_Maisons_, _Créteil_, _Ozoir-la-Ferrière_ et _Armentières_.
La juridiction ecclésiastique de l'archevêque, dite l'_Officialité_,
tenoit son audience à l'entrée de la chapelle épiscopale inférieure.
Ce tribunal étoit composé d'un official, un vice-gérent, et
quelquefois plusieurs assesseurs, un greffier, un promoteur, des
appariteurs.
Ce prélat avoit encore une autre justice, que l'on nommoit la
_Temporalité_. Elle étoit exercée par un juge qui connoissoit des
appellations de sentences rendues en matière civile par les officiers
des justices des terres de l'archevêché.
Il possédoit en outre le droit de justice de fief et de voirie dans
neuf fiefs situés dans la ville de Paris.]
On compte dix archevêques depuis M. de Gondi jusqu'à M. de Juigné, qui
gouvernoit l'église de Paris en 1789.
LE CHAPITRE DE NOTRE-DAME.
On entend par _Chapitre_, dans une église cathédrale ou collégiale, la
communauté des ecclésiastiques qui la desservent, lesquels sont
appelés _chanoines_[397], et doivent vivre suivant la règle
particulière de la congrégation dont ils sont membres.
[Note 397: Ce mot chanoine, _canonicus_, vient de _à canone_, qui
signifie _règle_.]
Quelques-uns font remonter l'origine des chanoines jusqu'aux apôtres,
qui, d'après toutes les traditions, vécurent réunis avec les
disciples, et donnèrent les règles de la vie commune. En effet,
quoique les noms de clercs et de chanoines ne fussent pas usités dans
les premiers temps, il paroît que les prêtres-diacres de chaque église
formoient entre eux un collége; et cette expression se trouve souvent
dans les pères des trois premiers siècles.
On trouve aussi que cet ordre et ces réunions furent souvent troublés
par les persécutions; mais dans ces maux qui affligeoient les églises,
les clercs, séparés les uns des autres, continuoient du moins à mettre
leurs biens en commun; les plus riches venoient ainsi au secours des
plus pauvres, et chacun se contentoit de la _sportule_ ou portion[398]
qu'il recevoit tous les mois de l'évêque, seul dispensateur de cette
commune propriété.
[Note 398: On nommoit ces portions _divisiones mensurnas_, et ils
furent appelés _fratres sportulantes_.]
Cependant la distinction que l'on fit, en 324, des églises cathédrales
d'avec les églises particulières, peut être regardée comme la
véritable origine des colléges et des communautés de clercs appelés
_chanoines_. Du temps de saint Basile et de saint Cyrille, ils étoient
déjà désignés sous ce nom en Orient; on l'employa plus tard en
Occident. Vers le milieu du quatrième siècle, saint Eusèbe, évêque de
Verceil, rassembla le premier ses clercs, et les soumit à toute la
rigidité de la vie monastique; mais c'est surtout saint Augustin qu'on
peut considérer comme le restaurateur de la vie commune dans cette
partie de la chrétienté. Lorsqu'il fut devenu évêque d'Hippone, il
forma une communauté des prêtres de son église, avec lesquels il
vivoit dans un entier détachement des choses du monde. Cet exemple fut
imité dans les Gaules, comme dans les autres parties de la chrétienté;
mais les troubles qui, sous la domination des rois francs, ne
cessèrent d'agiter cette contrée, faisant naître partout la licence et
le désordre, n'épargnèrent point ces asiles de la piété et de la paix.
La discipline ne tarda point à s'y altérer; il y eut déréglement et
scandale dans les moeurs, et souvent ce scandale fut porté à son
comble. Enfin saint Chrodegand, évêque de Metz, qui vivoit sous le
règne de Pépin, conçut le projet d'en arrêter le cours, ce qu'il fit
et par ses leçons et par ses exemples. Les réglements qu'il donna à
ses chanoines furent adoptés par un grand nombre d'églises; et l'on
vit de nouveau les clercs attachés aux cathédrales vivre suivant les
règles austères des anciens canons.
