Toute la décoration de cette église, très-surchargée d'ornements où

étoit empreint le mauvais goût du dix-huitième siècle, avoit été

exécutée en 1736, sur les dessins des frères _Slodtz_.

Il y avoit dans cette église trois confréries, dont la plus ancienne

datoit de 1353.

SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.

On ne voit presque point d'anciennes abbayes, sous la première race de

nos rois, qui n'eussent, outre l'église principale, des oratoires

détachés et dispersés en différents lieux de leur enclos. Il est

probable que l'église de _Saint-Pierre-des-Arcis_ et celle de

_Sainte-Croix-de-la-Cité_, dont nous allons parler immédiatement

après, étoient des chapelles situées d'abord dans l'enceinte du

monastère de Saint-Éloi, et qu'elles doivent leur origine à la

dévotion du fondateur ou de quelques-unes des abbesses qui lui ont

succédé.

L'abbé Lebeuf pense qu'après l'incendie qui consuma Paris en 1034, ces

deux oratoires furent rebâtis dans le voisinage de l'ancienne clôture,

et qu'alors les religieuses, dont l'enclos étoit fort diminué,

permirent qu'on élevât sur leur terrain des maisons, dont les

habitants furent ensuite attribués à ces églises, lorsqu'on les érigea

en paroisses. Cette érection dut avoir lieu vers le temps où les

religieuses furent chassées de leur monastère, circonstance qui

donnoit plus de liberté pour faire ces nouveaux arrangements[283].

[Note 283: Hist. du dioc. de Par., t. I, 2e p., p. 498.]

Quoi qu'il en soit de ces conjectures, qui sont ingénieuses et

vraisemblables, la paroisse de Saint-Pierre-des-Arcis étoit

effectivement une des dépendances du prieuré de Saint-Éloi dans la

Cité. Au reste, l'étymologie de ce surnom (_des Arcis_) a beaucoup

exercé l'imagination des savants, et quelques-uns d'entre eux l'ont

expliqué d'une manière tout-à-fait ridicule.

M. de Launoy, dont Sauval suit aveuglément les opinions, prétendoit,

d'après un passage mal interprété de Grégoire de Tours, qu'il y avoit

eu autrefois beaucoup de _Syriens_ à Paris; et les confondant ensuite

avec les _Assyriens_, comme si ce n'eût été qu'un même peuple, il

conjecturoit de là qu'ils avoient pour leur nation une église nommée

_Saint-Pierre-des-Assyriens_, laquelle ayant été brûlée par les

Normands, fut ensuite rebâtie dans la Cité; et de là est venu, selon

lui, le nom de Saint-Pierre-des-_Assis_ ou _Arcis_.

M. de Valois, qui a combattu cette opinion plus sérieusement et avec

plus de chaleur qu'elle ne méritoit, en présente une autre qui ne

semble guère mieux fondée, prétendant faire dériver ce nom de la

maladie _des ardents_ ou _feu sacré_, dans laquelle on eut recours à

l'intercession de saint Pierre. Celle de l'abbé Lebeuf, adoptée par

Jaillot, paroît la plus raisonnable: il veut que ce mot vienne

d'_arcisterium_, synonyme de _monasterium_, et qu'il ait été donné à

cette église située entre deux monastères[284], pour rappeler son

origine et sa première destination.

[Note 284: Derrière Saint-Barthélemi et vis-à-vis Saint-Éloi.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant les boiteux,

par _Vanloo_.

Le Lavement des pieds, par le même; une Cène, par _Lafond_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été enterré Guillaume De Mai,

capitaine de six vingts hommes d'armes, mort en 1480. Il

étoit représenté, sur son tombeau, dans le costume militaire

de son siècle. Ce monument, rare dans son espèce, fut déposé

au Musée des Petits-Augustins.

Saint-Pierre-des-Arcis fut érigé en paroisse vers le commencement du

douzième siècle; en 1424, on rebâtit entièrement l'église; en 1711, on

y fit des augmentations, des réparations et un nouveau portail, lequel

fut élevé sur les dessins de _Lanchenu_[285].

[Note 285: Cette église a été démolie en 1800; et sur son emplacement

on a ouvert une rue qui communique à celle de la Pelleterie.]

