dont elle n'est séparée que par une rue étroite, est celle dont nous
avons parlé en donnant l'explication du surnom _de Carcere_ qui étoit
commun à ces deux édifices. L'histoire d'ailleurs en sera courte. À la
place qu'elle occupe existoit autrefois une ancienne chapelle, sous le
titre de Sainte-Catherine, dont l'origine et le fondateur sont
également inconnus. Comme cette chapelle, par négligence ou succession
de temps, tomboit en ruines, Mathieu de Montmorenci, comte de
Beaumont, qui n'avoit pu accomplir le voeu qu'il avoit fait d'aller à
Jérusalem, voulant expier cette faute, abandonna à l'évêque de Paris
les droits qu'il avoit sur elle; et celui-ci, de son côté, s'engagea à
la faire rebâtir. Cet acte est de 1206[304], et cet évêque étoit Eudes
de Sully. Éliénor, comtesse de Vermandois, et quelques autres pieux
personnages, y ajoutèrent bientôt plusieurs dotations, qui permirent
d'y établir quatre chapelains desservants; et quelques années après,
elle quitta le nom de Saint-Denis, qu'on lui avoit donné d'abord, pour
prendre celui de Saint-Symphorien. Ces chapelains obtinrent le titre
de chanoines en 1422. Depuis on y transporta, comme nous l'avons dit,
la paroisse de Saint-Gilles et Saint-Leu, laquelle y fut unie
jusqu'en 1698, que le chapitre et la paroisse passèrent, avec leurs
biens et leurs paroissiens, à l'église de la Magdeleine. Peu de temps
après, cette chapelle fut cédée à la communauté des peintres,
sculpteurs et graveurs, qui la rétablirent, la décorèrent[305], et lui
firent donner le nom de Saint-Luc leur patron.
[Note 304: Du Breul, p. 117.]
[Note 305: Cette communauté, connue sous le nom d'_Académie de
Saint-Luc_ ou des maîtres peintres et sculpteurs, fut fondée pour
relever l'art de la peinture, et pour corriger les abus qui s'y
étoient introduits. Les réglements et statuts en furent dressés le 12
d'août 1391, sur le modèle de ceux qui avoient été établis pour les
corps de métiers; et l'on créa des jurés et gardes pour visiter et
examiner la matière des ouvrages de peinture, avec pouvoir d'empêcher
de travailler ceux qui ne seroient pas de la communauté. Dans ces
statuts on rappeloit huit articles d'un ancien règlement, qui
remontoit jusqu'au commencement de la troisième race. Ce corps fut
depuis favorisé par plusieurs de nos rois, et vers le commencement du
dix-septième siècle, la communauté des sculpteurs y fut réunie. Mais
des abus et des désordres troublèrent cet établissement, dès que l'art
eut fait quelques progrès. Les plus habiles, voyant que les fonctions
de la jurande les détournoient de leurs travaux, les abandonnèrent à
des gens sans talent, qui en firent bientôt une tyrannie insupportable
et un moyen de vexation contre tous ceux qui n'étoient pas de leur
communauté, de laquelle ils rendoient en même temps l'entrée difficile
et entièrement vénale. Les peintres habiles se lassèrent enfin d'un
joug si honteux; et leurs réclamations donnèrent naissance à
l'académie royale de peinture et de sculpture, dont nous parlerons
dans la suite.
Toutefois, l'académie de Saint-Luc continua ses fonctions, et obtint,
en 1705, la permission d'ouvrir une école de dessin, et d'y entretenir
un modèle. Elle faisoit tous les ans des distributions de prix, et n'a
été détruite qu'au commencement de la révolution. La chapelle, qui
existe encore, est abandonnée, et l'on a élevé au-dessus plusieurs
étages habités par des particuliers.]
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE SAINT-LUC.
Sur le maître-autel, un tableau représentant saint Luc,
patron de la communauté.
SAINT-LANDRI.
Derrière Saint-Denis-de-la-Chartre, et dans une rue qui porte le nom
de Saint-Landri, est l'église consacrée à ce saint. C'est encore un de
ces monuments dont l'origine inconnue et les traditions incertaines
ont donné lieu à une foule de conjectures et d'opinions fastidieuses.
