La tournelle criminelle étoit composée de cinq présidents à mortier,

de six conseillers laïques de la grand'chambre, et de deux de chacune

des enquêtes.

Les trois chambres des enquêtes étoient composées chacune de deux

présidents et de soixante-six conseillers.

Celle des requêtes du palais avoit deux présidents et quatorze

conseillers.

La chambre des requêtes de l'hôtel étoit composée de maîtres des

requêtes. Elle connoissoit des causes des officiers privilégiés.

Anciennement il n'y avoit au parlement de Paris qu'un greffier en chef

civil; un édit du roi, de l'an 1709, créa quatre offices de greffiers

en chef, lesquels furent de nouveau abolis en 1716, pour remettre les

choses sur l'ancien pied. On y comptoit, en outre, un greffier en chef

au criminel, un greffier des présentations, un des affirmations de

voyage; des greffiers plumitifs de la grand'chambre, des greffiers

garde-sacs de la tournelle, etc., un grand nombre d'huissiers, de

procureurs, d'avocats, etc., etc.

Les ducs et pairs[180], dit Sauval, soit qu'ils fussent princes ou

même fils de France, les rois et reines de Navarre, etc., étoient

jadis obligés de donner des roses au parlement, en avril, mai et juin.

On ignore la cause d'une semblable coutume, et l'on n'est pas non plus

fort instruit sur la manière dont elle s'observoit. Nous sommes

seulement certains que le pair qui étoit appelé à faire cette

cérémonie faisoit joncher de roses, de fleurs et d'herbes

odoriférantes toutes les chambres du parlement, et avant l'audience

réunissoit dans un déjeuner splendide les présidents, les conseillers,

et même les greffiers et huissiers de la cour. Il alloit ensuite dans

chaque chambre, faisant porter devant lui un grand bassin d'argent,

lequel contenoit autant de bouquets de roses, d'oeillets, et d'autres

fleurs de soie ou naturelles, qu'il y avoit d'officiers, avec un

pareil nombre de couronnes composées des mêmes fleurs et rehaussées de

ses armes. On lui donnoit ensuite audience dans la grand'chambre, puis

il assistoit à la messe avec le parlement entier. Tant que duroit la

cérémonie, l'audience exceptée, il y avoit un concert de haut bois qui

alloit ensuite donner des sérénades aux présidents avant leur dîner.

Il faut observer de plus, 1º que celui qui écrivoit sous le greffier

avoit son droit de roses; 2º que le parlement avoit son faiseur de

roses, appelé le _rosier de la cour_; 3º que les pairs devoient

acheter de lui celles dont se composoient leurs présents. La

présentation des roses se faisoit généralement par tous ceux qui

avoient des pairies dans le ressort du parlement de Paris.

[Note 180: Lorsque les grands fiefs eurent été réunis à la couronne,

les rois créèrent de nouvelles pairies par lettres-patentes, ce qui ne

s'étoit point pratiqué jusqu'alors. Les premières furent faites sous

Philippe-le-Bel, en faveur des princes du sang seulement, et

long-temps après on en créa pour les princes étrangers, ce qui fut

continué jusqu'au règne de François Ier. Alors toutes les anciennes

pairies laïques étant éteintes, on en créa aussi de nouvelles pour

d'autres seigneurs, qui n'étoient ni princes du sang ni princes

étrangers; et depuis ce temps les créations de duchés-pairies ont été

multipliées à mesure que nos rois ont voulu illustrer des seigneurs de

leur cour.

Les droits et les honneurs des pairs étoient très-étendus. Ils

assistoient au sacre du roi, la couronne en tête, y faisant _fonction

royale_, c'est-à-dire représentant la monarchie, et soutenant tous

ensemble la couronne du roi. Chacun d'eux y exerçoit en outre des

fonctions particulières attachées à sa pairie. En qualité de plus

anciens et de principaux membres de la cour, ils avoient entrée,

séance et voix délibérative en la grand'chambre et aux chambres

assemblées du parlement, chaque fois qu'ils le jugeoient à propos.

Dans leurs causes, tant civiles que criminelles, ils avoient le droit

de n'être jugés que par la cour _suffisamment garnie de pairs_, etc.,

etc., etc.]