Quoique l'histoire ne nous laisse pas même soupçonner que le chapitre
de Notre-Dame, entraîné par le torrent, ou séduit par les exemples,
soit jamais tombé dans les écarts qui, dans ces siècles malheureux,
furent l'affliction de l'Église, et sont devenus l'injuste et éternel
reproche de ses adversaires, cependant on peut se persuader qu'il
n'aura pas été des derniers à adopter les réglements de saint
Chrodegand; parce que, dans tout ce que nous en disent les traditions,
on le voit zélé pour ses devoirs, animé d'une véritable piété, et
tendant sans cesse vers une plus grande perfection. Ces témoignages
ont fait penser à l'historien de l'église de Paris que l'institution
ou plutôt la réforme du chapitre de la cathédrale avoit été faite par
Erkenrad Ier, sous le règne de Charlemagne: on n'en trouve cependant
de monuments authentiques que sous celui de Louis-le-Débonnaire. Ce
prince, profitant de l'occasion d'un concile qu'il avoit convoqué à
Aix-la-Chapelle en 816[399], y fit rédiger une règle fixe pour les
chanoines: un diacre nommé Amalarius fut chargé de ce soin par les
pères du concile. Cette règle prescrivoit l'habitation et la vie
commune dans des cloîtres fermés; mais elle n'exigeoit point la
désappropriation ni certaines abstinences qui étoient de précepte et
d'usage dans les monastères. L'empereur ordonna qu'elle fût observée
dans les différents États soumis à sa domination; et ce fut là,
suivant les plus sûres apparences, l'époque de l'institution des
chanoines de Notre-Dame dans la forme qui s'est conservée presque
entière jusqu'aux derniers temps. C'est depuis cette réforme qu'on les
voit appelés si souvent dans les actes _les frères de Sainte-Marie_,
et qu'il est parlé de _cloître_, de _règle_ et de _chapitre_[400].
[Note 399: _Chron. Ademar. ad. ann. 816._]
[Note 400: Sous la première et la seconde race, on les voit désignés
sous le titre de _fratres et seniores, vel primores Sanctæ Mariæ_.
Depuis le concile d'Aix-la-Chapelle, le chapitre est nommé
_Congregatio vel conventus fratrum aut canonicorum Beatæ Mariæ_. Ce
n'est qu'en 1073 qu'on lit, pour la première fois, le mot _Capitulum_.
Ces mots de _frères_ et de _règle_ ont fait croire à quelques auteurs
que le chapitre de Notre-Dame étoit, dans les commencements, une
communauté de _chanoines réguliers_, et qu'ils suivoient la règle de
saint Augustin. Le culte particulier qu'ils rendoient à ce saint
docteur n'est pas une preuve assez forte pour appuyer ce sentiment; et
sa fête est célébrée avec solennité dans plusieurs églises qui n'ont
jamais reçu sa règle.]
Le concile de Paris, tenu en 829, ayant ordonné que les chefs des
communautés séculières et régulières pourvoiroient aux besoins
temporels de ceux qui les composoient, l'évêque Inchade céda pour lors
aux chanoines, en toute propriété, plusieurs terres et villages qui
appartenoient à l'église de Paris, avec toutes leurs dépendances.
C'est de la division qui se fit de ces mêmes biens dans des temps
postérieurs, que se sont formées les prébendes canoniales dont
jouissoient encore les chanoines de Notre-Dame au moment où l'église a
été dépouillée de son patrimoine.
Ce chapitre étoit non-seulement le plus considérable de Paris[401],
mais encore de la France entière; et il devoit moins cet avantage au
grand nombre de bénéfices qui en dépendoient, qu'au mérite, à la
science et aux vertus en quelque sorte héréditaires des dignes
ecclésiastiques qui le composoient. Il a joui dans tous les temps de
cette haute réputation; dans tous les temps on le prit pour modèle, on
le consulta avec confiance, on reçut ses décisions avec respect. Il a
la gloire d'avoir donné à l'Église six papes, trente-neuf cardinaux et
un nombre considérable d'évêques. On voit un pontife illustre,
Alexandre III, demander comme une faveur que ses neveux fussent élevés
dans le cloître Notre-Dame; Louis VII et plusieurs de nos princes y
puisèrent l'esprit de la religion et le goût de la science; enfin un
fils de Louis-le-Gros, Henri, fut chanoine de Notre-Dame; et Philippe,
son frère, préféra le simple titre d'archidiacre de l'église de Paris
aux évêchés auxquels sa haute naissance et ses vertus lui donnoient le
droit de prétendre.