Quoique plusieurs titres authentiques prouvent que cette église
existoit sous ce nom au douzième siècle, on a poussé la témérité
jusqu'à douter et même à nier qu'il y ait jamais eu un évêque de Paris
nommé _Landri_. L'abbé Lebeuf, qui rejette justement une semblable
opinion, croit que cet édifice étoit d'abord un lieu de sûreté
appartenant à l'abbaye Saint-Germain-l'Auxerrois, dans lequel ses
moines venoient déposer leurs effets les plus précieux, lors des
invasions des Normands; ce qui lui semble d'autant plus probable, que
les abbayes de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés avoient
de semblables hospices. Il pense qu'on y aura bâti une chapelle,
desservie par le prébendaire que ce chapitre avoit à la cathédrale, et
qu'ensuite l'élévation du corps de saint Landri, au douzième siècle,
l'ayant enrichie de quelques-unes de ses reliques, la chapelle aura
pris le nom du saint.
Un autre savant combat cette conjecture par celle-ci[306]: il imagine
que cette église pourroit bien avoir été l'oratoire de saint Landri
lui-même, les évêques ayant eu une maison à cet endroit; qu'il n'est
pas même impossible que ce fût alors la chapelle dédiée sous le nom de
Saint-Nicolas, qu'on a confondue avec l'église de la Magdeleine; ce
qu'il essaie de prouver d'abord parce qu'elle reconnoissoit saint
Nicolas pour l'un de ses patrons, ensuite parce qu'il est
vraisemblable que les poissonniers et bateliers l'érigèrent plutôt à
cette place, qui est la plus voisine du port où abordoient les vivres
et les marchandises; enfin il ajoute qu'après la mort de saint Landri,
elle a dû prendre le nom de ce bienheureux évêque: _adhuc sub judice
lis est_.
[Note 306: Jaillot, t. I, p. 62.]
Ce qu'il y a de certain sur cette église, c'est qu'elle étoit
paroissiale dès le douzième siècle[307], et que le chapitre de
Saint-Germain-l'Auxerrois avoit le droit de présenter à sa cure, par
la raison qu'elle étoit bâtie sur sa censive; et cette censive il
l'avoit obtenue par l'amortissement d'une portion de terrain que les
chanoines de Notre-Dame lui avoient donnée pour loger le vicaire qui
desservoit la prébende dont il étoit possesseur dans l'église
cathédrale. Nous avons déjà fait observer que c'est ainsi que se
formèrent le plus grand nombre des censives qu'on trouve dans la Cité.
[Note 307: Hist. de Paris, t. III, p. 73. Arch. de
Saint-Germain-des-Prés, cartul. de Guillaume III, fol. 36.]
L'église Saint-Landri, qui est très-petite et presque carrée[308], fut
rebâtie vers la fin du quinzième siècle, et dédiée seulement en 1660.
On trouve qu'en 1408 Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, lui avoit
accordé quelques reliques de son patron, lesquelles furent tirées de
sa châsse conservée dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois[309].
[Note 308: Voy. pl. 26.]
[Note 309: Cette église, abandonnée depuis long-temps, est occupée
aujourd'hui par un teinturier.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-LANDRI.
TOMBEAUX ET SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été enterrés:
Catherine Duchemin, épouse de Girardon, célèbre sculpteur du
siècle de Louis XIV. Ses restes mortels avoient été déposés
dans un monument exécuté, sur les dessins de son époux, par
deux de ses élèves, _Lorrain et Nourrisson_[310]. Vingt-cinq
ans après, Girardon fut placé à côté d'elle dans le même
tombeau.
[Note 310: Ce monument, long-temps déposé au Musée des
Petits-Augustins, et transporté en 1817 dans l'église
Sainte-Marguerite, se compose d'un sarcophage de marbre
vert, surmonté d'une croix, au pied de laquelle on voit une
vierge debout, levant les yeux au ciel avec l'expression de
la douleur et de la résignation. Plus bas est étendu le
corps du Christ, et des anges sont groupés autour de
l'instrument de son supplice, dans l'attitude de
l'adoration. On trouve dans cette sculpture les défauts et
quelques-unes des beautés qu'offrent les nombreux ouvrages
de cet artiste. Élève de Le Brun, il en a l'exagération et
l'enflure, lorsqu'il cherche la noblesse des formes; et pour
n'avoir pas assez étudié l'antique, et ne s'être point fait
sur la véritable beauté, des principes assez sûrs, il
devient trivial quand il veut être naïf. Les deux figures
principales de ce groupe présentent un exemple assez
frappant de cette manière vague qui fait le caractère de
toutes les productions de cette école. Cependant elles ne
sont point dépourvues de mérite, et les expressions en sont
vraies, si les formes en sont médiocres. Il y a même dans
les petits anges de la grâce et un assez bon goût de dessin.