Sous le règne de François Ier, il y eut, dit Hénault, dispute entre le

duc de Montpensier et le duc de Nevers, sur la _baillée des roses_ au

parlement. Le parlement ordonna que le duc de Montpensier les

bailleroit le premier, à cause de sa qualité de prince du sang,

quoique le duc de Nevers fût plus ancien pair que lui. Parmi les

princes du sang qui se soumirent à cette cérémonie, on compte encore

les ducs de Vendôme, de Beaumont, d'Angoulême, et beaucoup d'autres.

On trouve même qu'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, s'y assujettit

en qualité de duc de Vendôme. Henri IV, n'étant encore que roi de

Navarre, justifia au procureur général que ni lui, ni ses

prédécesseurs, n'avoient jamais manqué de satisfaire à cette

redevance. Elle a cessé entièrement dans le dix-septième siècle, sans

qu'on en puisse fixer précisément l'époque. Il y a quelque apparence

que ce fut sous le ministère du cardinal de Richelieu.

Le costume des membres du parlement varioit suivant leur rang et leur

qualité. Les princes du sang, les pairs laïques et le gouverneur de

Paris s'y rendoient, vêtus d'un habit de drap d'or ou de velours, ou

de drap noir recouvert d'un manteau, coiffés d'une toque ou bonnet de

velours garni de plumes, et l'épée au côté; l'habit des pairs

ecclésiastiques se composoit d'un rochet et d'une robe de satin

violet, fourrée d'hermine.

Les présidents à mortier portoient le manteau d'écarlate fourré

d'hermine, et le mortier de velours noir[181]. Le premier président

avoit deux galons d'or à son mortier: les autres n'en avoient qu'un.

Les conseillers, avocats et procureurs généraux étoient revêtus d'une

robe écarlate, et coiffés d'un chaperon rouge fourré d'hermine. Les

greffiers en chef portoient la robe rouge avec l'épitoge; et cette

robe étoit également affectée au greffier criminel, aux quatre

secrétaires de la cour et au premier huissier. Celui-ci étoit

distingué par un bonnet de drap d'or, fourré d'hermine et enrichi de

perles. Ces costumes n'ont subi depuis leur origine que peu de

changements, et peuvent, ainsi que celui des ecclésiastiques, nous

donner quelque idée des anciens costumes françois empruntés au

vêtement romain dont ils retracent en effet les formes principales.

[Note 181: Ce mortier indiquoit que, dans leur origine, ils furent

barons, parce qu'il faisoit partie du costume des seigneurs qui

portoient ce titre. Le mortier est encore aujourd'hui la _couronne de

baron_, en termes de blason.]

Nous avons dit que, sous la troisième race, le parlement tenoit

habituellement ses séances à Paris; à cet effet, saint Louis lui

avoit accordé à perpétuité plusieurs salles de son palais, et la

chambre où se tenoit la tournelle criminelle en avoit conservé le

nom de chambre de Saint-Louis. La grand'chambre, à laquelle le

vulgaire donnoit le nom de _chambre dorée_, depuis qu'elle avoit été

réparée par Louis XII, étoit déjà le lieu d'assemblée du parlement

avant Philippe-le-Bel, et on l'appeloit la CHAMBRE DES PLAIDS,

_camera placitorum_. C'est ainsi que le Palais, qui d'abord avoit

été la demeure exclusive de nos rois, se trouva successivement

partagé entre eux et leur _conseil_ ou _cour de justice_.

Après que Charles V l'eut quitté pour aller habiter l'hôtel

Saint-Paul, nous voyons Charles VI y revenir, et y demeurer à diverses

époques. En 1410, lorsque les querelles entre les ducs d'Orléans et de

Bourgogne remplissoient Paris de désordres et de séditions, ce prince

malheureux, qu'une maladie funeste réduisoit à la situation la plus

affreuse où puisse se trouver un roi, à cette extrémité de voir son

autorité impunément envahie par ceux qui étoient nés pour la défendre,

et son peuple victime de leurs dissensions ambitieuses, quitta de

nouveau l'hôtel Saint-Paul, où il ne se croyoit pas en sûreté, pour

venir s'établir au Palais. François Ier y demeuroit encore 1531; et,

cette année-là, il rendit le pain bénit dans l'église de

Saint-Barthélemi, en qualité de premier paroissien.