[Note 401: Il y avoit anciennement treize chapitres à Paris, qui étoient:
1º le chapitre de Notre-Dame; 2º ceux de Saint-Jean-le-Rond; 3º de
Saint-Denis-du-Pas; 4º de Saint-Marcel; 5º de Saint-Honoré; 6º de
Sainte-Opportune; 7º de Saint-Méry; 8º du Saint-Sépulcre; 9º de
Saint-Benoît; 10º de Saint-Étienne-des-Grés; 11º de Saint-Thomas-du-Louvre;
12º de Saint-Nicolas-du-Louvre; 13º de Saint-Germain-l'Auxerrois. Le nombre
de ces chapitres avoit été diminué par la réunion qui s'étoit faite de
plusieurs d'entre eux, ainsi qu'on le verra par la suite.]
Ce chapitre étoit composé de huit dignités qui pouvoient être
possédées par d'autres que par les chanoines, et de cinquante-deux
canonicats. Il y avoit en outre six vicaires perpétuels, dont deux
titres avoient été unis au chapitre; deux vicaires de Saint-Agnan et
un chapelain; huit bénéficiers chanoines de Saint-Jean-le-Rond, et
dix de Saint-Denis-du-Pas. Ces bénéficiers, ainsi que tous les
chapelains attachés à Notre-Dame, ne faisoient qu'un seul corps avec
l'église de Paris[402].
[Note 402: Ce chapitre étoit indépendant de la juridiction de
l'archevêque. Il avoit, ainsi que lui, son officialité et une justice
séculière, appelée _la Barre du Chapitre_. De lui dépendoient aussi
les chapitres de Saint-Méry ou Médéric, du Saint-Sépulcre, de
Saint-Benoît et de Saint-Étienne-des-Grés. On appeloit vulgairement
ces chapitres _les quatre filles de Notre-Dame_; comme ceux de
Saint-Marcel, de Saint-Honoré, de Sainte-Opportune, et celui de
Saint-Germain-l'Auxerrois, avant sa réunion au chapitre de Notre-Dame,
étoient nommés _les filles de l'Archevêque_. Nous en parlerons à
l'article de ces diverses églises.]
La principale entrée du cloître étoit à côté de l'église cathédrale.
On y voyoit, avant la révolution, une porte, laquelle avoit été
construite en 1751[403], avec les matériaux et en partie sur
l'emplacement de la petite église de Saint-Jean-le-Rond, dont nous
allons parler.
[Note 403: Elle a été abattue.]
SAINT-JEAN-LE-ROND.
On sait que les fonts baptismaux de l'église de Paris étoient jadis à
Saint-Germain-le-Vieux, qui avoit alors le nom de Saint-Jean-Baptiste,
et qu'ils furent depuis transportés plus près de la cathédrale, dans une
chapelle bâtie pour cet usage. Cette chapelle, que l'on abattit en même
temps que les anciennes églises de Notre-Dame et de Saint-Étienne, fut
ensuite rebâtie et placée au bas de la tour septentrionale de la
nouvelle basilique. On présume, que dans l'origine, elle étoit moins
avancée vers l'occident; on sait du reste que le surnom qu'elle portoit
ne venoit que de la forme ronde employée dans ces sortes d'édifices.
La bâtisse de Saint-Jean-le-Rond de Paris ne paroissoit être que du
treizième siècle, et même le portail étoit beaucoup plus nouveau. Ce
baptistère, que desservoient deux prêtres[404], fut pendant long-temps
le seul qu'il y eût dans cette capitale; mais lorsque le nombre des
citoyens eut fait multiplier celui des églises, et que chacune eut
obtenu d'avoir son baptistère particulier, ces deux prêtres furent
chargés de visiter les malades, d'inhumer les morts, et de célébrer,
pendant une année, la messe pour les chanoines décédés. Ils
jouissoient à cet effet du revenu annuel de la prébende de chaque
chanoine défunt. Ces dispositions changèrent depuis: l'annuel fut
transporté aux chanoines de Saint-Victor, et l'on indemnisa les deux
prêtres par le don d'une prébende dans l'église de Notre-Dame, sous
certaines conditions qui les maintenoient dans la dépendance du
chapitre[405]. Dans la suite le nombre de ces desservants fut
augmenté.
[Note 404: _Hist. eccl. Paris._, t. II, p. 22 et 23.]
[Note 405: Ces conditions étoient qu'ils s'acquitteroient des mêmes
fonctions, l'anniversaire excepté; qu'ils ne pourvoient se qualifier
chanoines de Sainte-Marie, mais seulement de Saint-Jean, et que le
chapitre conserveroit le droit de les nommer et de les destituer.]