La croix et toutes les figures sont en marbre blanc.]
À côté du choeur, on voyoit un monument orné de quatre
colonnes de marbre et décoré des armes du chancelier
Boucherat. Ce ministre, qui l'avoit fait élever pour
lui-même, fut enterré, quelques années après, à
Saint-Gervais (en 1686).
On y lisoit l'épitaphe du magistrat Broussel, surnommé le
_patriarche de la Fronde_ et _le père du peuple_.
* * *
Les fonts baptismaux de Saint-Landri passoient pour les plus
beaux de Paris; ils se composoient d'une cuvette de porphyre
de très-grande dimension enrichie de bronze doré, et avoient
été donnés à cette église par son curé, M. Garçon.
LA CHAPELLE SAINT-AGNAN.
On entroit dans cette chapelle par la rue de la Colombe, laquelle
commence au bout oriental de la rue des Marmousets. C'étoit un édifice
très-ancien, le plus ancien peut-être de toute la Cité, la solidité de
sa construction, toute en pierres, l'ayant préservé des changements et
des réparations que le temps a fait subir aux autres églises. Celle-ci
étoit du reste très-peu connue, parce que les maisons qui
l'entouroient la couvroient entièrement, et qu'on n'y faisoit point un
service régulier.
Ce petit monument fut fondé, au commencement du douzième siècle, par
Étienne de Garlande, archidiacre de Paris, et doyen de Saint-Agnan
d'Orléans[311]; il donna pour sa dotation la maison qu'il possédoit
dans le cloître Notre-Dame, et trois clos de vignes, dont deux étoient
situés au bas de la montagne Sainte-Geneviève, et l'autre à Vitry.
Lorsqu'il en eut ainsi assuré les revenus, il y établit, du
consentement de l'évêque, deux titulaires, lesquels se partageoient la
prébende canoniale, avoient place au choeur comme au chapitre, et
faisoient à la fois le service dans la chapelle et à la cathédrale.
Cette fondation s'est maintenue jusque dans les derniers temps. La
chapelle Saint-Agnan n'étoit ouverte que le 17 novembre, jour auquel
l'église célébroit la fête du patron.
[Note 311: Pastoraux, A, fol. 667; B, fol. 177; D, fol. 166.]
On lit, dans une vie de saint Bernard, que ce saint étant allé un jour
aux écoles de Paris, avec le projet d'y attirer, par ses exhortations,
quelques écoliers à la vie monastique, il y prêcha sans succès, et en
sortit sans qu'aucun d'eux eût voulu le suivre. L'historien ajoute
qu'un archidiacre de Paris l'ayant emmené dans sa maison, le pieux
abbé se retira, navré de douleur, au fond de la chapelle qui étoit
attenante à ce logis, et là se répandit en larmes et en gémissements,
persuadé que Dieu étoit irrité contre lui, puisqu'il avoit recueilli
si peu de fruit de son sermon. L'abbé Lebeuf pense que ceci ne peut
convenir qu'à l'archidiacre Étienne de Garlande, contemporain de saint
Bernard, et par conséquent que c'est dans cette chapelle, telle
qu'elle subsistoit encore dans le siècle dernier, que ce petit
événement s'est passé.
Un fait plus curieux est ce qui arriva, peu de temps avant son
érection, dans la rue _des Marmousets_, qui y conduit. Louis VI, dit
le Gros, y avoit fait abattre, de sa propre autorité, une maison
située près de la porte du cloître, laquelle appartenoit à un
chanoine: il trouvoit que cette maison, trop saillante, rendoit le
passage incommode. Le chapitre aussitôt réclama ses droits et ses
immunités, et le fit avec une telle vivacité, que Louis reconnut son
tort, promit de ne plus rien attenter de semblable, et consentit même
à payer un denier d'or d'amende. Bien plus, afin que cette réparation
fût aussi authentique que les chanoines le désiroient, il la fit le
jour même qu'il épousoit Adélaïde de Savoie, et avant de recevoir la
bénédiction nuptiale; enfin le monarque alla jusqu'à permettre qu'il
en fût fait mention dans les registres du chapitre. Il eût mieux valu
peut-être que le pouvoir royal eût été renfermé dans des bornes moins
étroites; mais il est beau de voir un prince aussi religieux à
maintenir les priviléges des citoyens, et les lois qu'il a juré
d'observer[312].
