Pour bien faire entendre l'histoire des églises, il est nécessaire que

nous jetions un coup d'oeil général sur l'établissement de la religion

chrétienne en France, que nous examinions l'influence qu'elle a

exercée sur l'esprit de la nation, et quelle fut l'existence civile

et politique de ses ministres aux différentes époques de la monarchie.

Ces observations nous conduiront à une explication claire de l'origine

et de l'accroissement de tant d'établissements religieux, de tant de

pieuses fondations que Paris renfermoit dans son sein, et qui, pendant

une si longue suite de siècles, ont produit des effets si salutaires

sur sa police et ses moeurs.

Toutefois, avant d'offrir un semblable tableau, qui se place

naturellement à l'endroit où nous traiterons des paroisses et des

monastères de la Cité, nous croyons devoir faire la description de la

Sainte-Chapelle[123], non seulement parce que, dans l'ordre itinéraire

que nous suivons, elle est la première église que l'on rencontre en

sortant de la place Dauphine, mais par la raison plus forte que cette

église séculière n'avoit de rapport avec aucune autre église de

Paris, et fut bâtie par un saint roi pour une destination toute

particulière.

[Note 123: Le mot _chapelle_ a diverses acceptions: il signifie

quelquefois une église particulière, qui n'est ni cathédrale, ni

collégiale, ni paroisse, ni abbaye, ni prieuré. Ces sortes de

chapelles sont celles que les canonistes appellent _sub dio_.

On désigne aussi sous le nom de _chapelle_ une partie d'une grande

église dans laquelle il y a un autel, et où l'on dit la messe.

Celles-ci sont appelées _sub tecto_.

Enfin il y a des chapelles domestiques dans l'intérieur des

monastères, hôpitaux, communautés, dans les palais des princes et

autres maisons particulières. Ce sont proprement des oratoires privés,

dans lesquels on a obtenu la permission de faire célébrer le saint

sacrifice. On appelle spécialement _saintes chapelles_ celles qui sont

établies dans les palais des rois.]

