[Note 435: Ce dernier avoit peint tout ce qui remplissoit les arcades

du rez-de-chaussée et toute la partie du fond jusqu'à la voûte. Il y

avoit représenté la Nativité, l'Adoration des mages et des bergers;

une gloire d'anges couronnoit cette composition. Par une singularité

assez remarquable, il avoit imaginé de représenter sur le plafond les

débris d'une riche voûte entièrement ruinée, soutenue par d'énormes

étais, et menaçant d'une chute prochaine.]

[Note 436: Il sert maintenant de pharmacie centrale à tous les

hospices civils de Paris.]

On y recevoit les enfants en tout temps, à toutes les heures du jour

et de la nuit, sans question et sans formalité; seulement un

commissaire du quartier dressoit _gratis_ un procès-verbal qui

constatoit le jour et l'heure où l'enfant avoit été trouvé, et le nom

de la personne qui le présentoit, laquelle d'ailleurs n'étoit obligée

de s'expliquer sur aucune circonstance. Ces pauvres orphelins étoient

élevés avec un soin paternel dans l'amour du travail et dans la

piété; et on les y gardoit jusqu'à ce qu'ils fussent en âge de faire

leur première communion et d'apprendre un métier.

PONTS DE LA CITÉ.

En donnant l'historique du pont Neuf, nous avons parlé du pont de

Charles-le-Chauve, dont il ne reste plus que des traditions obscures,

et du pont _Marchand_, qui fut détruit en 1631. Dans la description de

l'Hôtel-Dieu est comprise celle du pont Saint-Charles et du pont aux

Doubles. Il nous reste encore à parler de quatre ponts qui

communiquent de la Cité aux deux autres parties de la ville, et d'un

dernier pont établi sur le détroit qui la sépare de l'île Notre-Dame

ou Saint-Louis.

LE PONT AU CHANGE.

Ce pont, qui aboutit d'un côté au quai de l'Horloge, et de l'autre au

quai de la Mégisserie, a remplacé celui qu'on appeloit anciennement le

_Grand pont_, et qui fut pendant long-temps la seule communication de

la Cité avec la rive septentrionale. Dans son origine, et pendant

plusieurs siècles, ce pont n'étoit qu'en bois. Louis VII y établit le

change en 1141, et défendit de le faire ailleurs; ce qui lui fit

donner le nom de _pont aux Changeurs_, _au Change et de la

Marchandise_. Il a conservé le second de ces noms.

Ce pont, suivant un ancien usage qui n'a cessé que de nos jours, étoit

couvert de maisons dans toute sa longueur: les changeurs en occupoient

un côté et les orfèvres l'autre. Les grandes inondations l'ayant

emporté plusieurs fois, il fut successivement rebâti, mais non pas

précisément à la place où nous le voyons aujourd'hui[437]. Si nous

examinons ensuite les diverses révolutions qu'il a éprouvées, nous

trouvons qu'au onzième siècle il étoit construit partie en pierres et

partie en bois; en 1296 il étoit entièrement en pierres, et seulement

en bois en 1621, lorsqu'il fut brûlé avec le pont Marchand. Le feu

ayant pris à ce dernier pont, qui n'en étoit séparé que par un espace

d'environ cinq toises, la flamme se communiqua en un instant au pont

au Change; et l'incendie fut si violent, que tous les deux furent

brûlés, et s'écroulèrent en moins de trois heures. Celui-ci fut seul

rebâti: on commença à le reconstruire en pierres en 1639, et il fut

achevé en 1647.

[Note 437: Il paroit qu'originairement il étoit plus près de

l'emplacement où l'on a bâti depuis le pont Notre-Dame. (JAILLOT.)]

