Guillot marque expressément qu'il a exclu de son ouvrage le nom des

_rues sans chief_, c'est-à-dire qu'il ne fait aucune mention des

_culs-de-sac_, de manière que si les noms de quelques-uns de ceux qui

existent aujourd'hui se trouvent dans cette nomenclature, c'est qu'ils

auront été formés depuis par la construction de quelque édifice, ce

qui est arrivé quelquefois, et même dans le siècle dernier.

Il résulte de son calcul qu'il n'y avoit alors que trois cent dix rues

à Paris. L'abbé Lebeuf observe que, dans le quartier d'au-delà du

Grand pont[616], ce poète compte cent quatre-vingt-quatorze rues, et

n'en nomme que cent quatre-vingt-quatre dans ses vers. Ce savant

présume que cette différence vient de quelque erreur de copiste, et

l'on voit en effet, dans Sauval, qu'en 1300 il existoit plusieurs rues

de ce quartier-là qui ne sont point spécifiées dans ce poëme. Il y

avoit, par exemple, sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois, la

rue _gui d'Aucerre_, la rue _gui le Braolier_, la rue _Gilbert

l'Anglois_; sur celle de Saint-Eustache, la rue _de Verneuil_, la rue

_Alain de Dampierre_; sur celle de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, la

rue _Jean Bonne Fille_; sur celle de Saint-Jean, _la cour Harchier_;

sur celle de Saint-Méri, la rue _Guillaume Espaulart_.

[Note 616: Paris, jusque vers le milieu du quatorzième siècle, étoit

divisé en trois parties: le quartier d'_Outre-Petit pont_, la Cité; le

quartier d'_Outre-Grand pont_. Le premier de ces quartiers a depuis

été désigné sous le nom de _ville_, en raison sans doute de ce que

l'Hôtel-de-Ville y étoit situé. Le dernier fut nommé quartier de

l'_Université_, parce que toutes les écoles de cette institution

célèbre y étoient renfermées.]

Gilles Corrozet, qui vivoit vers le milieu du seizième siècle, ne

compte encore dans cette ville que _quatre cents_ rues ou ruelles.

Aujourd'hui il y en a plus de mille.

RUES DE L'ÎLE DE LA CITÉ.

_Rue de l'Abreuvoir._ Elle alloit du cloître Notre-Dame à la Seine.

Lorsque l'endroit vulgairement appelé _le Terrain_ eut été environné

de murs, on y laissa un côté ouvert pour conduire les chevaux à la

rivière, et c'est de là que cette rue a pris son nom[617].

[Note 617: L'espace qu'occupoit cette rue a été renfermé dans le

jardin de l'archevêché.]

_Rue Sainte-Anne._ Elle commence à la rue Saint-Louis, et aboutit à

l'une des portes du Palais. Cette rue fut ouverte en 1631, et nommée

ainsi en l'honneur de la reine Anne d'Autriche. C'étoit par cette rue

que le roi passoit chaque fois qu'il alloit au Palais.

_Rue de l'Arcade._ Elle donne d'un bout dans la rue de Nazareth, de

l'autre dans la cour du Palais, et doit son nom à la voûte qui sert de

communication aux bâtiments de la chambre des comptes. Elle se nommoit

autrefois _rue de Jérusalem_, et l'on présume que ce nom lui venoit de

l'hospice où saint Louis logeoit les pélerins qui alloient à Jérusalem

ou qui en revenoient[618].

[Note 618: Cette rue porte maintenant le nom de rue de _Nazareth_.]

_Rue de la Barillerie._ Elle commence à la descente du pont

Saint-Michel, et finit à la rue Saint-Barthélemi. En 1398, la partie

de cette rue qui commence à celle de la Calendre se nommoit _rue du

Pont-Saint-Michel_[619]. Dès l'an 1280 elle est appelée _Barilleria_.

Guillot la nomme la _grant Bariszerie_. Ce surnom de _grande_ a pu lui

être donné pour la distinguer d'une ruelle de la _Barillerie_ qui lui

étoit parallèle, et alloit de la rue de la Calendre à la rivière.