[Note 312: La chapelle de Saint-Agnan a été démolie en 1795, et, sur
le terrain qu'elle occupoit, on a bâti une maison particulière.]
Le pavé de cette chapelle étoit beaucoup plus bas que celui de la rue;
et c'étoit une preuve de plus de l'exhaussement considérable qu'avoit
éprouvé le sol de la Cité.
SAINTE-MARINE.
En revenant vers Notre-Dame, on trouve cette petite église dans un
cul-de-sac qui a son entrée par la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs.
Quelques historiens ont cru qu'elle n'avoit été bâtie qu'au
commencement du treizième siècle, lorsque les reliques de sainte
Marine furent transportées de l'Orient à Venise[313]. L'abbé Lebeuf
pense que cette église a pu être construite à cette époque par les
soins de quelque Vénitien; et ce qui le fortifie dans cette opinion,
c'est qu'il y avoit de son temps, dans le voisinage, une rue dite _la
rue de Venise_. Ce savant s'est trompé: la rue en question devoit son
nom à une enseigne de l'écu de Venise, sans qu'il soit nécessaire
d'avoir recours à un homme de cette nation; et elle n'étoit appelée
ainsi que depuis deux cents ans. Auparavant et du temps même de
François Ier, on la nommoit rue des _Dix-Huit_, à cause d'un petit
hôpital ou collége dont il sera question à l'article de la Sorbonne.
Quant à l'église dont nous parlons, l'origine en est tout-à-fait
inconnue; on sait seulement qu'elle existoit long-temps avant le
treizième siècle, et Jaillot prétend avoir lu un diplôme, sans date,
de Henri Ier, mais qu'on estime être de l'an 1036[314], par lequel ce
prince fait don de l'église de Sainte-Marine à Imbert, évêque de
Paris.
[Note 313: L'abbé Lebeuf, et Baillet.]
[Note 314: Past., A., p. 588; B, p. 94; et D, p. 59.]
C'étoit, avant la révolution, la paroisse du palais archiépiscopal et
des cours, et celle où se faisoient les mariages ordonnés par
l'officialité. Anciennement, ceux que ce tribunal avoit condamnés,
étoient mariés avec un anneau de paille. Nous ignorons l'origine de
cet usage, et nous ne jugeons pas à propos de rapporter l'explication
bouffonne que Saint-Foix en a donnée[315].
[Note 315: Cette chapelle existe encore en partie: sur ses voûtes,
composées d'arcs surbaissés, on a élevé une maison à plusieurs
étages.]
SAINT-PIERRE-AUX-BOEUFS.
Plus près encore de la cathédrale, et dans la rue qui porte son nom,
est l'église de Saint-Pierre-aux-Boeufs.
On peut aussi la mettre au nombre de ces édifices très-anciens, dont
l'origine incertaine et la dénomination singulière ont fort exercé
l'imagination des érudits. Plusieurs ont cru qu'elle avoit été
autrefois la paroisse des bouchers de la Cité, ou le lieu de leur
confrérie, et vouloient expliquer par là et son surnom et les deux
têtes de boeufs qui étoient sculptées sur son portail[316]. D'autres
ont pensé qu'on y marquoit les boeufs avec une clef ardente, pour les
préserver de certaines maladies; quelques-uns ont eu recours à un
miracle. L'abbé Lebeuf considéroit ces deux têtes comme les armes
parlantes d'une ancienne famille de Paris[317]. Toutes ces opinions
diverses, qui ne reposent sur aucun monument historique, ne méritent
point d'être discutées, et il est permis à chacun de faire ses
conjectures.
[Note 316: Hist. de Paris, t. I, p. 163. Piganiol, t. I, p. 144.]
[Note 317: T. II, p. 513.]
Cette église étoit sans doute dans la censive du monastère de
Saint-Éloi, puisqu'elle fait partie de ses dépendances, et qu'on la
trouve au nombre des chapelles qui furent données, en 1107, au
monastère de Saint-Pierre-des-Fossés. Elle fut érigée, quelque temps
après, en paroisse, ainsi que Saint-Pierre-des-Arcis et Sainte-Croix;
et l'évêque de Paris, devenu l'héritier des droits de ce monastère,
nommoit à la cure. Cette cure étoit modique, et n'embrassoit qu'une
partie des rues environnantes[318].