Les croisades avoient apporté de grands changements dans la situation

de l'Europe et de l'Asie. Après de longs combats, les croisés, maîtres

des saints lieux et de toute la Palestine, s'étoient emparés de

Constantinople, par une suite des divisions qui, dès le commencement,

n'avoient cessé de régner entre eux et les Grecs; et ils y avoient

fondé un nouvel empire. Il ne fut pas de longue durée. Après plusieurs

règnes, tous malheureux et continuellement agités, les affaires en

vinrent à une telle extrémité, que les Latins, manquant de vivres,

assiégés par terre et par mer, abandonnés par un grand nombre de leurs

principaux chefs, n'ayant plus enfin aucune ressource, se virent dans

la triste nécessité d'engager une partie des reliques du trésor

impérial, pour subvenir à leurs besoins les plus pressants; et les

Vénitiens sembloient disposés à recevoir un tel gage pour sûreté d'une

somme considérable qu'ils consentoient à prêter. Baudouin, héritier de

l'empire, que l'empereur Jean de Brienne avoit envoyé solliciter des

secours auprès de saint Louis, le supplia, ainsi que la reine Blanche

sa mère, de ne pas permettre que la Couronne d'épines, la plus vénérée

de ses reliques, fût portée ailleurs qu'en France; et lui proposa,

s'il vouloit l'empêcher de tomber entre les mains de ces insulaires,

d'accepter le don qu'il lui en faisoit. Le monarque écouta avec joie

une proposition si flatteuse pour sa piété, et envoya des ambassadeurs

à Constantinople, avec tout pouvoir pour acquérir la sainte Couronne,

et la retirer des mains des Vénitiens, si elle étoit déjà engagée. Ces

envoyés s'acquittèrent avec succès de leur mission, trouvèrent aide et

protection par tous les pays où ils passèrent, et revinrent

heureusement en France. Dès que le roi fut informé de leur retour, il

alla jusqu'à Troyes au-devant de la précieuse relique, avec la reine

sa mère, ses frères et un nombreux cortége de seigneurs, entra avec

elle à Sens, portant lui-même le brancard sur lequel elle étoit

déposée, et l'accompagna jusqu'à Paris, où l'on arriva, après huit

jours de marche, le 18 août 1239[124]. Une foule immense de peuple

l'attendoit hors de la ville, près l'église Saint-Antoine-des-Champs,

impatiente de jouir d'un spectacle aussi auguste. Là, sur un échafaud

qui avoit été dressé à l'avance pour cette cérémonie, la sainte

Couronne fut exposée à tous les yeux. Tout le clergé vint

processionnellement au-devant d'elle, et chaque église apporta ses

plus précieux reliquaires. Alors le roi, déposant ses habits royaux,

les pieds nus, et revêtu d'une simple tunique, se chargea de nouveau

du brancard avec le comte d'Artois son frère. Un grand nombre

d'évêques, d'abbés, de seigneurs marchoient devant, tête et pieds nus;

dans ce touchant appareil, la sainte Couronne fut portée à la

cathédrale, et de là déposée à la chapelle du Palais, dédiée alors

sous le nom de Saint-Nicolas.

[Note 124: Duchesne, t. V, p. 411.]

Cette chapelle avoit été bâtie par le roi Robert, deux cents ans avant

saint Louis[125]. Les historiens ne sont point d'accord sur l'endroit

où elle étoit située; cependant tout porte à croire que c'étoit dans

l'emplacement même où s'élève l'édifice que nous voyons aujourd'hui:

et déjà cette chapelle de Saint-Nicolas avoit remplacé une première

chapelle bâtie par les rois de la première race, et dédiée sous le nom

de saint Barthélemi. On croit que nos monarques avoient en outre des

oratoires particuliers dans l'intérieur de leur palais, un entre

autres au titre de la Vierge, dans lequel saint Louis transporta les

reliques qu'il avoit acquises, tandis qu'il faisoit bâtir un monument

plus digne de les recevoir.

[Note 125: Duchesne, t. IV, p. 77. Un mémoire manuscrit, conservé dans

les archives de la Sainte-Chapelle, reculoit cette fondation jusqu'à

l'année 922. Quoi qu'il en soit, il est hors de doute que cette

chapelle fut rebâtie par Louis-le-Gros, et la preuve en est dans les

lettres de Louis VII de l'an 1160. (Dubois, Hist. ecclés.; Par., t. 1,

p. 154.)]

Il en avoit conçu le projet aussitôt que la sainte Couronne avoit été

entre ses mains: un événement nouveau, qui le rendit maître de

presque toutes les reliques de la chapelle impériale de

Constantinople, le confirma dans cette résolution. Baudouin, parvenu à

l'empire, et non moins malheureux que son prédécesseur, n'avoit pu

faire autrement que d'engager encore ces restes sacrés pour une somme

considérable: il en fit l'abandon au roi dont il attendoit de nouveaux

secours, aux mêmes conditions que la sainte Couronne. Ces saintes

reliques dont nous allons donner le détail furent énoncées dans un

acte authentique, daté du mois de juin 1247, signé de ce prince, acte

par lequel il confirmoit la donation qu'il en avoit faite. Cette pièce

étoit conservée, avant la révolution, dans les archives de la

Sainte-Chapelle.

Un célèbre architecte de ce temps, nommé Eudes de Montreuil, fut

chargé de la construction de la nouvelle chapelle; et l'on croit que

ce fut en 1240 qu'en furent jetés les premiers fondements. Il y

déploya une grande habileté, et y employa tout le luxe d'ornement,

toute la légèreté de construction que l'architecture gothique avoit

empruntée des Arabes, et qui en faisoit alors le principal caractère.

Ce monument est travaillé avec toute la délicatesse d'une châsse en

orfévrerie; et après six cents ans, c'est encore un des édifices les

plus curieux et les plus élégants de Paris. Il fut achevé et dédié en

1248.

