_Histoire ancienne, livre XXVII, chap. 1, §. 3._
C. Silius Italicus s’est rendu célèbre par son poëme de la Guerre
punique.
Il n’était pas né poëte, et l’étude ne suppléa pas entièrement à ce qui
lui manquait du côté de la nature. D’ailleurs il ne s’appliqua à faire
des vers qu’après avoir long-temps exercé dans le barreau la fonction
d’avocat, et avoir été consul, c’est-à-dire dans un âge déja fort avancé
et languissant.
Quelque éloge que lui donne Martial, il n’est pas fort estimé en qualité
de poëte; mais on trouve qu’il surpasse tous ceux de son temps pour la
pureté de la langue. Il suit avec assez d’exactitude la vérité de
l’histoire, et l’on peut tirer de son poëme des lumières pour les temps
mêmes qui ne sont pas de son principal dessein, y ayant des faits qui ne
se trouvent point ailleurs.
Ce qu’il y dit de Domitien fait assez voir qu’il le composait sous ce
prince, après la guerre des Sarmates, sous laquelle il peut comprendre
celle des Daces.
On croit que sa mort arriva sous Trajan, l’an 100. Il se laissa mourir,
ne pouvant plus souffrir la douleur d’un clou que les médecins ne
pouvaient guérir. Pline remarque que Silius, s’étant retiré dans la
Campanie à cause de sa vieillesse, ne quitta point sa retraite pour
venir à Rome feliciter Trajan sur son avènement à l’empire. On estima
Trajan de n’avoir point été offensé de cette liberté, et lui d’avoir osé
la prendre.
Si notre poëte n’a pu arriver à une parfaite imitation de Virgile, du
moins son respect pour lui ne pouvait pas aller plus loin. Il était
devenu maître du lieu où était le tombeau de Virgile. C’était pour lui
un lieu sacré, et qu’il respectait comme un temple. Il célébrait tous
les ans le jour natal de Virgile avec plus de joie et de solennité que
le sien propre. Il ne put souffrir qu’un monument si respectable
demeurât négligé entre les mains d’un pauvre paysan, et il en fit
l’acquisition. Martial, liv. XI, épigr. 49:
_Jam prope desertos cineres, et sancta Maronis
Nomina qui coleret, pauper et unus erat.
Silius optatæ succurrere censuit umbræ:
Silius et vatem, non minor ipse, colit_[6].
L’ouvrage de Silius était demeuré enseveli depuis plusieurs siècles dans
la poussière de la bibliothèque de Saint-Gall. Pogge l’y trouva pendant
le concile de Constance, avec plusieurs autres manuscrits.