Cette église embrassoit dans ses droits curiaux presque toutes les

maisons de la rue de la Vieille-Draperie, en allant vers le Palais;

ils s'augmentèrent encore, en 1720, par l'adjonction qu'on lui fit des

paroissiens de Saint-Martial. De l'autre côté, en allant vers l'église

de la Magdeleine, elle avoit encore un certain nombre de maisons; de

plus, une partie de celles qui faisoient l'entrée de la cour de

Saint-Éloi, les cinq branches de la rue qui porte le même nom, le

cul-de-sac Saint-Martial presque en entier, quelques maisons dans la

rue aux Fèves, et enfin quelques-unes de celles qui composent la rue

de la Juiverie[286].

[Note 286: Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, t. I, 2e p., p. 511.]

SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.

L'origine de cette église, qui étoit à l'extrémité de la rue de la

Vieille-Draperie, dans la partie de cette rue la plus éloignée du

Palais, est aussi obscure que celle de Saint-Pierre-des-Arcis; et sans

se mettre en peine de ce qu'en ont imaginé MM. de Launoy, Dubreul et

leurs copistes, il faut s'en tenir à cette opinion déjà mentionnée,

qu'elle étoit d'abord une dépendance de Saint-Éloi, et qu'elle en fut

détachée, puis ensuite rebâtie hors de la _ceinture_, lorsque ce

monastère eut été donné à l'évêque. On ajoute qu'au milieu du douzième

siècle, la dévotion à saint Hildevert, évêque de Meaux, s'étant

introduite à Paris, cette chapelle lui fut dédiée, et qu'un bâtiment

qui en dépendoit fut alors changé en hôpital pour les frénétiques et

les malades attaqués de l'épilepsie. Cet hôpital ayant été depuis

transféré à Saint-Laurent, l'église reprit son premier nom, et fut

érigée en paroisse.

L'abbé Lebeuf présume que ce nom tiroit son origine de quelques morceaux

de bois de la vraie croix que saint Éloi, dont les mains habiles ont

fabriqué tant de précieux reliquaires, aura pu obtenir pour prix de

quelques-uns de ses travaux, et qu'il aura ensuite déposés dans un des

oratoires renfermés dans l'enclos de son monastère. Au reste, avant que

l'église de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie existât, celle-ci étoit

appelée simplement _Sainte-Croix_ dans les anciens titres, sans aucun

caractère distinctif.

Il ne restoit plus depuis long-temps aucun vestige du bâtiment qui

existoit dans les douzième, treizième et quatorzième siècles; et le

dernier, commencé en 1450, n'avoit été entièrement terminé qu'en

1529[287]. La cure, dont les droits étoient médiocres et d'une

très-petite étendue, étoit à la collation de l'archevêque de Paris,

depuis la destruction du titre abbatial de Saint-Maur-des-Fossés[288].

[Note 287: L'abbé Lebeuf, t. I, 2e. part., p. 507.]

[Note 288: Cette église a été démolie, et une maison la remplace. Une

partie des murs extérieurs subsiste encore du côté de la petite rue

Sainte-Croix.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoit été enterré:

Pierre Danet, long-temps curé de cette paroisse et depuis

abbé de Saint-Nicolas de Verdun, mort en 1709. Il est auteur

de deux dictionnaires de la langue latine, qui jouirent

autrefois de quelque estime, et de plusieurs autres ouvrages

d'érudition.

Il existoit dans cette église une confrérie en l'honneur des cinq

plaies de Notre-Dame: elle fut érigée en 1498, et on croit que c'est

la première église de Paris où cette dévotion ait été admise.

Le territoire de la paroisse de Sainte-Croix embrassoit tout le carré

sur lequel l'église étoit bâtie, une grande partie de la rue

Gervais-Laurent, quelques maisons dans la rue de la Vieille-Draperie

et dans la rue aux Fèves.

SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.

Vis-à-vis Sainte-Croix, et de l'autre côté de la Cité, étoit la

paroisse de Saint-Germain-_le-Vieux_.

Il y a bien des traditions sur l'origine de cette ancienne église; et

l'on a expliqué de bien des manières le patronage qu'y ont exercé

pendant long-temps les moines de Saint-Germain-des-Prés: son nom de

Saint-Germain-_le-Vieux_ a fait naître également plusieurs opinions

contradictoires.

Tous les historiens conviennent que c'étoit, dans le principe, une

chapelle baptismale dépendante de la cathédrale, sous le titre de

Saint-Jean-Baptiste, et qu'elle existoit dès le cinquième siècle.