Cette église est double, et formée d'une seule nef: la chapelle

supérieure, à laquelle on monte par un escalier de quarante-quatre

degrés, est précédée d'un vestibule en forme d'ogives, que couronne

une plate-forme. Cette plate-forme, qui se trouve au niveau de la

rose, est terminée par une balustrade ornée d'aiguilles; une seconde

balustrade règne à la base du fronton qu'accompagnent deux autres

aiguilles, dont la hauteur surpasse son sommet. Le corps entier de

l'édifice se compose de jambages très-légers, qui se rapprochent les

uns des autres dans la partie du rond-point, et que surmontent

également des aiguilles extrêmement délicates. Les intervalles en sont

remplis par de longues croisées en ogives, au-dessus desquelles

s'élève encore un mur d'appui qui parcourt toute l'étendue du

monument[126].

[Note 126: La gravure extrêmement fidèle que nous donnons de la

Sainte-Chapelle (_voy._ pl. 11) offrira sur-le-champ une idée plus

exacte de cet édifice que tout ce que nous pourrions en dire; et

généralement la description des monuments gothiques par le simple

discours a toujours quelque chose de vague, parce que les termes

consacrés à l'architecture ne peuvent y être employés que dans une

acception détournée, et par conséquent arbitraire.]

Le portail de la chapelle supérieure, dont l'arcade est aussi en forme

d'ogive, est dépouillé de tous les ornements de sculpture dont il

étoit décoré, et la place qu'ils occupoient se trouve maintenant

recouverte d'un enduit de maçonnerie. Ces sculptures, suivant l'usage

des douzième et treizième siècles, représentoient le jugement dernier.

Au pilier qui sépare les deux battants de la porte étoit une statue de

Jésus-Christ bénissant de la main droite, et tenant un globe de la

gauche. Dans le support on avoit sculpté les Prophètes; des deux côtés

on voyoit des hiéroglyphes (ce qui étoit encore un usage de ces

temps-là), et quelques traits de l'Écriture sainte, entre autres

l'histoire de Jonas. Au-dessous un écusson offroit la fleur de lys

mêlée aux armes de Castille, par allusion à Blanche, mère du

fondateur[127].

[Note 127: _Voy._ pl. 25.]

Les vitraux, qui existent encore, sont un monument précieux de ce

qu'étoit la peinture sur verre à l'époque du treizième siècle.

L'état de barbarie où languissoient alors tous les arts qui

dépendent du dessin, porte à croire que, dans ces temps-là, elle ne

différoit guère de ce qu'elle avoit été dans son origine, laquelle

toutefois remonte en France à une époque beaucoup plus reculée; car,

dès le sixième siècle, il est question de vitres peintes dans les

vieilles chroniques. Celles de la Sainte-Chapelle sont remarquables

par leur hauteur, la variété et la vivacité de leurs teintes.

L'ordonnance des tableaux qu'elles représentent est bizarre, leur

fabrication plate et sans effet; le dessin des figures, tracé sur un

fond uni, est accompagné seulement de quelques hachures, afin de

donner un peu de relief au sujet, et ce dessin est tout-à-fait

barbare; mais cette vivacité éblouissante des couleurs, que tant de

siècles n'ont pu altérer, fait encore l'étonnement et l'admiration

des connoisseurs[128]. Nous verrons, dans les âges suivants, l'art

de la peinture sur verre se perfectionner sous le rapport du style

et du dessin, mais sans jamais surpasser ni peut-être égaler cet

admirable coloris. Ces vitraux, qui représentent divers traits de

l'Ancien et du Nouveau Testament, sont tous du temps de la

construction de l'église, à l'exception de celui qui est au-dessus

de la porte, et qui a pour sujet les visions de l'Apocalypse. On le

croit de la fin du quatorzième siècle.

[Note 128: De là le proverbe: _Vin de la couleur des vitres de la

Sainte-Chapelle._]

L'édifice inférieur, qu'on nomme _basse Sainte-Chapelle_, servoit

autrefois de paroisse aux domestiques des chanoines et chapelains, aux

habitants de la cour du Palais, et à toutes les personnes attachées au

service de la Sainte-Chapelle[129]; on y entroit par une porte

latérale, maintenant obstruée par des échoppes. Les épitaphes d'un

grand nombre de chanoines et dignitaires qui ont été enterrés dans ses

caveaux en formoient le pavé; et dans ces mêmes caveaux étoit déposé

le corps du célèbre Boileau: le poète reposoit auprès de ses héros,

et, dit-on, sous la place même du lutrin qu'il avoit chanté[130]. Sur

le portail étoit une image de la Vierge, qui a été renversée et

détruite[131], ainsi que toutes les figures placées dans les niches

extérieures latérales. Autour des murs intérieurs règne un rang de

colonnes extrêmement déliées, qui sont les seuls supports de l'édifice

supérieur.