Le quai des Morfondus étoit autrefois beaucoup plus étroit qu'il ne

l'est aujourd'hui; et, vu la grande population de Paris et le

mouvement continuel qui se fait dans ce passage, il en résultoit des

embarras très-incommodes, souvent même dangereux pour les gens de

pied. On y remédia en 1738, au moyen de deux angles saillants que

l'on pratiqua, l'un vis-à-vis la tour de l'horloge, et l'autre au

pont Neuf, presque vis-à-vis la statue équestre de Henri IV. Pour

exécuter ces travaux, la ville avoit acheté les quatre dernières

maisons du pont au Change; et les ayant fait abattre, elle put former

à cet endroit une petite place, où commence le trottoir en saillie qui

règne le long du parapet jusqu'à l'autre extrémité.

Du côté opposé à la Cité on avoit placé au bout de ce pont et au

sommet du triangle un monument qui représentoit Louis XIV à l'âge de

dix ans, couronné par la Victoire, et élevé sur un piédestal, auprès

duquel on voyoit Louis XIII et Anne d'Autriche, debout et en habits

royaux. Ces figures, d'une exécution très-remarquable, et qu'on peut

mettre au nombre des meilleures productions de l'école françoise, sont

en bronze sur un fond de marbre noir; au-dessous un bas-relief cintré

offre des captifs enchaînés. _François Guillain_, artiste françois,

étoit l'auteur de toutes ces sculptures[438].

[Note 438: Voyez pl. 25. Ce monument est déposé aux Petits-Augustins.]

Mézerai, et Germain Brice qui l'a cité, n'ont point été exacts,

lorsqu'ils ont dit que la reine Isabeau de Bavière, femme de Charles

VI, passant, lors de son entrée à Paris[439], sur le pont Notre-Dame,

un homme descendit sur une corde du haut des tours de la cathédrale,

et lui posa une couronne sur la tête. Ce fut sur le _pont au Change_

que la chose arriva; et ce pont étoit celui sur lequel les rois et les

reines avoient coutume de passer[440]. D'ailleurs, Isabeau de Bavière

fit son entrée à Paris en 1389, et le pont Notre-Dame ne fut construit

qu'en 1413.

[Note 439: À l'article de la porte Saint-Denis nous parlerons avec

plus de détail de cette entrée, qui présente plusieurs particularités

remarquables.]

[Note 440: Les fêtes et dimanches, les oiseliers y venoient vendre

toutes sortes d'oiseaux, ce qui leur avoit été permis sous la

condition d'en lâcher deux cents douzaines au moment où nos rois et

nos reines passeroient sur ce pont dans leurs entrées solennelles.]

Le pont au Change s'élève sur sept arches de plein cintre; la

construction en est solide, mais sans élégance[441].

[Note 441: Voyez pl. 21.]

LE PONT SAINT-MICHEL.

Ce pont, situé à l'opposite du pont au Change, sur le petit cours de

l'eau, aboutit d'un côté à la place qui en a pris le nom, et de

l'autre aux rues de la Barillerie, Saint-Louis et du Marché-Neuf. Il

est impossible de donner la date précise de sa construction, et les

historiens varient à ce sujet depuis 1378 jusqu'à 1387. Jaillot pense

que le pont de Charles-le-Chauve étoit de ce côté, et que ce fut

celui-ci qui lui succéda. Il fut d'abord appelé le _petit Pont_,

ensuite _petit pont Neuf_, et simplement _pont Neuf_; mais dès 1424 on

le nommoit _pont Saint-Michel_, et ce nom lui vint sans doute de la

place et de la chapelle dont nous avons déjà fait mention[442].

[Note 442: Voyez p. 168.]

Il avoit été renversé par les glaces en 1407; il éprouva le même

accident en 1547; et, malgré les réparations qu'on y fit à cette

époque, il fut presque totalement emporté en 1616. On pensa alors à le

rebâtir avec plus de solidité: des habitants de Paris offrirent de

faire cette construction en pierres, et d'élever sur sa surface

trente-deux maisons d'égale structure, dont ils demandoient à jouir

seulement pendant soixante années, s'obligeant en outre à payer une

redevance annuelle pour chaque maison. Cet accord fut accepté, et la

jouissance prolongée jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf ans. À la fin de ce

bail, ceux qui possédoient ces maisons en obtinrent la propriété

perpétuelle, au moyen d'un nouveau contrat et de nouvelles

redevances[443].