Celle-ci est maintenant coupée et couverte de maisons.

[Note 619: Cens. de S. Éloi.]

_Rue Saint-Barthélemi._ Elle continue la rue de la Barillerie, et

finit à la place du pont au Change. On ne la distinguoit point de

cette dernière au quatorzième siècle. Cependant dès 1220 on lui trouve

le nom qu'elle porte encore aujourd'hui[620].

[Note 620: Cart. Episc. Il y avoit autrefois derrière Saint-Barthélemi

un cul-de-sac nommé rue des _Cordouagners_. Cette rue avoit été

bouchée dès 1315. Le nom s'en perdit par la suite, et on l'indiquoit

simplement sous celui de ruelle du _Prieuré_, ruelle _par où l'on va à

Notre-Dame des Voûtes_. Notre-Dame des Voûtes étoit une chapelle

située au chevet de Saint-Barthélemi. Elle fut depuis réunie à

l'église.]

_Rue de Basville._ On a donné ce nom à une communication de la cour

Neuve à celle de Lamoignon, construite par les ordres de Guillaume de

Lamoignon, premier président et seigneur de Basville.

_Rue de la Calendre._ Elle donne d'un bout dans la rue de la

Barillerie, et de l'autre dans la rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle

de Saint-Christophe. Elle portoit ce nom dès 1280; mais on ignore s'il

lui venoit d'une enseigne ou si elle le devoit à quelque famille[621].

On trouve dans le censier de saint Éloi de 1343, une maison qui fut à

_Jean de la Kalendre_[622]; une autre indiquée sous le même nom en

1351; et dans celui de 1367, la maison à _Nicolas le Kalendreur, où

souloient être les lions du roi_. Cependant elle n'a pris ce nom que

vers le milieu du treizième siècle, et avant cette époque on la voit

désignée dans les titres sous la dénomination générale de _Via quâ

itur à Parvo ponte ad plateam Sancti-Michaelis_.

[Note 621: Ceux qui sont pour la première opinion ne s'accordent point

sur la représentation de cette enseigne. Les uns disent que c'étoit un

de ces insectes qui rongent le froment, et qu'on nomme aussi

_charançon_; d'autres, une espèce d'oiseau (grive ou alouette), que

les Parisiens appeloient _calandre_; le plus grand nombre, que c'est

une machine avec laquelle on tabise et polit les draps, étoffes de

soie, etc. Sauval dit que c'est là la véritable origine de ce nom.

Au-dessus de la boutique d'une lingère, qui faisoit le coin de cette

rue et de celle de la Cité, on lisoit autrefois une inscription, dont

la solution a été inutilement proposée aux antiquaires.

_Urbs me decolavit,_

_Rex me instituit,_

_Medicus amplificavit._]

[Note 622: Fol. 88, _verso_.]

_Rue des Trois-Canettes._ Elle donne d'un bout dans la rue de la

Licorne, et de l'autre dans celle de Saint-Christophe. Elle est

désignée sous les deux noms de la _Pomme Rouge_ et des _Canettes_,

dans un arrêt du 4 juillet 1480[623]. Sauval rapporte l'extrait d'un

compte de 1421[624], où est indiquée une rue de _l'Homme Sauvage_,

dont la situation annonce de l'identité avec celle-ci. Le peuple a

souvent substitué à l'ancien nom des rues celui d'une enseigne ou

d'une maison plus remarquable.

[Note 623: Regist. du Parl., et ord. roy. de la Ville, p. 259.]

[Note 624: T. III, p. 319.]

_Rue des Carcaisons._ Elle aboutit à la rue de la Calendre et au

Marché-Neuf. Ce nom, dont on ne peut découvrir l'origine, n'a jamais

varié que dans la manière de l'écrire, Sauval l'appelle

d'_Escarcuissons_, d'autres, _des Carquillons_, _des Carcuissons_ ou

_Carcaissons_. Il y a dans cette rue un cul-de-sac du même nom.