[Note 129: Ce privilége lui avoit été accordé par une bulle de Jean

XXII du 5 août 1320.]

[Note 130: Ses restes avoient été transportés, pendant la révolution,

dans le jardin du Musée des monuments français, rue des

Petits-Augustins; et dans la première édition de cet ouvrage, nous

avions laissé entrevoir ce que nous trouvions d'indécent dans cette

étrange translation. Depuis le retour du Roi, ils ont été portés à

Saint-Étienne-du-Mont, et déposés dans une chapelle de cette église.]

[Note 131: Dans l'origine, la Sainte-Chapelle avoit un clocher, qui

fut brûlé en 1630, avec le comble de l'édifice, par la négligence d'un

plombier qui y travailloit; à sa place on éleva une flèche que l'on

considéroit comme un modèle de hardiesse et de légèreté. Elle a été

démolie dans les premiers temps de la révolution.]

Cette église basse étoit desservie par un curé vicaire perpétuel, à la

nomination du trésorier à qui appartenoit la place de curé primitif.

Dans les titres de fondation de la Sainte-Chapelle, il n'est fait

mention que de _chapelains_; et saint Louis, qui porta le nombre total

des desservants jusqu'à vingt et un, en établit en effet cinq

principaux[132]. Cependant on ne peut douter que les membres

supérieurs de ce chapitre n'aient été honorés du titre de _chanoines_

dès les premiers temps[133]; et un réglement de Charles V, du mois de

janvier 1371, ne laisse aucun doute à ce sujet[134]. Leur chef, qui

dans l'origine étoit appelé _maître chapelain_ ou _maître gouverneur

de la Sainte-Chapelle_, reçut, en 1314, le titre de _trésorier_, dans

le testament de Philippe-le-Bel, comme étant spécialement chargé de la

garde du trésor des saintes reliques. En 1379, Clément VII lui accorda

le privilége de porter la mitre et l'anneau. La dignité de _chantre_

avoit déjà été fondée, en 1319, par Philippe-le-Long. Du reste, cette

basilique, qui jouissoit de tous les priviléges et prérogatives

accordés aux églises de fondation royale, avoit encore l'avantage

d'être exempte de la juridiction épiscopale, et de relever

immédiatement du saint Siége.

[Note 132: Après ces cinq principaux chapelains, on comptoit cinq

sous-chapelains-prêtres, cinq clercs, diacres ou sous-diacres, et deux

marguilliers, aussi diacres ou sous-diacres. En 1248, le saint roi

ajouta un troisième marguillier, ordonna que tous les marguilliers

fussent prêtres, et qu'ils eussent chacun un clerc, diacre ou

sous-diacre. Leur nombre s'augmenta sous ses successeurs jusqu'à

quarante-cinq. Celui des chapelains fut réduit à vingt par arrêt du

réglement du 19 mai 1681. (Duchesne, t. V, p. 533.)]

[Note 133: Il y est dit que «lesdits trésorier et chanoines porteront

à l'avenir des aumusses de petit-gris, fourrées de menu-vair, au lieu

des noires qu'ils portoient avant, parce qu'à peine on pouvoit les

distinguer des chapelains, et que très-souvent on leur donnoit ce

dernier nom, au lieu de celui qui leur appartenoit.» _Quia vix possunt

propriè recognosci vel distingui, et sæpissimè dicuntur capellani et

non canonici._]

[Note 134: Duchesne, t. V, p. 533.]

CURIOSITÉS DE LA SAINTE-CHAPELLE.

RELIQUES ET AUTRES OBJETS PRÉCIEUX.