On a remarqué que cette église, et peut-être même l'entrée de la
cathédrale étoient les lieux où se terminoient juridiquement certaines
affaires ecclésiastiques, coutume qui rappeloit ce qui s'étoit
pratiqué plus anciennement aux portiques des grandes églises. Il
existe un ancien acte finissant par ces mots: _Actæ sunt hæc in
ecclesiâ Parisiensi apud cupas_[406]. On lit aussi que les médecins se
sont assemblés autrefois _ad cupam nostræ Dominæ_. Cette même église
servoit de paroisse aux laïques logés dans le cloître Notre-Dame.
[Note 406: Cartul. S. Magl., fol. 178.]
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés: Henri Boileau, avocat
général, mort en 1491; Gilles Ménage, savant célèbre, mort
en 1692; Jean-Baptiste Duhamel, habile théologien, mort en
1706.
On démolit Saint-Jean-le-Rond en 1748; alors les fonts baptismaux, les
fondations et le service divin furent transférés à Saint-Denis-du-Pas,
qui, depuis cette époque, s'appela _Saint-Denis et Saint-Jean-Baptiste_.
SAINT-DENIS-DU-PAS.
Le surnom de cette église fit naître, dans le dix-septième siècle, une
contestation si vive entre deux savants, qu'elle en devint ridicule,
par l'importance qu'ils mirent à une question d'un si foible intérêt,
et surtout par l'amertume qu'ils répandirent dans leur discussion. M.
Delaunoy prétendoit que cette église étoit ainsi surnommée par la
raison que le premier apôtre des Parisiens y avoit souffert le
martyre, _à passione_. M. de Valois, qui combattit son sentiment avec
humeur et même avec emportement, le réfuta toutefois avec beaucoup de
solidité; et il n'est plus question ni de cette étymologie évidemment
fausse, ni de cette vieille querelle.
Ce terme de _passus_ a été employé à l'égard de plusieurs saints[407]
qui certainement n'ont jamais souffert le martyre; et l'on ne peut
raisonnablement l'expliquer que par la situation de leur église. Celle
de Saint-Denis n'étoit séparée de la cathédrale que par un chemin
étroit nommé _pas_, et d'ailleurs étoit située auprès du petit bras de
la rivière qui coule entre l'île Saint-Louis et la Cité. Il ne faut
donc point chercher une autre origine à ce surnom, puisqu'autrefois on
appeloit ainsi tout chemin étroit et tout courant d'eau qui est entre
deux terres; et que, dans l'ancien langage françois, _pas_ et
_passage_ sont synonymes.
[Note 407: À l'abbaye de Saint-Denis, il y avoit une chapelle de
Saint-Nicolas qui est désignée dans les titres, _Sanctus Nicolaus de
Passu_. Au diocèse de Chartres étoit une paroisse appelée _le Pas de
Saint-Lomer_.]
Cette chapelle, qui existoit avant le douzième siècle, étoit depuis
long-temps négligée, et il y a apparence qu'on n'y faisoit plus le
service divin. En 1164 et jusqu'à la fin de ce même siècle, plusieurs
pieux personnages y fondèrent des prébendes, au nombre de cinq. Elles
furent ensuite divisées, par une ordonnance du chapitre de Notre-Dame,
entre dix chanoines[408], qui les ont conservées jusqu'au moment de la
révolution. En 1182, le pape Luce III donna à Saint-Denis-du-Pas la
qualité d'église[409].
[Note 408: Cinq de ces prébendes étoient sacerdotales, trois
diaconales et deux sous-diaconales.]
[Note 409: Cette église a été abattue.]
HÔTEL-DIEU.
L'institution des hôpitaux est un des bienfaits du christianisme. La
police des païens, qui savoit réprimer la fainéantise, qui empêchoit
le mendiant valide de dérober à la pitié le pain qu'il pouvoit obtenir
par son travail, n'alloit point jusqu'à s'inquiéter du sort de
l'infortuné dont l'âge et la maladie avoient épuisé les forces. On
croyoit qu'il valoit mieux que le pauvre mourût que de vivre inutile
et souffrant. La vertu purement humaine n'étoit point capable d'un si
grand dévouement: il n'y avoit qu'une charité toute céleste qui pût
embrasser dans sa tendre prévoyance tous les âges, toutes les misères,
toutes les souffrances; et, parmi tant de maux qui affligent les
hommes, regarder comme les plus dignes de ses soins les infirmités les
plus horribles et les misères les plus repoussantes.
