«Si loin qu’on aille, on conserve son naturel.--Même quand la rivière
tarit, elle conserve son nom.--Le nom donné à l’enfant ne le quittera
plus.»
Au naturel s’ajoutent les habitudes. Elles sont, on le sait, une seconde
nature. «Le mensonge ne coûte rien au menteur: _on fait sans peine ce
qu’on a accoutumé de faire_.»
La nature et les habitudes ne font pas que la force de chacun n’ait ses
bornes: «Serait-on fort comme le buffle, on n’a pas de cornes.--On
rencontre toujours un point que l’on ne peut franchir.--Si bien que l’on
conduise son cheval, le cheval peut se couronner.»
Les proverbes qui recommandent l’action sont nombreux:
«L’étoffe longtemps renfermée se pourrit.--On ne tue pas le gibier en le
regardant.--Voir le mal et ne pas le corriger, c’est détruire sa
force.--La force qui ne s’exerce pas s’énerve.--Jour et nuit, sans
cesse, les narines fonctionnent; si elles s’arrêtent, c’est la fin!--Le
tamis ne se met pas de lui-même à bluter la farine.--Le travail entasse
les richesses.--L’aurore ne vous réveillera pas deux fois: travaillez
durant le jour; la nuit, il ne sera plus temps.»
Le nègre a de la bravoure une idée exacte. «Se vanter loin du danger,
n’est pas preuve de courage: c’est dans l’action que le guerrier se
couvre de gloire.--La bravacherie n’est pas une preuve de vaillance.--Le
poltron trouve sa fin dans une querelle, l’homme vaillant meurt dans un
combat.»
Le noir ne se fait pas illusion sur les obstacles à surmonter. «Les
marécages gênent les gens de Gbésé.--L’araignée enlace dans ses toiles
celui qu’elle attaque.--Les petits du léopard, quand ils ont grandi, ne
respirent que carnage.--Les pousses de l’_iroko_ (espèce d’arbre) ne se
peuvent arracher que lorsqu’elles sont petites.»
Que faire en face des obstacles, sinon se prémunir contre eux? «Les
souliers nous prémunissent contre les épines.--Quand la mort se
présente, le bouclier lui tourne le dos: c’est lui qui protége le
combattant.--On prend les oiseaux à la glu.--Pour tuer le sanglier, il
faut une flèche spéciale; les flèches ordinaires ne suffisent pas.--Si
l’arbre ne tombe, la main ne peut atteindre les branches.--L’_egguè_ ne
trouve personne invulnérable: celui qui en est frappé est frappé à
mort.»
Contre la force pas de résistance, disons-nous; les nègres disent avec
plus d’esprit: «Si fort qu’il soit, celui qui secoue un arbre se secoue
lui-même.--Le lion est sans sollicitude: que les autres fassent des
réserves, lui n’en a cure: il ne mange pas de la viande passée.
Entendez-le rugir: «Excepté l’éléphant et l’homme, excepté
l’orang-outang, je ne crains rien.» Grâce à sa force, il trouve à
souhait de quoi manger.»
_L’inertie est une force._
«Le cœur de l’_achacpa_ (arbre dont le bois est très-dur) ne s’émeut pas
de coups de hache.--Si quelqu’un plus fort que vous vous tourmente,
contentez-vous d’en rire.--Le repos calme la fatigue: l’inertie triomphe
des épreuves de chaque jour.--La cuiller (se plongeant dans l’eau
bouillante) voit la mort sans sourciller.--Le tesson endure le feu.»
_La force du nombre_ est connue. On compare celui qui est seul de son
avis au «chanteur qui n’a personne pour reprendre le chœur.--Si l’on
s’unit pour cerner le bois, la chasse sera facile.--Un d’ici, un de là,
la multitude devient considérable.--Un d’ici, un de là, et le marché se
tient.--On s’empresse à travailler, quand on n’est pas seul.»
_Les richesses sont aussi un élément de force._ «La colombe à la
poitrine proéminente (les cauris) se rencontre sur tous les
marchés.--Les approvisionnements sont le nerf de la guerre; quand la
guerre est déclarée, chacun s’approvisionne.--L’abondance de la source
entretient le cours de la rivière.--On marche fièrement devant son
calomniateur et l’on affronte ses insultes sans crainte, quand il n’a
que vingt cauris chez lui.»
La force de la prière persévérante est relatée dans les adages: «Celui
qui prie avec persévérance finit par obtenir ce qu’il a demandé au
maître.»
Les Nagos développent la doctrine de cette sentence dans un alo charmant
de naïveté (Ondéré). Nous l’avons cité au chapitre _État domestique_.