Charles V, encore dauphin et régent du royaume, habitoit le Palais,

lorsque Étienne Marcel, prévôt de Paris, et chef de la faction appelée

_la Jacquerie_, pénétra jusque dans sa chambre, et y fit massacrer

sous ses yeux Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de

Conflans, maréchal de Champagne. Les corps de ces deux seigneurs

furent traînés dans la cour, devant la pierre de marbre[182], et là

abandonnés à tous les outrages d'une populace aveugle et révoltée.

[Note 182: Cette pierre énorme étoit dans la cour, et ne doit pas être

confondue avec une autre table de marbre qu'on voyoit dans la

grand'salle, et dont nous parlerons tout à l'heure. Toutes les deux

ont disparu dans l'incendie de 1618.]

En 1383, avant l'accident terrible qui le priva entièrement de sa

raison, Charles VI, vainqueur des Flamands, ayant résolu de châtier

sévèrement la faction dite des _Maillotins_, qui, pendant son absence,

s'étoit livrée dans Paris aux plus horribles excès, parut dans cette

même cour aux yeux du peuple, au milieu de l'appareil le plus

majestueux et le plus formidable. Son trône avoit été placé sur un

échafaud, où il monta, accompagné des princes de son sang et des plus

grands seigneurs de sa cour, pour y prononcer sur le sort des

factieux, qui étoient encore dans les prisons; car les plus coupables

avoient été exécutés sur-le-champ. Cette cérémonie effraya tellement

les familles de ces malheureux, qu'on les vit accourir en foule lui

criant _merci_, les hommes, têtes nues, et les femmes échevelées. Le

chancelier d'Orgemont fit un long discours, dans lequel il reprocha à

cette multitude ses révoltes, ses insolences, ses cruautés, et les

outrages qu'elle avoit faits à la majesté royale. Sa harangue finie,

le roi pardonna, à la prière de ses oncles, qui l'en supplièrent à

genoux; et le supplice que les coupables avoient mérité fut changé en

une amende pécuniaire.

Cette place sembloit être destinée aux représentations solennelles;

car long-temps auparavant, en 1314, Philippe-le-Bel y avoit également

paru sur son trône, et dans tout l'appareil de sa puissance, pour

demander un emprunt aux députés des principales villes de son royaume,

qu'il avoit fait assembler[183].

[Note 183: Ce fut la seconde assemblée de ce genre où le _tiers-état_

eût été admis à délibérer des affaires publiques; et la première avoit

été tenue sous le même roi. Avant cette époque, il n'y avoit eu

d'autre assemblée représentative de la nation que le _parlement

général_; et l'on ne connoissoit que deux ordres dans l'État, le

clergé et la noblesse.]

La grand'salle de ce palais étoit aussi consacrée à des solennités

extraordinaires. C'étoit là qu'étoient reçus les ambassadeurs, que se

donnoient les festins d'apparat, que l'on faisoit les noces des

enfants de France. En 1378, Charles V y reçut l'empereur Charles IV,

qui étoit venu le visiter avec son fils Venceslas, roi des Romains.

Les trois souverains dînèrent dans la grand'salle, au milieu d'une

foule de seigneurs; et après le repas on y joua devant eux une espèce

de tragédie, représentant la prise de Jérusalem par Godefroi de

Bouillon. L'empereur grec, Manuel Paléologue, et l'empereur Sigismond,

roi de Hongrie, y furent accueillis depuis par Charles VI, avec cette

grandeur et cette noblesse qui a toujours éclaté dans les procédés de

nos rois envers les souverains étrangers. Le dernier de ces deux

princes en abusa par d'étranges indiscrétions. Ayant eu la curiosité

de voir plaider une cause au parlement, il s'y assit sur le siége du

roi, ce qui déplut d'abord à tout le monde; mais le mécontentement fut

à son comble lorsqu'on le vit, au milieu de la séance, faire approcher

une des deux parties, à qui son adversaire reprochoit de ne pas être

chevalier, et lui faire gagner sa cause en lui donnant l'accolade et

les éperons. Toutefois on dissimula, «parce qu'il étoit, dit Sauval,

partisan du duc de Bourgogne, qui gouvernoit alors la France, et dont

le parti étoit tout-puissant.»