Dès les premiers temps, une partie considérable des biens que les
églises avoient obtenus de la libéralité des empereurs fut consacrée à
ces pieux établissements. Des prêtres les administroient, sous la
direction de l'évêque; et l'on y recevoit sans distinction et les
pauvres chrétiens et le païen indigent que ceux de sa religion
continuoient à repousser. Julien l'Apostat lui-même ne put s'empêcher
de rendre témoignage à cette vertu surnaturelle des premiers fidèles;
et la confusion qu'il en ressent éclate dans une lettre qu'il écrit à
un pontife de Galatie, auquel il recommande d'établir, à leur
imitation, des hôpitaux et des contributions pour les pauvres. Dans
cet écrit très-remarquable, il attribue l'accroissement du
christianisme principalement à trois causes, à l'hospitalité, au soin
des sépultures, à la gravité des moeurs.
Dès les commencements de la monarchie française, on voit des hôpitaux
établis dans différentes villes par la piété de nos rois; et l'on ne
peut douter que l'Hôtel-Dieu ne soit une des fondations les plus
anciennes de ce genre. Néanmoins toutes les recherches de nos
historiens n'ont pu nous procurer à ce sujet que des notions vagues et
incertaines. C'est sans doute de cette incertitude qu'est venue la
tradition qui fait honneur à saint Landri de la création de ce pieux
établissement, tradition vers laquelle semblent pencher plusieurs
savants distingués[410] qui se sont occupés des antiquités de Paris.
Cependant on ne trouve dans les anciens titres qui prouvent
incontestablement que saint Landri a existé, aucune particularité sur
ses actions et sa vie. Son culte n'a commencé que sous l'épiscopat de
Maurice de Sully; et c'est seulement dans une légende insérée dans un
bréviaire de 1492, qu'on lit pour la première fois que ce saint évêque
étoit particulièrement recommandable par sa grande charité. Un éloge
aussi vague ne pouvoit suffire pour faire conclure qu'il est le
fondateur de l'Hôtel-Dieu, et c'est cependant sur ce seul titre que la
légende du dix-septième siècle lui en attribue la fondation, malgré le
silence absolu de tous les historiens et de tous les martyrologes. Il
est donc impossible de ne pas rejeter cette assertion jusqu'à ce qu'on
en ait donné des preuves raisonnables et suffisantes.
[Note 410: L'historien de l'église de Paris, D. Félibien; M. de
Mautour; Mém. de l'Acad. des Inscrip., t. III, p. 299.]
Saint Landri est mort vers l'an 656; et tout porte à croire qu'à cette
époque l'Hôtel-Dieu n'existoit point encore. On trouve même qu'en 690
il y avoit sur l'emplacement où il est situé un monastère de filles,
dont _Landetrude_ étoit abbesse[411]. Alors c'étoit la maison de
l'évêque qui étoit l'asile des malheureux, de la veuve et de
l'orphelin. Le pauvre et le malade y trouvoient des secours et des
consolations; elle servoit encore de retraite aux pélerins et aux
voyageurs; et les annales de l'église, celles de la monarchie, les
actes, les récits les plus authentiques nous représentent les évêques
de Paris, dignes successeurs des apôtres, livrés par-dessus tout à ces
pieux devoirs. On les voyoit, excitant le clergé par l'ardeur de leur
zèle et de leur charité, se faire un plaisir et une gloire de recevoir
tous ceux que leur affliction ou leurs besoins conduisoient vers eux,
leur laver les pieds, les servir eux-mêmes à table, leur administrer
les sacrements, et leur prodiguer ainsi tous les secours de l'âme et
du corps.
[Note 411: Voyez pag. 287.]
Le premier titre où il est question de l'Hôtel-Dieu est un acte de
l'an 829, par lequel l'évêque Inchade assigne à cette maison les dîmes
des biens dont il avoit gratifié son chapitre, pour se conformer à une
décision du concile d'Aix-la-Chapelle, dont nous avons déjà parlé. On
voit, par cet acte de donation, que, dans certains temps, _les
chanoines y lavoient les pieds aux pauvres_; d'où il résulte que
l'Hôtel-Dieu existoit sous le règne de Charlemagne, et que l'évêque et
son chapitre y avoient des droits, soit pour l'avoir fondé, soit pour
avoir contribué à le doter.