_Rues Chanoinesse, des Chantres et du Chapitre._ On a donné ces noms à

trois rues qui sont dans le cloître Notre-Dame. La rue du _Chapitre_ a

reçu depuis peu le nom de rue _Massillon_.

_Rue Saint-Christophe._ Elle commence au coin de la rue de la Juiverie

et du Marché-Palu, et aboutit au Parvis. Elle doit son nom à l'église

qui existoit en cet endroit. Dans les anciens titres elle est indiquée

sous celui de la _Regraterie_[625]. Guillot l'appelle _grant rue

Saint-Christophe_ pour la distinguer d'une ruelle qui portoit le même

nom et qui n'existe plus. Cette ruelle, désignée depuis sous le nom de

rue de la _Huchette_, fut comprise dans le Parvis Notre-Dame.

[Note 625: Cartul. de N. D. des Champs.--Cens. de Sainte-Genev.--Cart.

de Sorbonne.]

Dans la rue Saint-Christophe est un cul-de-sac qui porte le nom de

cul-de-sac de _Jérusalem_.

_Cloître Notre-Dame._ On entend sous ce nom tout l'espace compris

depuis le _Terrain_ jusqu'au pont Rouge; de là en suivant les rues

d'Enfer et de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des

Marmousets, puis en retour l'alignement qui alloit rejoindre la porte

placée, avant la révolution, auprès de l'église Notre-Dame. Dans cet

espace étoient situées la chapelle de Saint-Agnan, l'église de

Saint-Denis-du-Pas et celle de Saint-Jean-le-Rond[626].

[Note 626: La partie de cet espace qui longe le côté nord de la

cathédrale forme aujourd'hui une rue que l'on nomme _Rue du Cloître

Notre-Dame_; et de l'autre côté, le passage qui conduit au pont au

Double, s'appelle _rue de l'Évêché_.]

_Rue Cocatrix._ Elle aboutit à la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs et à

celle des Canettes. Le nom de _Cocatrix_ est celui d'une famille fort

connue au treizième siècle, et du fief qui lui appartenoit[627]. Il

étoit situé entre la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs et celle des

Deux-Ermites. Un acte de 1300 l'indique ainsi: _Domus Cocatricis quæ

contigit domui Marmosetorum._

[Note 627: Sauval, t. I, p. 126.]

_Rue de la Colombe._ Elle traverse de la rue des Marmousets dans la

rue d'Enfer. On voit dans un acte d'amortissement de deux maisons,

fait à l'Hôtel-Dieu[628], qu'elle portoit ce nom en 1223. Cependant

Sauval dit qu'elle se nommoit rue _de la Couronne_ en 1408. Jaillot

pense qu'il s'est trompé, et que ce nom n'a été donné qu'à la rue du

_Chevet Saint-Landri_.

[Note 628: Arch. de S. Germ., A. 3, 7, 8.]

_Rue Sainte-Croix._ Elle aboutit aux rues de la Vieille-Draperie et

Gervais-Laurent. Au douzième siècle on la nommoit _petite rue

Sainte-Croix_, et dans les siècles suivants, _ruelle Sainte-Croix_[629].

[Note 629: Past., A. fol. 804.]

_Rue de la Vieille-Draperie._ Elle va de la rue de la Barillerie à

celle de la Juiverie, vis-à-vis la rue des Marmousets. C'est une des

plus anciennes rues de la Cité: elle étoit en partie habitée par des

Juifs; et lorsqu'ils en furent chassés en 1183, Philippe-Auguste y

établit des drapiers, auxquels il donna vingt-quatre maisons,

moyennant cent livres de rente[630]: c'est ce qui lui fit donner le

nom de _Judæaria Pannificorum_[631]. En 1293 on l'appeloit _la

Draperie_, et en 1313 _la Viez-Draperie_[632]. Tous les titres du

quinzième siècle l'appellent rue de la _Vieille-Draperie_, et depuis,

ce nom n'a pas varié; elle fut élargie à ses deux extrémités dans le

dix-septième siècle[633].

[Note 630: Regist. de la Ville, f. 3.]