Les voûtes de la grand'salle étoient autrefois en bois, et soutenues

par des piliers de même matière, enrichis de dorures, sur un fond

couleur d'azur; dans les espaces qui les séparoient, s'élevoient les

statues de nos rois, depuis Pharamond, avec une inscription qui

apprenoit le nom de chaque roi, la durée de son règne et l'année de

sa mort. À l'un des bouts s'élevoit une chapelle que Louis XI avoit

fait bâtir, et qui fut reconstruite depuis. On voyoit à l'autre

extrémité une table de marbre de la plus grande dimension, sur

laquelle se faisoient les festins royaux. Les empereurs, les rois, les

princes du sang, les pairs de France et leurs femmes avoient seuls le

droit d'y manger; on dressoit d'autres tables pour le reste de la

cour. Par un contraste assez singulier, les clercs de la Basoche

eurent, pendant près de trois siècles, le privilége de faire de cette

table le théâtre des _farces_, _moralités_ et _sotties_ qu'ils

représentoient dans le Palais.

Le 7 mai de l'an 1618, un incendie, dont on n'a jamais pu connoître la

cause, détruisit cette salle antique et magnifique, la chapelle et une

grande partie des bâtiments du Palais. Ce fut alors que fut construite

la grand'salle que nous y voyons aujourd'hui. Un nouvel incendie,

arrivé le 10 janvier 1776, ayant consumé tous les bâtiments qui

s'étendoient depuis la galerie des prisonniers jusqu'à la

Sainte-Chapelle, on acheva d'en abattre les débris, pour y établir une

construction nouvelle et régulière, qui, accordant entre elles tant de

parties incohérentes, annonçât, avec quelque dignité, un édifice de

cette importance. La description de ces deux parties modernes du

Palais est la seule qu'il soit possible de faire; car on tenteroit

vainement de donner l'histoire de tous les changements survenus dans

ce labyrinthe inextricable de bâtisses, qui n'offrent plus que des

fragments informes, des souvenirs incertains, et dont deux accidents

si terribles ont achevé de rendre méconnoissables les plans primitifs.

L'architecte du palais du Luxembourg, le célèbre Desbrosses, fut

chargé de la reconstruction de la grand'salle, et la termina en 1622.

Elle se compose de deux immenses nefs collatérales, voûtées en pierres

de taille, et séparées entre elles par un rang d'arcades qui portent

sur des piliers. De grands cintres vitrés, pratiqués à l'extrémité de

chaque nef, y répandent une lumière peut-être insuffisante; mais il

n'en est pas moins vrai que cette manière d'éclairer a quelque chose

de noble et d'imposant. La décoration en est d'ordre dorique, et cette

sévérité d'ornement convient à son caractère. Desbrosses s'y est

permis, tant dans l'ajustement de l'ordre lui-même que dans sa frise,

des disparates qu'on n'aime pas à rencontrer dans un genre

d'architecture dont la régularité fait la principale condition; les

deux arcades du bout de la salle présentent aussi quelque chose

d'irrégulier, et l'on remarque qu'il y a un demi-pilastre de moins du

côté de la plus petite. Quoi qu'il en soit, ce monument fait honneur

au génie de l'architecte et à celui de son siècle. Il présente dans sa

disposition générale un caractère de grandeur, une manière large et

bien prononcée qui ne s'est plus retrouvée depuis, même dans les

édifices du siècle de Louis XIV[184].

[Note 184: _Voy._ pl. 13.]

Le dépôt des archives, placé dans le comble au-dessus de ses voûtes,

et d'une construction beaucoup plus moderne, mérite d'être remarqué.

Cette pièce, qui renferme des registres et des manuscrits précieux

échappés aux précédents incendies, est d'une fabrication extrêmement

ingénieuse, et fait honneur à M. Antoine, son inventeur. La

grand'salle, qu'on appelle aussi _salle des pas perdus_, sert de

promenoir aux gens du Palais, et donne entrée dans diverses pièces

plus ou moins étendues, qui, de même que dans l'ancien ordre,

renferment les tribunaux, les greffes et autres services. Au reste,

leurs distributions, qui se sont opérées successivement, ne tiennent à

aucun plan général, et n'offrent aucun ensemble qui mérite d'être

décrit.