[Note 443: Ces maisons ont été abattues pendant la révolution, ainsi

que celles qui couvraient le petit Pont.]

Ce pont est composé de quatre arches de plein cintre, et n'a rien de

remarquable dans sa construction.

PONT NOTRE-DAME.

Ce pont aboutit aux rues de la Lanterne et Planche-Mibrai, et fournit

ainsi une communication en droite ligne de la porte Saint-Jacques à la

porte Saint-Martin.

Plusieurs historiens de Paris[444] ont prétendu qu'il n'avoit été

construit qu'en 1412, par un accord fait entre la ville et les

religieux de Saint-Magloire, qui, disent ces historiens, étoient

propriétaires de la rivière depuis l'île Notre-Dame (ou Saint-Louis)

jusqu'au grand Pont. Cette opinion a été victorieusement réfutée. On a

prouvé, par plusieurs pièces authentiques, 1º qu'il existoit sous

Charles V un pont de _fust_ ou de bois à cet endroit[445]; 2º que les

religieux de Saint-Magloire n'avoient que le droit de pêche sur la

rivière dans l'espace déjà indiqué[446]; 3º enfin que le roi, en

permettant à la ville de bâtir des maisons sur ce pont, s'y réserva

justice haute, moyenne et basse, et un denier de cens entre deux

palées.

[Note 444: Du Breul, Sauval, les historiens de Paris, Piganiol.]

[Note 445: Raoul de Presle.]

[Note 446: Ann. Bened., t. VI, p. 180; et Anecd., t. I, col. 371.]

Toutefois l'abbaye Saint-Magloire, qui sans doute entendoit mal les

droits qu'elle avoit eus en cet endroit, jugea à propos, lors de la

reconstruction de ce pont, de mettre opposition à l'enregistrement des

lettres du roi; mais elle fut déboutée de ses prétentions par un acte

du parlement, de l'année 1412; et ce sont sans doute ces contestations

qui ont fait naître les méprises des historiens.

Cette reconstruction fut faite en bois[447]. Le dernier mai 1413, le

roi y mit le premier pieu, étant accompagné, dans cette cérémonie, du

dauphin, des ducs de Berry et de Bourgogne, et du sieur de La

Trémoille. Ce fut alors qu'il fut nommé _pont Notre-Dame_[448]. Il

paroît que ces travaux furent faits avec peu de solidité, car en 1440

on voit qu'il avoit déjà besoin de réparations; et en 1499, le 25

octobre, à neuf heures du matin, il fut emporté en entier, par la

négligence du prévôt des marchands et des échevins, à qui les experts

avoient inutilement prédit cet accident. Cinq personnes seulement y

périrent. On n'en exerça pas moins une très-grande rigueur contre ces

magistrats imprudents: le prévôt et les échevins furent arrêtés, et un

arrêt du parlement les condamna à une amende considérable et à la

réparation du dommage envers les intéressés. Ils moururent en prison,

n'ayant pas assez de bien pour satisfaire à ce qu'on exigeoit d'eux.

[Note 447: Le Laboureur, liv. XXXIII, chap. VI.]

[Note 448: Le journal de Paris, sous le règne de Charles VI, l'appelle

le _pont de la Planche-de-Mibrai_.]