[Note 631: Cart. S. Magl., fol. 104 et 238.]

[Note 632: Hist. de Paris, t. V, p. 620.]

[Note 633: Sauval, t. I, p. 132.]

_Rue Saint-Éloi._ Elle traverse de la rue de la Calendre dans celle de

la Vieille-Draperie. En 1280 cette rue s'appeloit _Cavateria_; Guillot

la nomme _la Chavaterie_, et les censives de Saint-Éloi de 1343 et

1367, _la Cavaterie_ et _la Saveterie_. Enfin elle fut nommée _de

Saint-Éloi_, parce qu'elle fut ouverte sur la partie de l'église et du

choeur du monastère de ce saint.

Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de _Saint-Martial_, parce qu'il

conduisoit à l'église de ce nom. On disoit _ruelle Saint-Macial_ en

1398[634], _ruelle du Porche Saint-Martial_ en 1404, et _rue

Saint-Martial_ en 1459.

[Note 634: Cens. S. Élig.]

_Rue d'Enfer._ Elle commence à la rue Basse-des-Ursins, et aboutit à

la porte du cloître de Notre-Dame et au pont Rouge. On ne doit

chercher l'étymologie de ce nom que dans l'ancienne situation de cette

rue, qui n'étoit pas alors séparée de la rivière par un quai[635]. Les

registres capitulaires de Notre-Dame la nomment _via inferior, portus

Sancti-Landerici_. En 1300, 1313 et depuis, on la nommoit _le port

Saint-Landri_, _rue Saint-Landri_, _du port Saint-Landri_, et _grant

rue Saint Landri-sur-l'Yaue_. Vers le milieu du seizième siècle, elle

a pris le nom de rue _d'Enfer_[636]; et dernièrement le nom de cette

rue a été changé en celui de _rue Basse-des-Ursins_.

[Note 635: Quelques auteurs ont pensé qu'il venoit, par corruption, du

mot latin _inferior_ ou _infera_, inférieure, parce qu'elle étoit la

dernière rue vers le port Saint-Landri.]

[Note 636: Reg. capit. 1555.]

_Rue l'Évêque._ Elle commence à la première porte de l'Archevêché, et

aboutit à la rivière et au pont de l'Hôtel-Dieu. C'étoit en cet

endroit que commençoit le port l'Évêque, c'est-à-dire le rivage qui

règne le long du jardin de l'Archevêché, jusqu'au _Terrain_. On la

nommoit, en 1282, rue _du port l'Évêque_ et rue _des Bateaux, vicus ad

Batellos_[637]. La justice du chapitre s'étendoit jusque là, ainsi que

le prouvent une de ses ordonnances, et la transaction passée entre

Étienne Tempier, évêque de Paris, et le chapitre de Notre-Dame en

1272[638]. Plusieurs autres titres en font également foi.

[Note 637: Ord. du chap. de N. D.]

[Note 638: Gall. Christ., t. VII, col. 3.]

_Rue aux Fèves._ Elle va de la rue de la Vieille-Draperie à celle de

la Calendre. On n'a guère varié que sur l'orthographe de son nom, mais

les différentes façons de l'écrire ont donné lieu à différentes

étymologies. Elle est nommée rue _aux Fèves_ dans un titre de

1291[639], ainsi que dans Guillot; et dans les actes du chapitre du

quatorzième siècle, etc., _vicus Fabarum_. D'autres l'ont appelée rue

_au Feure_, mot qui signifie _de la paille_; ce qui paroîtroit assez

plausible, à cause du marché au blé qui en étoit voisin[640]. Enfin il

y en a qui ont écrit: rue _aux Febvres_, _aux Fevres_ (_via ad

Fabros_)[641]. Ce dernier nom paroît le véritable, parce qu'elle est

indiquée ainsi dans le plus ancien titre qui en fasse mention. Ce sont

des lettres de saint Louis de 1260, par lesquelles il cède trente sous

de cens sur une maison; _in vico Fabrorum, prope S. Martialem_[642].