L'auteur de la vie de sainte Geneviève vient à l'appui de cette

tradition, en nous apprenant que la maison où la sainte décéda étoit

sur le bord de la rivière, et voisine de l'oratoire de Saint-Jean,

qu'il prétend même avoir été bâti sur un terrain dont elle avoit la

propriété. Il ajoute cette particularité, qu'elle avoit fait

rassembler les dames de Paris dans cet oratoire, comme dans un lieu

sûr, pour s'y mettre en prières, lors du faux bruit de l'arrivée

d'Attila à Paris.

Dans le neuvième siècle, cette même chapelle servit d'asile, contre

les Normands, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui y

déposèrent le corps de leur patron. L'abbé Lebeuf pense que, dès ce

temps-là, cet hospice leur appartenoit. Jaillot contredit cette

opinion, et convenant cependant, avec son docte adversaire, que,

lorsque les religieux retournèrent à leur monastère, ils laissèrent

dans l'oratoire de Saint-Jean un bras de saint Germain, il soutient

que cette église ne prit le nom du dernier saint que lorsque le

baptistère eut été transporté plus près de la cathédrale, à

Saint-Jean-le-Rond; et qu'alors seulement l'évêque et le chapitre de

Paris donnèrent le patronage de l'ancienne chapelle à l'abbaye

Saint-Germain-des-Prés. De telles questions sont aussi difficiles que

peu importantes à éclaircir.

Son titre n'offre pas moins de difficultés: dès le douzième siècle, on

trouve des actes qui font mention de l'église de Saint-Germain-le-Vieux,

_Sanctus Germanus Vetus_; mais il n'en est aucun qui donne la raison de

ce surnom. L'abbé Lebeuf ne semble pas heureux dans ses conjectures,

lorsqu'il fait dériver ce mot d'_aquosus_, en françois barbare, _evieux_

ou _aivieux_; d'où, par corruption, on auroit fait _le vieux_, parce

que, dit-il, cette église étoit située dans un endroit _aquatique_,

duquel le marché _Palu_ a aussi tiré son nom[289]. Il paroîtroit plus

probable que ce surnom lui étoit venu d'une ancienne tradition qui

portoit que le saint patron s'y étoit retiré dans le sixième siècle.

[Note 289: Jaillot a démontré la fausseté de cette étymologie, en

prouvant qu'au dixième et même au quatorzième siècle, on ne disoit

point Saint-Germain _le Vieux_, mais _le Viel_ et _le Vieil_. Tous les

titres, d'ailleurs, qui parlent d'églises situées dans des endroits

marécageux, et il en existe un grand nombre, ne les désignent jamais

que sous le nom de _la Palud_, ou _Palu_, du mot latin _palus_.]

En 1368, l'abbaye de Saint-Germain céda son droit sur la petite église

de Saint-Germain-le-Vieux à l'Université de Paris; et depuis ce

temps-là son recteur nommoit à la cure, qui s'étendoit, d'un côté, le

long de la rue du Marché-Palu jusqu'au milieu du Petit-Pont, de

l'autre, presque jusqu'à l'extrémité de celle de la Calendre. Elle

possédoit en outre quelques maisons dans les rues Saint-Éloi, aux

Fèves, toutes celles du Marché-Neuf et les édifices qui environnoient

la paroisse.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, décoré de quatre colonnes de marbre de

Dinan, le Baptême de Jésus-Christ, par _Stella_.

Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption, par le même.

Dans une autre chapelle, le Lavement des pieds, par _Vouet_.

Derrière la chaire, tous les Saints du Paradis, par un

peintre inconnu.

On exposoit dans cette église, aux grandes fêtes, une

tapisserie faite du temps de Charles V, où étoit représentée

la vie de saint Germain. Les personnages en étoient, dit-on,

assez correctement dessinés, et offroient une image exacte

et naïve des modes de ce temps-là, pour l'un et l'autre

sexe.

Cette église fut rebâtie en entier et agrandie dans le seizième

siècle. Le portail et le clocher n'étoient que de 1560[290].

[Note 290: Cette église, est restée long-temps en ruine; on en a

achevé la démolition depuis quelques années, et sur le terrain qu'elle

occupoit on a élevé des maisons.]