Les chanoines possédoient, et sans doute à ce dernier titre, la moitié
de cet établissement[412]; l'autre leur fut cédée, en 1002, par
Renaud, évêque de Paris; et vers la fin du même siècle, un autre
évêque, nommé Guillaume Montfort, leur fit don de l'église
Saint-Christophe. Depuis cette dernière époque, on voit l'Hôtel-Dieu,
entièrement sous l'administration du chapitre, gouverné par des
chanoines proviseurs choisis dans son sein, et la chapelle
Saint-Christophe desservie par deux prêtres de la cathédrale.
[Note 412: Nécrol. de N. D., 27 août et 12 sept.]
L'accroissement rapide de la population ayant considérablement
augmenté le nombre des pauvres, il fallut bientôt multiplier celui des
personnes employées au service de l'Hôtel-Dieu, et fixer les fonctions
de chacun de ces ministres. Dès l'an 1217, des statuts nouveaux furent
dressés par Étienne, doyen de Paris, conjointement avec le chapitre.
Par ces statuts il est établi pour l'administration de cette maison
quatre prêtres, quatre clercs, trente frères laïques, et vingt-cinq
soeurs: ils portent qu'on ne peut en admettre davantage, qu'ils sont
tenus de garder la chasteté, de vivre dans la désappropriation et en
commun, d'être soumis au chapitre, aux proviseurs, et à celui des
prêtres qualifié du titre de _maître de la maison de Dieu_[413].
[Note 413: _Hist. eccl. Paris_, t. II, p. 482.]
Quoique ce nom de _Maison de Dieu_, employé dans ces réglements et
dans une infinité de titres de la même époque, ne signifie pas une
_maladrerie_, mais une maison d'hospitalité, et que l'Hôtel-Dieu ne
soit pas autrement désigné dans le testament de saint Louis[414] et
dans plusieurs auteurs contemporains, il est certain cependant
qu'avant la fin du douzième siècle, on y prenoit déjà soin des
malades, comme on l'a toujours fait depuis[415]. En cherchant
l'origine de cette nouvelle destination de l'Hôtel-Dieu, un
auteur[416] a pensé qu'elle pourroit bien venir d'un statut du
chapitre de Notre-Dame, donné en 1168, par lequel il fut réglé que
tous les chanoines qui décéderoient ou quitteroient leurs prébendes,
donneroient à cet hôpital un lit garni[417]. Cette multiplication des
lits facilita sans doute la réception des malades; et trente ans
après, on lit dans un acte par lequel Adam, clerc du roi, lègue à
l'Hôtel-Dieu deux maisons dans Paris, qu'il ne fait ce don que sous la
condition qu'au jour de son anniversaire il sera accordé, sur leur
produit, à ceux seulement qui seront malades, tout ce qu'il leur
viendra dans la pensée de manger, _pourvu qu'on en puisse trouver_,
ajoute naïvement le donataire. _Eâ conditione, quòd ægrotantibus
tantùm prædicti hospitalis quicquid cibariorum in eorum venerit
desiderio, si tamen possit inveniri, de totali proventu domorum, in
die anniversarii ejus detur._
[Note 414: _Hist. eccl. Paris_, t. III, p. 249.]
[Note 415: Pastor. A., fol. 804.]
[Note 416: L'abbé Lebeuf.]
[Note 417: L'an 1413, les tours de lit commençant à n'être plus de
simple toile comme auparavant, et étant formés d'ailleurs d'un bien
plus grand nombre de pièces, les chanoines ordonnèrent que leurs
héritiers, en donnant cent livres, somme en ces temps-là
très-considérable, seroient quittes, s'ils vouloient, de cette
charité. Cette disposition nouvelle a duré jusqu'en 1592, que les
directeurs séculiers de cet hôpital se plaignirent au parlement, et
prétendirent que le ciel, les rideaux, la courtepointe et autres
accompagnements des lits des chanoines, soit qu'ils fussent de soie,
d'argent, d'or ou de telle autre étoffe que le luxe avoit ajoutée à la
simplicité des siècles précédents, devoient leur appartenir. Sur les
conclusions des gens du roi, la cour leur accorda leur demande. L'an
1654, elle condamna les héritiers de M. de Gondi, archevêque de Paris,
à délivrer aux administrateurs de l'Hôtel-Dieu son lit et tout ce qui
en dépendoit.]