Il nous reste à faire connoître les nouveaux travaux qui ont été

exécutés pour opérer le raccordement des diverses parties du Palais,

après le dernier incendie, et avec l'intention d'y joindre une

décoration extérieure. La direction en fut confiée à MM. Moreau,

Desmaisons, Couture et Antoine, membres de l'Académie d'architecture;

et leur plan embrassa non-seulement la cour actuelle, mais un projet

d'alignement dans les rues adjacentes, ainsi que la place

demi-circulaire qui fait face au principal corps-de-logis.

Celui-ci est bâti au fond de la cour, sur un perron formé par un grand

escalier, dont l'élévation donne assez de noblesse à cette masse, peu

remarquable d'ailleurs par son caractère. Un corps avancé de quatre

colonnes doriques en orne la façade, composée du reste d'un rang

d'arcades à rez-de-chaussée, et de fenêtres en attique; une sorte de

dôme quadrangulaire couronne l'édifice. Au bas du perron, et de chaque

côté, sont deux arcades, dont l'une sert de passage, et l'autre donne

entrée dans la _Conciergerie_, prison bâtie sur le terrain où étoit

autrefois le jardin de nos rois. On le nommoit alors _le Préau du

Palais_.

Les deux ailes de la cour sont composées d'un étage d'arcades à

rez-de-chaussée, servant de soubassement sur la rue à une ordonnance

dorique, dans la hauteur de laquelle sont compris deux étages. Dans

l'aile à droite est un grand escalier richement orné, par lequel on

entre dans la grand'salle du Palais. Une grille de fer qui ferme la

cour réunit ces deux ailes. Cet ouvrage est vanté, et peut avoir du

mérite sous le rapport de la serrurerie; mais les gens de goût voient

avec peine qu'on ait consacré une dépense considérable à un genre de

travail peu intéressant en lui-même, lorsqu'on pouvoit produire, à

moins de frais, et par les moyens de l'architecture, une clôture plus

noble et plus analogue au monument. Les ornements, d'ailleurs, en sont

lourds et d'un mauvais choix[185].

[Note 185: _Voy._ pl. 12.]

Cette cour se nomme encore _cour du Mai_, à cause de l'ancien usage où

étoient les suppôts de la Basoche d'y planter tous les ans, le dernier

samedi du mois de mai, un arbre très-élevé, après avoir abattu celui

de l'année précédente. Des deux côtés de cet arbre étoient attachées

les armes de ce corps burlesque, lesquelles étoient d'azur à trois

écritoires d'or, avec deux anges pour support. On sait que la Basoche,

dont l'origine est très-ancienne, étoit une espèce de juridiction

composée de la communauté des clercs du parlement de Paris. Ils y

jugeoient les différends qui pouvoient naître entre eux, et

quelquefois même ils s'y exerçoient à plaider des causes sur des

questions difficiles et singulières. Ce tribunal avoit une foule

d'offices et de dignités, entre autres un chancelier, un trésorier,

des maîtres des requêtes. Il y avoit même autrefois un roi de la

Basoche.

CURIOSITÉS DU PALAIS DE JUSTICE.

TABLEAUX.

Dans la chapelle de la cour, laquelle occupoit tout

l'avant-corps du milieu, les quatre Évangélistes, par

_Brenet_; la Foi, l'Espérance et la Charité, par _Renou_.

Dans la deuxième chambre, un Christ par _Beauvoisin_.

Dans la troisième chambre, un Christ, et le portrait de

Louis XIV, d'après _Largillière_, par _Giroux_.

Dans la salle du conseil, un Christ, et le portrait de Louis

XVI, par _Guérin_.

Dans les bâtimens de la chambre des comptes, plusieurs

tableaux du Christ par _Dumont le Romain_; la Madelaine au

pied de la croix, par _Bourdon_.

SCULPTURES.

Sur l'escalier qui conduisoit à la cour des aides, la statue

de la justice par _Gois_.

Sur l'autel de la chapelle, un Christ par _Bouchardon_; les

médaillons de Charlemagne et de saint Louis par le même.

Au-dessus de l'archivolte de l'entrée de la galerie

Mercière, le médaillon de Louis XVI; et deux statues

représentant l'Étude des lois et l'Éloquence, par _Lecomte_.