On prétend que saint Marcel, évêque de Paris, vint au monde dans la

cinquième maison de la rue de la Calendre, à droite en entrant par

celle de la Juiverie. D'après cette ancienne tradition, qui cependant

n'est pas moins contestée que les autres, le clergé de Notre-Dame y

faisoit une station le jour de l'Ascension, où il avoit coutume de

porter processionnellement la châsse du saint.

Le territoire de Saint-Germain-le-Vieux commençoit du côté du petit

Châtelet et sur le Petit-Pont; il continuoit à gauche, renfermant

toutes les maisons qui étoient de ce côté; cette paroisse avoit

quelques maisons dans la rue du Marché-Neuf, toutes celles du

Marché-Neuf, le côté gauche de la rue Marché Palu, presque toute la

rue de la Calendre, quelques maisons éparses dans les rues Saint-Éloi,

aux Fèves, de la Juiverie et Saint-Christophe[291].

[Note 291: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Paris.]

LA MAGDELEINE.

En sortant de Saint-Germain-le-Vieux, on entre dans la rue de la

_Juiverie_, qui traverse la Cité dans toute sa largeur, et aboutit

d'un côté au Petit-Pont, et de l'autre à celui de Notre-Dame. Au

milieu de cette rue, dont le nom vient des Juifs qui l'ont autrefois

habitée, étoit une église dédiée sous le titre de la Magdeleine.

Plusieurs compilateurs ont prétendu que dans l'origine c'étoit une

chapelle sous l'invocation de Saint-Nicolas, où les bateliers et

poissonniers avoient établi leur confrérie[292]; mais un titre du

douzième siècle, rapporté par l'abbé Lebeuf, prouve que cette église

avoit été autrefois une des synagogues des Juifs[293]. Philippe-Auguste

les ayant chassés de France en 1182, donna, l'année suivante, tous leurs

édifices publics à Maurice de Sully, évêque de Paris, avec permission de

les consacrer au culte catholique, suivant le témoignage de Guillaume

Lebreton.

[Note 292: Du Breul, Sauval, Piganiol, Le Maire, Brice, etc.]

[Note 293: Lebeuf, t. II, p. 575.]

«_Ecclesias fecit sacrari pro synagogis_

_In quocumque loco schola vel synagoga fuisset._»

Telle fut l'origine de la paroisse de la Magdeleine.

On ignore dans quelle année cette église fut décorée du titre

d'_archipresbytérale_ qu'elle possédoit: les archives de

Saint-Magloire indiquent qu'elle en jouissoit dès 1232[294];

auparavant, c'étoit le curé de Saint-Jacques-de-la-Boucherie qui étoit

un des archiprêtres de Paris. Il y a apparence qu'alors cette dignité

n'appartenoit privativement à aucun des curés de Paris, et que

l'évêque en disposoit à son choix: depuis ce temps, elle est restée

sans interruption dans l'église de la Magdeleine[295].

[Note 294: Lebeuf, t. I, p. 345.]

[Note 295: Il y avoit un autre archiprêtre, qui étoit le curé de

Saint-Séverin; et il avoit même joui de cette dignité avant le curé de

la Magdeleine, bien que cette église prît le nom de _Première

archipresbytérale_. C'étoit à ces dignitaires que l'archevêque

adressoit ses mandemens, pour les faire passer aux églises du ressort

de leur archiprêtré. On pouvoit les regarder comme les _doyens_ des

curés. Il y avoit aussi des archiprêtres _ruraux_.]

C'étoit dans cette église que s'étoit fixée la _grande confrérie des

Bourgeois_, l'une des plus célèbres de Paris. Nous en parlerons avec

plus de détails lorsque nous traiterons de ces sortes d'associations;

il nous suffira de remarquer ici que cette confrérie, suivant l'abbé

Lebeuf, y avoit succédé à celle des _Mercatorum aquæ parisiensium_; ce

qui a pu faire naître l'opinion que saint Nicolas, patron de cette

dernière corporation, l'étoit aussi de l'église.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA MAGDELEINE.

TABLEAUX.

Dans le choeur.--Les Noces de Cana. La Visitation.

Jésus-Christ au milieu des docteurs. La Mort de la Vierge,

par _Philippe de Champagne_.

Dans la nef.--Tobie, par un peintre inconnu.

Le bâtiment de la Magdeleine fut agrandi à plusieurs reprises, et

notamment en 1749, lorsqu'on y réunit les paroisses de Saint-Gilles et

Saint-Leu, de Saint-Christophe et de Sainte-Geneviève des-_Ardents_.