[Note 639: Manusc. des Coutumes de la Marchand., fol. 39.]

[Note 640: Cens. S. Élig., 1495.]

[Note 641: En effet, ce quartier étant occupé par des drapiers et des

ouvriers qui donnoient le lustre aux étoffes, on peut croire qu'il

renfermoit aussi des _fabricants_, dont le nom aura été transporté à

la rue. Celui de _feure_ ne doit point embarrasser: personne n'ignore

que nos anciens écrivains employoient souvent l'_u_ consonne pour

l'_v_ voyelle.]

[Note 642: Cart. S. German. Autiss., fol. 10, _recto_.]

_Rue du Four-Basset._ C'étoit un passage qui communiquoit de la rue de

la Juiverie dans la rue aux Fèves, et qui est fermé depuis long-temps.

Guillot le nomme en 1300 la _petite Orberie_. Dans le rôle des taxes

de 1313 il est indiqué rue du _Four-Basset_, soit que ce nom lui vînt

d'un four bâti en cet endroit, soit qu'il le dût à une grande maison

nommée la _Cour-Basset_, dont il est fait mention dans un censier de

Saint-Éloi[643].

[Note 643: Cens. S. Élig., 1367.]

_Rue Gervais-Laurent._ Elle donne d'un bout dans la rue de la

Lanterne, et de l'autre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1248,

1250, etc., on la nommoit _vicus Gervasii Loorandi_, _vicus de

Loorens_, _Lohorens_[644]; en 1300 et 1313, rue _Gervese-Lorens_. On a

dit depuis _Gervais-Laurent_.

[Note 644: Cens. S. Genovefæ.]

_Rue de Glatigny._ Elle commence à la rue des Marmousets, et aboutit à

la rivière. On donnoit le nom de _Glateingni_ à cette rue et aux

environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu'à l'hôtel des Ursins. Des

titres disent qu'on y voyoit une maison de _Glategni_, qui, en 1241,

appartenoit à Robert et Guillaume de Glatigni[645]. En 1266 on trouve

des maisons indiquées _in Glatigniaco_[646]. Dès le quatorzième

siècle, cette rue étoit habitée par des femmes publiques, et on la

nommoit _le val d'Amour_. En 1380 elle avoit aussi le nom de rue _au

Chevet de Saint-Denis-de-la-Chartre_. Mais alors même on la nommoit,

comme avant et après, _rue de Glatigny_.

[Note 645: Cens. S. Genovef.--Arch. de S. Martin.]

[Note 646: Past., A., fol. 702 et 801.]

_Rue de Harlay._ Elle traverse du quai de l'Horloge à celui des

Orfèvres, et doit son nom, comme nous l'avons déjà dit, au premier

président de Harlay, à qui le roi avoit donnée, en 1607, les deux

petites îles qui étoient au bout du jardin du Palais. En 1672 on

abattit une maison, afin d'y pratiquer une porte et un passage qui

communiquât à la cour Neuve.

_Rue des Deux-Ermites._ Elle donne d'un bout dans la rue Cocatrix, et

de l'autre dans celle des Marmouzets. En 1220 on la nommoit _la cour

Ferri de Paris, proprisia Ferrici dicti Paris_. On la nomma ensuite

rue _de la Confrérie Notre-Dame_, parce que la maison de la

_Communalité des Chapelains_ y étoit située[647], et au seizième

siècle, rue _de l'Armite_, ensuite _des Ermites_, et _des

Deux-Ermites_, à cause d'une maison qui avoit cette enseigne. En 1640

elle est indiquée dans le rôle des commissaires de ce quartier, sous

le nom des _Deux Serviteurs_[648].

[Note 647: Cens. S. Élig., 1367 et 1398.]

[Note 648: Arch. de S. Germ. des Prés, nº 1575.]