Cependant on songea à rétablir le pont, dont les décombres

embarrassoient le cours de la rivière; mais la ville manquoit

d'argent. Louis XII, qui régnoit alors, lui accorda, pendant six ans,

la perception de plusieurs droits sur les denrées qui se consommoient

dans Paris; et, au moyen de ces secours, on commença la construction

du nouveau pont dans la même année. Cette construction fut longue. On

voit qu'en 1508 le roi accorda un _nouvel aide pour la réparation et

parachèvement du pont Notre-Dame_, et qu'en 1510 et 1511 le parlement

permit encore à la ville de lever de nouveaux octrois pour le même

objet; ainsi, quoique une inscription placée sous une arche de ce pont

porte que la dernière pierre y fut mise en 1507, on peut dire qu'il ne

fut entièrement terminé qu'en 1512, temps auquel on acheva les

maisons dont il a été long-temps couvert. On en comptoit trente d'un

côté et trente et une de l'autre, toutes de la même architecture, et

ornées, dans l'origine, de grands termes d'hommes et de femmes. On

voyoit dans les entre-deux les portraits de nos rois en médaillons; et

aux quatre extrémités, étoient placées, dans des niches, les statues

de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Il restoit

encore quelques vestiges de toutes ces décorations lorsque ces maisons

furent abattues[449].

[Note 449: La démolition en fut commencée en 1787.]

Ce pont fut construit sur les dessins du célèbre _Giocondo_[450], dit

_Joconde_ ou _Juconde_, qui, après la mort du Bramante, fut choisi

pour continuer, avec _Raphaël_, les travaux de l'église de

Saint-Pierre de Rome. Il est porté sur cinq arches de plein cintre, et

les gens de l'art l'estiment pour le caractère grand et simple de son

architecture[451]. Deux pompes, placées sur une charpente vis-à-vis

l'arche du milieu, élèvent l'eau de la rivière pour la distribuer à

plusieurs fontaines de la ville. Elles en fournissent, dit-on, cent

pouces par minute. À cet endroit il y avoit autrefois une porte

d'ordre ionique, dont l'arc étoit décoré d'un très-beau bas-relief, de

la main du célèbre _Jean Goujon_[452], représentant un fleuve et une

naïade. Au-dessus étoit le portrait de Louis XIV, avec une inscription

par Santeuil.

[Note 450: C'étoit un dominicain, né à Vérone vers le milieu du

quinzième siècle, et qui se rendit également célèbre dans les sciences

et dans les arts. Indépendamment des beaux monuments qu'il a élevés,

il est auteur de remarques très-curieuses sur les commentaires de

Jules-César; on a de lui des éditions de Vitruve et de Frontin; et

c'est à ses soins que l'on doit la découverte de la plupart des

épîtres de Pline. Il fut le maître de Jules Scaliger.]

[Note 451: Voyez pl. 22. Ce pont est d'un fort beau dessin; mais il

laissoit sans doute beaucoup à désirer pour la solidité, car on voit

qu'en 1540 il avoit besoin de réparation; qu'en 1577 deux de ses

arches étoient fort endommagées, et qu'il fut encore réparé en 1659,

ainsi que le témoigne l'inscription qu'on y mit alors.

_Jucundus celebrem posuit tibi, Sequana, pontem;_

_Invito oediles flumine restituunt._

_An. N. S. M.DC.LIX._]

[Note 452: Déposé au Musée des Petits-Augustins.]

Ce fut sur ce pont que passa la fameuse procession de la Ligue, le 3

juin 1590.

LE PETIT PONT.

Ce pont aboutit d'un côté à l'emplacement du Petit-Châtelet, et de

l'autre au carrefour des rues Neuve-de-Notre-Dame, du Marché-Palu et

du Marché-Neuf. Il étoit anciennement, comme nous l'avons dit, la

seule communication qu'eût la Cité avec la rive méridionale, et

Grégoire de Tours en fait mention en plusieurs endroits. On n'en sait

aucune particularité jusqu'à l'an 1185, qu'il fut rebâti, sans doute

en bois, par la libéralité de Maurice de Sully, évêque de Paris[453].