Tel est l'état actuel du Palais: le nouveau plan que les circonstances

n'ont pas permis d'achever entièrement, en auroit coordonné toutes les

parties, dans lesquelles on remarque encore des irrégularités[186].

[Note 186: On projette, dit-on, de nouvelles additions à la

restauration de la partie de cet édifice qui donne sur le quai de

l'Horloge. Déjà une partie des échoppes qui l'obstruoient du côté du

pont au Change ont été abattues; on y a fait, de ce même côté,

quelques réparations; et dans ce moment on y élève des constructions

destinées à masquer l'aspect irrégulier et désagréable de ces vieux

bâtiments; on y fait entre autres une nouvelle porte d'entrée.]

Vis-à-vis le pont au Change est une tour carrée qui, de ce côté, forme

l'angle des bâtiments du Palais, et en est une dépendance. C'est là

que fut placée la première grosse horloge qu'il y ait eu à Paris. Elle

fut faite en 1370, par un horloger allemand nommé Henri de Vic, que

Charles V fit venir en France. Le cadran en fut réparé sous le règne

de Henri III, décoré des figures de la Force et de la Justice; et un

même écusson y offroit réunies les armes de France et celles de

Pologne[187]. La cloche qu'on nommoit _tocsin du Palais_, et qui étoit

au sommet de cette tour, fut fondue à la même époque; et l'on voit

encore, dans la partie la plus élevée, le petit _lanternon_ au milieu

duquel elle étoit suspendue.

[Note 187: Ces armoiries furent détruites pendant la révolution: les

figures ont été épargnées.]

Dans l'enceinte de la cour du Palais, et vis-à-vis la Sainte-Chapelle,

étoit une petite église sous l'invocation de Saint-Michel, dont

l'érection remonte au-delà du règne de Philippe-Auguste. Elle a donné

son nom au pont du petit cours de l'eau qui lui étoit parallèle, et à

la partie de la rue de la Barillerie qui aboutit à ce pont. Cette

église a été démolie lors des nouvelles constructions.

Dans la même cour, vis-à-vis la façade de la même chapelle, est le

bâtiment nouveau de la chambre des comptes, lequel n'a rien de

remarquable dans son architecture; l'ancien qu'il a remplacé avoit été

élevé sous Louis XI, et fut aussi détruit par un incendie en 1737; de

manière que tous les monuments que renferme cette enceinte ont été

tour à tour la proie des flammes. Une arcade placée sur le flanc

gauche de cet édifice, et dont les ornements ont été sculptés par le

célèbre _Jean Goujon_, sert de communication avec l'hôtel dans lequel

demeuroit autrefois le premier président de cette cour.

Derrière ces édifices sont encore l'hôtel et le jardin de la première

présidence du parlement[188]. Un passage ouvert dans le milieu de la

rue de Harlay conduit dans la cour Neuve[189], par laquelle on entre

dans la partie postérieure du Palais, et de là, dans la galerie dite

des _Merciers_; la communication avec la Sainte-Chapelle se fait par

une galerie latérale en face du perron.

[Note 188: Maintenant hôtel de la préfecture de police.]

[Note 189: Maintenant cour de Harlay.]

GRAND CONSEIL, CHAMBRE DES COMPTES, COUR DES AIDES.

GRAND CONSEIL.

Par tout ce que nous avons dit sur l'origine du parlement, nous

croyons avoir assez prouvé que la plus grande de toutes les erreurs

seroit de supposer que tous les droits et toutes les fonctions qui

avoient appartenu à la totalité des conseillers royaux, formant ce que

nous avons appelé _la cour du roi_, eussent été transportés à cette

portion de son conseil qui fut députée pour tenir _sa cour de

justice_. Et en effet nous avons vu que, suivant que le roi y

assistoit, ou qu'elle étoit suffisamment garnie de pairs, ou qu'elle

étoit présidée par des conseillers _principaux_, ou qu'elle se

composoit seulement de ses conseillers _ordinaires_, cette cour

changeoit de caractère, de compétence et d'attributions. Ces

distinctions ne cessèrent point d'être observées, après que nos rois

eurent établi la permanence du parlement.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8) · 第 10 / 28 段