Alors on y voyoit encore des constructions qui étoient du quatorzième

siècle, entre autres le portail et quelques arcades de la nef.

Cette paroisse embrassoit presque tout le carré long que forme la

partie de la Cité qui est entre la rue de la Juiverie et le parvis

Notre-Dame, depuis le côté droit de la rue du Marché-Palu jusqu'à

Saint-Denis-de-la-Chartre. Elle ne dépendoit d'aucune église ni

séculière ni régulière[296].

[Note 296: L'emplacement de cette église, dont il ne reste pas le

moindre vestige, est maintenant une espèce de cul-de-sac.]

SAINT-DENIS-DE-LA-CHARTRE.

Les traditions populaires, quelquefois si difficiles à détruire, sont

souvent appuyées sur les fondements les plus légers. Le nom de cette

église a fait naître l'idée que saint Denis et ses compagnons avoient

été renfermés dans une prison ou _chartre_, qu'elle a remplacée, et

qu'ils y ont souffert diverses tortures, dont on montroit même les

instruments[297]. Loin qu'une telle opinion soit appuyée sur aucun

titre, les monuments les plus anciens la détruisent; et Grégoire de

Tours faisant le récit de l'incendie qui, en 586, consuma Paris,

indique clairement que la prison de cette ville étoit alors près de la

porte méridionale[298]. Soit que cette prison eût été détruite par ce

désastre, soit que son ancienneté l'eût mise hors d'état de servir, il

paroît que, peu de temps après, on en rebâtit une autre dans le

quartier opposé. En effet, l'auteur de la vie de saint Éloi, qui

écrivoit au septième siècle, dit qu'il y avoit alors une prison du

côté du septentrion, dans un endroit un peu écarté, situation qui

convient assez à celle de Saint-Denis-de-la-Chartre.

[Note 297: Cette tradition, adoptée par Du Breul, a été répétée par un

grand nombre de compilateurs modernes.]

[Note 298: Lib. 8, cap. 33.]

En adoptant cette tradition, tout s'explique facilement. L'église

Saint-Denis aura été appelée _Sanctus Dyonisius de Carcere_, à cause

de son voisinage de la prison publique[299]; et ce qui le prouve,

c'est que la petite chapelle Saint-Symphorien, située dans le même

lieu, est aussi appelée _Sanctus Symphorianus de Carcere_ dans les

titres primordiaux. Or, on ne peut dire que ce martyr d'Autun ait été

renfermé dans une prison de Paris; et ce n'est pas là d'ailleurs le

seul exemple de cette espèce de dénomination employée dans de

semblables circonstances.

[Note 299: Cependant on ne peut disconvenir que, dans le titre de

fondation, il ne soit parlé de la prison de saint Denis, ainsi que

dans quelques autres qui y ont rapport; mais la manière dont on en

parle prouve que l'on ne s'appuyoit que sur la foi très-incertaine de

la tradition. On suppose que cette prison étoit située en cet endroit,

et on ne le suppose que sur un ouï-dire: _locum illum in quo

incarceratus_ DICITUR _beatus Dionysius... in quo gloriosus martyr in

carcere_ TRADITUR _fuisse detentum_.]

Ce qui est très-certain, c'est qu'au commencement du onzième siècle,

et sous le règne du roi Robert, cette église subsistoit près de

l'édifice qu'on appeloit _prison_ de Paris, _carcer Parisiacus_, et

qu'elle étoit alors nommée _Ecclesia Sancti Dyonisii de Parisiaco

carcere_[300]. Des chanoines séculiers en étoient alors les

desservants; et ils jouirent paisiblement et de l'église et des biens

qui y étoient attachés jusqu'en 1122. Alors l'administration en tomba

entre des mains laïques, espèce d'usurpation dont on ne voit que trop

d'exemples dans l'histoire de ces premiers temps. Henri, troisième

fils de Louis-le-Gros, fut un de ces administrateurs de Saint-Denis

substitués aux gens d'église, et il en percevoit les revenus en 1133,

sous le titre d'_abbé_.