Dans une grande arche de bronze doré appelée _la grande

châsse_ de la Sainte-Chapelle, et qui étoit placée sur une

voûte gothique, derrière le maître autel, étoient renfermées

les reliques données à saint Louis par l'empereur Baudouin;

elles y étoient conservées dans des tableaux et des vases de

cristal. En voici le détail:

1º La couronne d'épines de Notre-Seigneur; 2º une grande

partie du bois de la vraie croix; 3º un morceau du fer de la

lance; 4º une portion du manteau de pourpre; 5º des morceaux

du roseau et de l'éponge; 6º des drapeaux de son enfance; 7º

le linge dont il se servit au lavement des pieds; 8º des

cheveux de la sainte Vierge; 9º une portion de son voile;

10º le haut du chef de saint Jean-Baptiste; 11º un morceau

de la pierre du sépulcre, et plusieurs autres reliques non

moins précieuses[135].

[Note 135: Presque toutes ces reliques étoient accompagnées

de leurs pièces justificatives. L'auteur de l'histoire de la

Sainte-Chapelle ne les considère pas toutes néanmoins comme

authentiques; et nous partageons les doutes qu'il élève à ce

sujet.]

Dans deux grandes armoires placées dans la sacristie, un

grand nombre de reliquaires en or et en argent, enrichis de

pierres précieuses, et contenant les reliques d'un grand

nombre de saints, apôtres, martyrs, confesseurs, etc., entre

autres, de St. Pierre, de St. Matthieu, de St.

Jacques-le-Mineur, de St. Siméon, de St. Philippe, de St.

Étienne, premier martyr, de St. Jérôme, de St. Martin, de

St. Dominique, de St. Georges, de Ste. Barbe, de Ste.

Ursule, etc.

Une croix qui fut faite par ordre de Henri III, et en vertu

de lettres-patentes données à Paris en 1575. Elle étoit

d'argent doré ainsi que son pied supporté par quatre figures

de lions. Le bois de la _vraie croix_[136] en couvroit tout

le milieu; et cette croix, toute chargée de pierres

précieuses, portoit un Christ en or massif.

[Note 136: Il étoit partagé en douze morceaux plaqués,

formant une croix d'un pouce de large sur neuf pouces une

ligne de haut, et de sept pouces neuf lignes dans la

traverse.]

Le chef de saint Louis en or, de grandeur naturelle, soutenu

par quatre anges, et garni de pierres précieuses.

L'étui dans lequel avoit été apporté en France le principal

morceau de la vraie croix donné par saint Louis à la

Sainte-Chapelle. Cet étui, garni en dedans d'une lame

d'argent doré, paroissoit, par les creux intérieurs qui y

avoient été pratiqués, avoir contenu trois morceaux de la

vraie croix, sous la forme de trois croix grecques de

différentes proportions. Le plus considérable, celui qui fut

déposé dans la _grande châsse_, et qui étoit le plus grand

que l'on connût, avoit, lorsqu'il fut apporté à la

Sainte-Chapelle, de largeur deux pouces sur un pouce et demi

d'épaisseur, et deux pieds six pouces sept lignes de

hauteur. Dans la partie supérieure de ces creux intérieurs

de l'étui, étoient représentés quatre anges en adoration, et

dans la partie inférieure, sainte Hélène et son fils

Constantin debout au pied de la croix.

Deux manuscrits contenant des textes d'Évangiles, ornés de

vignettes, recouverts de plaques d'or et d'argent ciselées,

d'émaux, de pierres précieuses; l'un du 14e siècle, l'autre

d'une très-haute antiquité.

Trois croix, désignées sous les noms de croix de Bourbon,

croix de Venise, croix de Bavière, enrichies de pierres du

plus grand prix.

Des calices, des soleils, des figures en ivoire, en or, en

argent; d'anciens missels, d'anciens ornemens, etc., etc.

Tous ces objets étoient remarquables à la fois par leur

richesse et par leur haute antiquité.

Un buste d'agate-onyx qui servoit d'ornement au bâton

cantoral dans les grandes solennités. On avoit cru que ce

buste offroit une image de l'empereur Valentinien III; et

l'on y avoit adapté une draperie en vermeil et deux bras en

argent qui portoient, de la main droite, une couronne

d'épines, de la gauche, une croix grecque en vermeil. Depuis

on a reconnu que ce buste étoit celui de l'empereur

Titus[137].