[Note 318: Le portail existe encore tel que nous le représentons.
(Voy. pl. 26) La construction moderne élevée au-dessus des croisées
qui le couronnent a été faite depuis la révolution.]
SAINT-CHRISTOPHE.
Dans la rue Saint-Christophe, qui aboutit au parvis Notre-Dame, étoit
une église sous l'invocation de ce saint: on l'abattit en 1747, pour
agrandir le parvis et reconstruire la chapelle des Enfants-Trouvés.
Cette église existoit déjà au septième siècle. Quelques auteurs ont
avancé qu'elle étoit la chapelle des comtes de Paris; et pour soutenir
cette assertion, ils ont produit des titres qu'ils avoient mal
entendus. Sauval, surtout, s'est trompé sur les noms, les faits et les
dates qu'il rapporte en parlant de cette église[319].
[Note 319: Voyez Jaillot, t. I, p. 39.]
Une ancienne charte[320] prouve qu'en 690 l'église Saint-Christophe
étoit la chapelle d'un monastère de filles, dont l'abbesse se nommoit
Landetrude: quel étoit ce monastère? on l'ignore; on ne sait pas même
ce que devinrent ces religieuses, qui durent en sortir dans le siècle
suivant; car au commencement du neuvième siècle cette maison devint un
hôpital dans lequel on recueilloit les indigents[321].
[Note 320: Diplom. lib. 6, num. 14, p. 472.]
[Note 321: Hist. eccl. Paris, t. I, p. 350.]
Elle étoit alors desservie alternativement, et de semaine en semaine,
par deux prêtres que nommoient les chanoines de Notre-Dame. Mais ce
chapitre étant devenu seul possesseur de l'hospice, comme nous le
dirons par la suite, on bâtit une autre chapelle, qui reçut aussi le
nom de Saint-Christophe, et fut érigée en paroisse au douzième siècle.
Elle fut ensuite rebâtie vers la fin du quinzième. Cette dernière
église a subsisté jusqu'en 1747.
Ste-GENEVIÈVE-DES-ARDENTS.
Derrière Saint-Christophe, et à peu de distance de cette église, étoit
celle de Sainte-Geneviève-des-Ardents, dont l'origine est absolument
inconnue.
L'histoire de cette fille admirable, que ses vertus et sa piété
rendirent respectable même à des rois païens, et célèbre, sans qu'elle
cherchât à sortir de l'obscurité où la Providence l'avoit placée; qui,
tant qu'elle vécut, fut le conseil, le refuge et la consolation des
habitants de Paris, et mérita, après sa mort, cet honneur insigne
d'être regardée comme la patronne d'une ville appelée à de si hautes
destinées; cette histoire si extraordinaire et si touchante est trop
connue pour que nous croyions devoir la répéter. La tradition s'en est
transmise d'âge en âge; et jusque dans les derniers temps de la
monarchie, on a vu le peuple de cette capitale, au milieu de ses plus
grandes calamités, tourner d'abord ses regards vers son ancienne
protectrice, implorer la clémence du ciel par son intercession, suivre
avec transport ses reliques vénérées au milieu des rues et des places
publiques, et attribuer à cette protection puissante la cessation des
fléaux dont il étoit affligé.
En 1129 ou 1130, Paris et ses environs se virent en proie à une
maladie terrible, qu'aucun remède ne pouvoit vaincre, et que l'on
nomma _le feu sacré_ ou _le mal des ardents_. Ses ravages furent si
rapides et si terribles, l'impossibilité de les arrêter par aucun
secours humain tellement démontrée, qu'on ne chercha plus que celui du
ciel, dont la colère avoit envoyé ce fléau. On eut recours, pour
l'apaiser, aux jeûnes, aux prières, et surtout à l'intercession de la
bienheureuse Geneviève. La châsse de la sainte fut descendue et portée
processionnellement à la cathédrale. On prétend que la nef et le
parvis étoient remplis de malades qui, en passant sous ces reliques
miraculeuses, furent guéris à l'instant, à l'exception de trois, dont
l'incrédulité servit à rehausser l'éclat du prodige et la gloire de la
sainte patronne. On ajoute que le pape Innocent II, alors à Paris,
ayant fait vérifier ce miracle, ordonna qu'on en feroit la fête tous
les ans, sous le titre d'_Excellence de la bienheureuse vierge
Geneviève_. Depuis elle a été célébrée sous celui de _Miracle des
Ardents_.