[Note 300: _Hist. sancti Martini de Campis_, p. 313 _et seq._]

En cette même année, le même roi Louis-le-Gros et la reine Adelaïde,

voulant fonder un monastère de religieuses de l'ordre de Saint-Benoît,

jetèrent les yeux sur Montmartre, comme sur le lieu le plus propre à

l'exécution de leur dessein. Les religieux de Saint-Martin, qui

jouissoient de ce terrain en vertu d'une donation qui leur en avoit

été faite environ quarante ans auparavant (en 1096), le cédèrent au

roi par une transaction, où intervint l'évêque, et par laquelle

Saint-Denis-de-la-_Chartre_ leur fut donné comme indemnité. Telle est

l'origine de ce prieuré de _fondation royale_, et membre dépendant de

Saint-Martin. Les priviléges, immunités, franchises et exemptions qui

lui furent alors accordés furent depuis confirmés par Charles V et

Charles VI; et ces religieux le possédèrent jusqu'au commencement du

dix-septième siècle, où la _mense_[301] priorale fut unie à la

communauté de Saint-François-de-Sales, établie, vers ce temps-là, pour

la retraite des prêtres pauvres et infirmes.

[Note 301: _Mense_ signifie la part que quelqu'un a dans les revenus

d'une église.]

On voyoit, par l'épitaphe d'un de ses prieurs, que cette église avoit

été rebâtie vers le milieu du quatorzième siècle. Elle étoit double,

suivant un usage assez fréquent dans les constructions de ce

temps-là, et dans un des côtés de la nef étoit une paroisse sous le

titre de _Saint-Gilles et Saint-Leu_, dont la cure fut transférée, en

1618, dans l'église de Saint-Symphorien[302].

[Note 302: Sauval donne la description d'une statue qui fut découverte

en 1743, dans l'épaisseur du mur de cette église, du côté du couvent

et sous les débris du vieux cloître. Cette statue, qui étoit couchée,

représentoit un prêtre revêtu d'une chasuble retroussée d'un manipule

long et étroit, sur lequel étoient gravées les lettres O. I. B. N. Sur

l'étole aussi très-étroite étoient les deux lettres S. A. Ce

personnage portoit la barbe longue, la tête nue, les cheveux courts

comme les anciens cordeliers; il avoit les mains jointes; au-dessus de

sa tête étoit une main qui le bénissoit, et de chaque côté des anges

qui l'encensoient. On suppose que cette figure, dont le travail

annonçoit le XIIe siècle, étoit celle de quelque ancien prélat.

Le pavé de l'église de Saint-Denis-de-la-Chartre étoit beaucoup plus

bas que le pavé extérieur, ce qui prouve l'exhaussement considérable

qu'a éprouvé le terrain de la Cité. Il ne restoit plus dans cette

église aucun vestige d'antiquité, si ce n'est dans le sanctuaire, dont

les piliers devoient être du 12e ou du 13e siècle. Le reste avoit été

successivement renouvelé.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-DENIS DE LA CHARTRE.

SCULPTURE.

Dans une grande niche, au-dessus du maître-autel, saint

Denis, saint Rustique et saint Eleuthère recevant la

communion des mains de Jésus Christ, par _Michel Anguier_.

Il y avoit dans cette église, une confrérie de Drapiers-chaussetiers

sous le nom de Notre-Dame-_des-Voûtes_, à cause des voûtes

souterraines qui étoient pratiquées sous le pavé de cet édifice.

Sur les vitrages de Saint-Denis-de-la-Chartre, on voyoit autrefois le

portrait de Jean de la Grange, cardinal d'Amiens, qui en avoit été

prieur; il y étoit représenté avec ses armoiries. Il est probable que

cette peinture fut détruite en 1665, époque à laquelle cette église

fut réparée par la libéralité de la reine Anne d'Autriche, et le

maître-autel refait à neuf[303].

[Note 303: Voy. pl. 26. Cette église a été démolie dans les dernières

années de la révolution, et sur l'emplacement qu'elle occupoit, ainsi

que sur celui de ses dépendances, on a élevé des maisons et pratiqué

l'ouverture du nouveau quai septentrional de la Cité.]

L'enceinte des maisons qui l'environnoient, et qu'on appeloit _le bas

de Saint-Denis_, étoit un lieu privilégié, dépendant du prieuré, et

dans lequel, avant la révolution, les ouvriers qui n'étoient point

maîtres, pouvoient travailler avec toute sûreté et franchise.

SAINT-SYMPHORIEN,

DEPUIS CHAPELLE SAINT-LUC.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8) · 第 16 / 28 段