[Note 137: Il est déposé au cabinet des antiquités de la

bibliothèque Royale.]

La fameuse sardoine-onyx à trois couleurs, représentant

l'apothéose d'Auguste: cette pierre gravée, unique dans le

monde par son volume, et dans laquelle la beauté du travail

répond au prix de la matière, avoit été donnée à la

Sainte-Chapelle en 1379, ainsi que l'attestoit une

inscription gravée sur le socle. On ignore comment et à

quelle époque cette agate a été apportée en France. Il

paroît, par les ornements dont elle étoit entourée, que, dès

le temps où elle appartenoit aux empereurs grecs,

l'ignorance en avoit fait un sujet de piété[138]. On croyoit

qu'elle représentoit le triomphe de Joseph. Le piédestal en

étoit orné de reliques; il étoit d'usage de l'exposer aux

bonnes fêtes, et il arrivoit quelquefois de la porter

processionnellement[139]. Ceci dura jusqu'en 1619, que le

savant M. Peiresc reconnut le véritable sujet de ce

bas-relief qui est l'apothéose d'Auguste[140].

[Note 138: Les Grecs avoient fait peindre en émail les

quatre Évangélistes aux quatre coins de la plaque dont elle

étoit entourée.]

[Note 139: On l'appeloit alors le _grand camaïeu_.]

[Note 140: Déposé au cabinet d'antiquités de la bibliothèque

Royale, ainsi qu'un grand nombre des antiquités dont nous

venons de donner l'énumération.]

Au-dessous du maître-d'autel, sous la crosse de l'ostensoir,

le modèle de la Sainte-Chapelle en vermeil et dans la

proportion de 3 à 4 pieds. Cet ouvrage, d'un travail

extrêmement délicat, que plusieurs ont cru aussi ancien que

l'édifice même, n'avoit été exécuté qu'en 1630 par Pijard,

orfèvre, garde des reliques de la Sainte-Chapelle, et étoit

un don de Louis XIII.

TABLEAUX.

Sur deux petits autels séparés par la porte du choeur, deux

petits tableaux en émail, formant différents cartouches où

étoient représentés des sujets de la passion de

Notre-Seigneur. Dans celui de la droite, on voyoit Henri II

et Catherine de Médicis; dans celui de la gauche, François

Ier et la reine Éléonore son épouse. Ces deux tableaux,

exécutés en 1553, étoient de Léonard Limosin, émailleur,

peintre de la chapelle du roi.

Du côté de l'épître, et dans une petite chapelle, appelée

oratoire de saint Louis, où ce monarque se retiroit pour

entendre l'office, un grand tableau représentant l'intérieur

de la grande châsse, avec toutes les reliques dans l'ordre

où elles y étoient rangées, et saint Louis à genoux devant

ces reliques.

Sur la croisée, saint Louis à genoux devant une croix

entrelacée d'une couronne d'épines.

SCULPTURES.

Un modèle en terre cuite de la Notre-Dame-de-Pitié que

_Germain Pilon_ avoit exécutée en marbre pour le roi. La

Vierge y est représentée assise, la tête voilée, les mains

croisées. On admire surtout l'expression de la tête[141].

[Note 141: Déposé au Musée des Petits-Augustins.]

Sur des trumeaux autour de l'église, les figures des douze

apôtres, d'un gothique meilleur que celui des figures du

portail, ce qui a fait présumer qu'elles étoient d'un temps

postérieur à la construction de l'édifice.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Le célèbre Montreuil, architecte de la Sainte-Chapelle et

mort en 1266, avoit été enterré dans le choeur de cette

église. On le voyoit représenté sur sa tombe, tenant une

règle et un compas à la main.

Dans un caveau sous l'arcade la plus proche du grand autel,

étoit la sépulture des trésoriers et chanoines de la

Sainte-Chapelle. Le collége de la Sainte-Chapelle a été

pendant long-temps une pépinière de prélats illustres, de

magistrats et d'hommes de lettres distingués.

Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8) · 第 7 / 28 段