Toutefois l'église dont nous parlons existoit long-temps avant la
procession célèbre de l'année 1139. Ceux qui se sont imaginé que cette
procession passa le long de ses murs, se sont néanmoins trompés, car
la rue Notre-Dame n'étoit point encore ouverte. On arrivoit alors à la
cathédrale par une rue nommée des _Sablons_ ou _Vieille rue
Notre-Dame_, qui étoit proche de la rivière, et aboutissoit
directement au portail de l'ancien édifice qu'a remplacé la cathédrale
d'aujourd'hui. Ce portail étoit situé à l'endroit où est maintenant le
milieu de la nouvelle nef, en tirant un peu vers le midi[322].
[Note 322: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par. t. I, p. 389.]
Il est certain, comme nous l'avons déjà dit, que sainte Geneviève
avoit une habitation et un oratoire dans la Cité. Il n'est pas moins
constant que les chanoines du monastère élevé en son honneur sur le
bord méridional, possédoient dans l'île une censive, un hospice et une
petite chapelle; qu'ils jouissoient d'une prébende et d'une vicairie
dans l'église cathédrale, et qu'à l'exemple des autres religieux qui
habitoient sur les deux rives de la Seine, ils se retirèrent dans leur
hospice, pour se soustraire, eux et leurs richesses, à la fureur des
Normands. Dans l'enceinte de cet hospice étoit une chapelle qui en
dépendoit: cette chapelle devint dans la suite l'église dont nous
faisons l'histoire. On l'appela _Sainte-Geneviève-la-Petite_; et même,
long-temps après le miracle dont nous venons de parler, elle n'avoit
point d'autre nom. Il est probable que la fête établie en mémoire
d'un aussi grand événement se célébrant avec plus de solennité dans
une église qui portoit le nom de la sainte et près de laquelle il
étoit arrivé, par suite des temps la dévotion des fidèles fit donner à
cette église le surnom des _Ardents_.
Voilà ce que nous avons pu recueillir de plus authentique sur ce vieux
monument. En 1202 les chanoines cédèrent la chapelle de
Sainte-Geneviève ainsi que la prébende et la vicairie qu'ils avoient à
Notre-Dame, à Eudes de Sully, évêque de Paris; et il y a apparence que
c'est alors qu'elle fut érigée en paroisse[323]. Elle a subsisté
jusqu'en 1747, qu'elle fut détruite pour agrandir l'hôpital des
Enfants-Trouvés. La structure du sanctuaire ressembloit aux
constructions du temps de Louis-le-Jeune; ce qui fait présumer qu'elle
étoit de cette époque. Le portail en fut refait en 1402. On voyoit au
milieu l'image de sainte Geneviève entre saint Jean-Baptiste et saint
Jacques-le-Majeur; à côté, dans une niche, étoit la statue d'un homme
agenouillé, ayant les cheveux courts et le capuchon abattu. On prétend
que c'étoit l'image du célèbre _Nicolas Flamel_[324], lequel avoit
contribué à cette réparation par ses libéralités.
[Note 323: Arch. S. Genov.--Gall. Christ., t. VII.]
[Note 324: _Voy._ pl. 15.--Sur cet homme singulier, _Voy._ les
articles _Église de Saint-Jacques de la Boucherie et Cimetière des
Innocents_.]
Il nous reste à faire connoître encore deux anciennes églises qui,
comme celle-ci, ne subsistent plus, _Saint-Jean-le-Rond_ et
_Saint-Denis-du-Pas_; mais leur histoire étant plus intimement liée à
celle de l'église cathédrale, nous croyons devoir parler auparavant de
ce grand et antique édifice.
NOTRE-DAME.
On est naturellement porté à croire qu'un monument de cette
importance, que la première église de Paris offrira des traditions
plus sûres et dans son origine et dans les révolutions qu'elle a
éprouvées, que cette foule de chapelles obscures dont nous venons
d'exposer si péniblement l'histoire. Cependant cette origine est
enveloppée de ténèbres encore plus épaisses; et aucun point de
l'histoire de Paris n'offre plus de difficultés, n'a excité plus
d'opinions diverses parmi ceux qui ont écrit de ses antiquités.