_Rue de la Juiverie._ Elle continue la rue du Marché-Palu, et aboutit

à celle de la Lanterne. Les juifs qui y demeuroient lui ont fait

donner ce nom, qui n'a varié que dans l'orthographe. Guillot écrit _la

Juerie_; en 1313, _la Juyrie_; _la Juisvie en_ 1405, _Juiferie_ et

_Juifrie_ en 1450 et 1560. Il y avoit dans cette rue un marché au blé,

qu'on appeloit _la halle de Beauce_. Un titre nous apprend que

Philippe-Auguste la donna à son échanson[649].

[Note 649: Traité de la Police, t. II, p. 727. La portion de cette rue

qui s'étend vers le Marché-Neuf et en face de la rue Neuve-Notre-Dame,

s'appelle aujourd'hui _rue du Marché-Neuf_. En 1507 cette rue fut

élargie de vingt pieds entre les deux ponts.]

_Rue Saint-Landri._ Elle commence à la rue des Marmouzets, et finit à

la rivière. Elle étoit anciennement désignée sous le nom de _port

Notre-Dame_[650], et confondue avec la rue d'Enfer et celle des

Ursins. En 1267 on la nommoit _Terra ad Batellos_[651]. L'évêque, vers

ce même temps, y avoit une maison, nommée _de la Lavanderie_[652]. Le

bout de ce chemin, vers le pont Rouge, se nommoit _Fimus_ en 1213;

_Firmarium_ et _vicus Firmarii_ en 1219 et 1222; rue _du Fumer_ en

1248[653].

[Note 650: Past., A., fol. 725.]

[Note 651: Past., D., fol. 401; et I, fol. 147 et 152.]

[Note 652: Past., A., fol. 794.]

[Note 653: Past., D., fol. 300. _Ibid._, fol. 291; A., fol. 381 et

585; B., fol. 305. Le corps d'Isabeau de Bavière, femme de Charles VI,

morte le dernier jour de septembre 1435, fut porté à Saint-Denis d'une

façon singulière: on l'embarqua au port Saint-Landri, dans un petit

bateau, et l'on dit au batelier de le remettre au prieur de

l'abbaye.]

Au bout de cette rue étoit une petite ruelle qui aboutissoit à la

rivière et qui depuis a été fermée à ses deux extrémités. En 1265 on

la nommoit rue _Percée_[654].

[Note 654: Cens S. Élig.]

_Rue du Chevet-Saint-Landri._ Elle donne d'un bout dans la rue des

Marmouzets, et de l'autre dans la rue d'Enfer; dès le treizième siècle

on disoit _le Chevez-Saint-Landri_, parce que le fond de cette église,

qu'on nomme _le Chevet_, donnoit dans cette rue. Dans un bail fait en

1451 par l'abbé de Saint-Victor, elle est nommée _rue de la

Couronne_[655]. Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même

nom.

[Note 655: Arch. de S. Victor.]

_Rue de la Lanterne._ Elle continue la rue de la Juiverie, et aboutit au

pont Notre-Dame. Elle est appelée, dans les cartulaires de

Saint-Denis-de-la-Chartre, rue _de la place de Saint-Denis-de-la-Chartre_,

rue _devant la place et l'église Saint-Denis_, rue _devant la Croix

Saint-Denis_, rue _du Pont-Notre-Dame_[656]. Son dernier nom lui vient

d'une enseigne; et on le trouve dès 1326[657], puis dans la liste des rues

du quinzième siècle, dans Corrozet, et sur tous les plans.

[Note 656: Cart. S. Dionys. de Carc.]

[Note 657: Cens. S. Élig.]

_Rue de la Licorne._ Elle traverse de la rue Saint-Christophe à celle

des Marmouzets. En 1269 elle étoit appelée rue _près le Chevet de la

Madeleine_; mais elle étoit déjà connue sous le nom de _vicus

Nebulariorum_, rue _as Oubloyers_, _des Oublayers_, _Oblayers_, _aux

Obléeurs_ et _Oublieurs_[658]. Elle prit le nom qu'elle porte encore

aujourd'hui, d'une ruelle qui y aboutissoit, et dans laquelle pendoit

une enseigne de la Licorne.

[Note 658: Gens qui faisoient une espèce de pâtisserie.]