En 1196 il fut emporté par un débordement, et éprouva depuis plusieurs

fois le même désastre[454]. En 1394 on le rebâtit, pour la septième ou

huitième fois, avec le produit de quelques amendes auxquelles les

juifs avoient été condamnés[455]. Il tomba encore en 1405, et fut

reconstruit de nouveau en 1409. Cette même année, le roi Charles VI en

fit don à la ville, et lui permit d'y élever des maisons[456]. Ces

édifices, qui d'abord n'étoient point symétriques, furent rebâtis sur

un même plan en 1552 et en 1603. De nouveaux débordements causèrent

d'autres désastres à ce pont en 1649, 1651 et 1658; et une

inscription indiquoit qu'en 1659 il avoit été rétabli à grands frais,

sous la prévôté de M. de Sève. Enfin il fut entièrement consumé en

1718, par deux bateaux de foin auxquels un accident inconnu avoit mis

le feu, et dont on avoit eu l'imprudence de couper les cordes. Ils

s'arrêtèrent sous le petit Pont; et l'incendie se communiqua aux

charpentes et aux maisons avec une rapidité que rien ne put arrêter.

Ce pont fut alors rebâti en pierres, tel que nous le voyons

aujourd'hui; mais les maisons ne furent point relevées.

[Note 453: Nécrol. de N. D.]

[Note 454: En 1206, 1280, 1296, 1325, 1376, 1393 et autres années.

(JAILLOT.)]

[Note 455: Hist. de Paris, t. II, p. 714.]

[Note 456: Compte de Marcel, IVe liv., fol. 62. Cependant l'abbaye

Saint-Germain-des-Prés conserva les droits qu'elle avoit sur ce pont;

et l'on trouve qu'au milieu du seizième siècle elle y possédoit encore

trois maisons dont elle jouissoit de toute ancienneté; elle étoit en

outre propriétaire de plusieurs moulins établis sous ses arches; et

cette possession n'étoit pas moins ancienne, puisque ces moulins lui

avoient été donnés par Childebert. D'autres moulins, situés du côté de

l'Hôtel-Dieu, appartenoient à l'évêque, et étoient nommés les

_chambres de l'évêque_.]

Le petit Pont est porté sur trois arches d'une construction lourde et

irrégulière.

LE PONT ROUGE.

Il servoit de communication entre la Cité et l'île Saint-Louis. Tant

que cette île n'a pas été couverte de maisons, il n'y avoit point de

pont en cet endroit. Sauval prétend qu'il ne fut construit qu'en 1642,

après l'arrangement définitif conclu entre le chapitre et les

habitants de l'île, pour les diverses constructions qu'ils s'étoient

engagés d'y faire; cependant les mémoires du temps[457] rapportent

que, le 5 juin 1634, trois processions passant ensemble sur ce pont

pour se rendre à l'église Notre-Dame, occasionnèrent une si grande

foule, que deux balustrades du côté de la Grève furent rompues, et que

le pont entier fut sur le point de s'écrouler. En 1636, à l'occasion

du jubilé, le parlement, pour prévenir de semblables accidents,

ordonna qu'on mettroit des barrières aux ponts de bois.

[Note 457: Hist. de Paris, t. II, p. 1361.]

Celui-ci fut si fort endommagé par les glaces dans l'hiver de 1709,

qu'on se vit obligé, l'année suivante, de le détruire. Il ne fut

rétabli qu'en 1717; et comme on le peignit alors en rouge, il prit son

nom de cette couleur nouvelle qu'on lui avoit donnée. Il n'y avoit

point de maisons dessus, et il n'y passoit aucune voiture.

On avoit accordé pour sa construction un péage, que le roi céda à la

ville, pour la dédommager de la destruction de quelques maisons

qu'elle possédoit au Marché-Neuf, et que l'utilité publique avoit fait

abattre[458].

