien de renoncer à ces coutumes, aussi bien qu’à la

chasse à l’homme. On s’est efforcé de lui insinuer que l’agriculture et

le commerce légal amèneraient dans le royaume la prospérité et la

richesse. Tous les efforts ont échoué jusqu’à présent; et M. Borghéro

raconte, dans les _Annales de la propagation de la foi_, qu’il ne put

obtenir de converser directement avec le roi sur ce sujet. Toutefois, il

parvint à traiter indirectement la question. La réponse qu’il obtint

confirme ce que j’avance.

«Gréré me faisait dire: qu’on ne pouvait débattre ces questions en sa

présence; que si tout autre blanc l’eût osé, aucune considération

n’aurait empêché Sa Majesté d’en faire un châtiment exemplaire; _que les

sacrifices humains étaient nécessaires à la conservation de la

monarchie_; qu’en les jugeant avec mes idées d’Europe, je tenais un

langage qui, dans la bouche d’un autre, serait taxé de _bêtise_...

«... Quant à la vente des esclaves, il me fut dit: que le roi était

étranger à ce commerce[115]; que les gouvernements d’Europe l’avaient

toujours favorisé; que les Anglais avaient fait longtemps la traite des

nègres, et que s’ils s’opposaient maintenant à ce trafic, ils étaient

seuls à en poursuivre l’abolition.» (BORGHÉRO.)

[115] C’est pourtant lui qui l’alimente.

Sept ans en Afrique Occidentale · 第 92 / 101 题