_Rue Saint-Louis._ Elle aboutissoit au pont Saint-Michel et au quai

des Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour

faciliter la communication avec le pont Neuf. On l'appela d'abord la

rue _Neuve_, et ensuite la rue _Neuve-Saint-Louis_[659].

[Note 659: La partie de cette rue qui bordoit la rivière, a été

abattue lorsque l'on a construit la suite des quais qui entourent

maintenant la Cité.]

_Rue du Marché-Neuf._ Elle commence au bout du pont Saint-Michel, et

aboutit à la rue du Marché-Palu, en face de la rue Neuve-Notre-Dame.

On comprend sous ce nom le marché et les deux petites rues qui y

conduisent. Guillot l'appelle _la grant Orberie_. Elle étoit autrefois

bouchée du côté du _Marché-Palu_, et ce ne fut qu'en 1557 qu'on

l'ouvrit pour en faire un marché[660]. En 1560 le quai Saint-Michel

fut construit[661], et l'on bâtit, quelques années après, dix-sept

boutiques, une halle au poisson et deux boucheries aux deux

extrémités, vers les deux ponts. Ces travaux ayant été terminés en

1568, les marchands de poissons et d'herbes qui se tenoient près le

Petit-Châtelet eurent ordre de s'établir dans ce marché. En 1734,

douze maisons furent démolies; on ne conserva qu'une boucherie, et

l'on établit un corps-de-garde à l'autre extrémité[662].

[Note 660: Du Breul, p. 97 et 201.]

[Note 661: Reg. de la Ville.]

[Note 662: Il a été ouvert, sur l'emplacement de

Saint-Germain-le-Vieux, un passage fermé de deux grilles qui conduit

de cette rue dans celle de la Calendre.]

_Rue du Marché-Palu._ Elle commence au petit Pont et finit au coin

des rues de la Calendre et de Saint-Christophe. Elle étoit connue sous

ce nom au treizième siècle, et il ne paroît pas qu'elle en ait changé

depuis[663]. Elle doit sans doute ce titre de _Marché_ à celui qui s'y

voyoit de toute ancienneté, et qui s'étendoit dans la rue de la

Juiverie. On y vendoit du blé, des herbes et des légumes. Le surnom de

_Palu_ lui vient de ce que cet endroit étoit humide et non pavé. Il ne

faut pas croire cependant que ce terrain, quoiqu'il ait été depuis

considérablement exhaussé, fût alors un marais. Il y avoit une

enceinte de murs autour de la Cité, qui en mettoit l'intérieur à

l'abri des inondations, et le marché étoit à une certaine distance du

rivage; mais les eaux pluviales et toutes celles de la Cité qui

passoient par cet endroit pour se rendre à la rivière, comme elles y

passent encore aujourd'hui, le rendoient extrêmement marécageux[664].

[Note 663: Arch. de S. Germ., A., 3, 1, 13.]

[Note 664: La _Morgue_, autrefois dans une des cours du

Grand-Châtelet, a été transportée en cet endroit. (V. _monuments

nouveaux_.)]

_Rue des Marmouzets_[665]. Elle commence à la rue de la Juiverie, et

aboutit au cloître Notre-Dame, au coin de la rue de la Colombe. Elle

doit ce nom à une grande maison appelée, dans les anciens titres,

_domus Marmosetorum_[666]; ce nom n'a guère varié. Guillot la nomme

_du Marmouzet_; le rôle des taxes de 1313, _des Marmozets_; la liste

des rues du quinzième siècle, _des Marmouzettes_.

[Note 665: Une tradition populaire veut que cette rue doive son nom à

un pâtissier qui faisoit des pâtés avec la chair des enfants qu'il

attiroit chez lui, ou des victimes que son voisin le barbier égorgeoit

pour son compte. Cette tradition est rapportée par Du Breul[665-A],

qui ajoute que la maison dite des _Marmouzets_ fut rasée à cette

occasion, avec défense de jamais rebâtir au même lieu, et qu'une

pyramide fut élevée en sa place.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8) · 第 27 / 28 段