[Note 458: Ce pont a été abattu et reconstruit, pendant la révolution,

un peu plus au midi de la Cité, vis-à-vis la rue Saint-Louis et le

cloître Notre-Dame. Voyez, à la fin de ce quartier, l'article

_Monuments nouveaux_.]

HÔTELS DE LA CITÉ.

HÔTEL DES URSINS.

Près du port Saint-Landri étoit l'hôtel des Ursins, qui avoit reçu ce

nom de Juvénal des Ursins, chancelier de France sous Louis XI, auquel

il appartenoit à cette époque.

Cet hôtel, tombant en ruine, fut rebâti au seizième siècle sur un plan

moins étendu; et sur une partie du terrain qu'il occupoit, on ouvrit

une rue qui fut appelée rue _du Milieu_[459].

[Note 459: Voyez l'article _Rues de la Cité_.]

HÔTEL dit DU TRÉSORIER.

C'est ainsi qu'est désigné, sur le plan de Jaillot, cet hôtel dont la

façade est dans la cour de la Sainte-Chapelle et vis-à-vis de ce

monument. Cette façade se compose de quatre colonnes qu'accompagnent

de chaque côté deux pilastres, et de trois ordres qui s'élèvent les

uns au-dessus des autres, le dorique, l'ionique et le corinthien.

Quoique l'ordre ionique y soit trop écrasé et d'une mauvaise

proportion, cet ensemble a une sorte de magnificence, et semble

indiquer une ancienne demeure de quelque personnage distingué.

D'après le plan que nous venons de citer cet hôtel auroit été

autrefois la demeure du trésorier de la Sainte-Chapelle: cependant il

n'en est fait mention dans aucun des historiens de Paris. Il est dit

seulement qu'en 1624 le roi avoit permis de faire démolir deux maisons

dans l'enclos de la Sainte-Chapelle, afin d'y ouvrir un passage qui

communiqueroit à la rue Saint-Louis; que cette démolition fut faite,

et que le passage fut ouvert. Or, il se trouve que ce passage, qui est

aujourd'hui la rue Sainte-Anne, est pratiqué justement au milieu de

l'hôtel que nous venons de décrire.

ARCADE DE LA CHAMBRE DES COMPTES.

Nous avons parlé trop succinctement de cette construction, l'une des

plus remarquables que présente la Cité, par la richesse et la

perfection des ornements dont elle est décorée[460].

[Note 460: Voyez p. 169.]

Au-dessus de la voûte s'élève, de chaque côté, une croisée en arcade,

accompagnée de deux pilastres ioniques accouplés, dont les bandes de

chapiteaux sont sculptées en petites feuilles, ce que nous croyons

sans exemple dans les ornements de cet ordre. Sur la clef de

l'archivolte sont sculptées deux têtes de faunes, l'une desquelles est

remarquable, en ce qu'elle porte des oreilles de porc pendantes, et

des serpents entrelacés dans ses cheveux. Au-dessus des croisées sont

d'autres têtes couronnées de fleurs; et les tympans offrent des

figures de génies portant des palmes, exécutées avec toute l'élégance

de formes, la grâce et la délicatesse que l'on admire dans les

meilleurs ouvrages de Jean Goujon. Toutefois ces figures étant

exactement les mêmes des deux côtés, et se trouvant d'une proportion

trop petite pour l'espace où elles sont renfermées, il y a quelque

lieu de croire qu'elles y ont été appliquées par quelque opération de

moulage, qui a permis de répéter et de multiplier ainsi la même

figure.

La corniche qui porte l'arcade est soutenue par huit consoles

richement décorées de feuillages, et terminées extérieurement par

quatre têtes de femmes remarquables en ce que, différant entre elles

de pose, de physionomie et même de coiffure, toutes portent un

croissant dans leurs cheveux. Les quatre têtes intérieures,

c'est-à-dire, placées sous l'arcade, sont des têtes de faunes,

accompagnées de cornes d'abondance. Tous ces ornements se font

remarquer par un style et une délicatesse d'exécution qui rappelle les

plus beaux temps de la sculpture en France; et en effet, ils ont dû

être exécutés à l'époque où vivoit le grand artiste que nous venons de

citer: car dans des caissons qui ornent la partie inférieure de la

corniche, on retrouve le monogramme de Henri II et de Diane de

Poitiers, si souvent répété sur les monuments que ce prince a fait

élever. Ce monogramme est ici accompagné d'une fleur de lis et d'un

croissant.

Enfin sur le mur sont des encadrements dont le panneau est resté vide;

ils sont supportés par des cornes d'abondance qui soutiennent des

têtes d'enfants. Le travail en est fort inférieur à celui des autres

ornements.

Tous les historiens se taisent sur la destination d'un monument

exécuté avec tant de soins, avec une magnificence aussi recherchée, et

dont la construction est néanmoins très-moderne, si on le compare à

tant d'autres édifices dont l'origine nous est bien connue.

ÎLE SAINT-LOUIS.

Cette île, située à l'orient de la Cité dont elle n'est séparée que

par un bras de rivière très-étroit, étoit autrefois divisée en deux

îles d'inégale grandeur, par un petit canal qui la traversent vers sa

partie orientale, à l'endroit où est aujourd'hui l'église Saint-Louis.

Toutes les deux étoient en prairies.

Ces deux îles appartenoient originairement à l'évêque et au chapitre

de l'église de Paris, ce qui fit donner à la plus grande le nom d'île

Notre-Dame; la plus petite étoit nommée l'île aux Vaches.

On ignore à la libéralité de qui cette église étoit redevable de la

possession de ces îles; mais on lit dans les anciens historiens que,

du temps de Charles-Martel, les comtes de Paris les avoient usurpées

sur elle, et que, sous le règne de Pépin, elle n'y jouissoit plus que

d'un neuvième et d'un dixième. En 867, Charles-le-Chauve les lui

rendit, et confirma, par un diplôme, la propriété et la juridiction

qu'elle y avoit eues autrefois[461]. Depuis, la propriété en étoit

restée au chapitre seul, qui n'a cessé d'en jouir paisiblement.

[Note 461: _Hist. eccl. Paris._, t. II, p. 461. Pastor. D., fol. 39.]

Il y a lieu de croire qu'il y avoit, au nord et au midi, des ponts qui

communiquoient à ces îles, et qu'ils furent emportés par le

débordement de 1296; car on trouve dans les archives de

Notre-Dame[462] qu'au mois de mars de cette même année Philippe-le-Bel

fit faire deux _charrières_, l'une allant de la rue Saint-Bernard dans

l'île, l'autre de la rue de Bièvre au Terrail, et qu'il établit un

droit de péage pour la réparation des ponts. On lit aussi qu'en 1313

ce monarque ayant rassemblé à Paris ce qu'il y avoit de plus distingué

dans la noblesse française et étrangère, lui donna, pendant cinq

jours, des fêtes brillantes, au milieu desquelles il arma ses fils

chevaliers[463]; et que, le quatrième jour de la fête, on passa dans

l'île Notre-Dame sur un pont de bateaux qui fut fait à cette occasion.

Ce fut là que le cardinal Nicolas, légat en France, prêcha la croisade

aux deux rois d'Angleterre et de France[464]. Ces princes et Louis de

Navarre, fils aîné de Philippe, prirent la croix, et un grand nombre

de seigneurs la prirent à leur exemple. Les dames mêmes, entraînées,

dit-on, par l'enthousiasme général, se croisèrent aussi, et promirent

d'accompagner leurs maris dans le voyage d'outre-mer. Depuis on y

éleva deux ponts de bois, pour établir une communication permanente

entre cette île et les quartiers environnants.

[Note 462: Gr. Cart., fol. 11, ch. 18.]

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8) · 第 24 / 28 段