guerres désastreuses qui survinrent avec les Anglais, à qui leurs
possessions sur le continent donnoient la facilité de pénétrer jusque
dans le coeur du royaume, et d'en insulter à tous moments la capitale,
obligèrent de pourvoir à la sûreté tant de la ville que des dehors.
Les conjonctures dans lesquelles on se trouvoit étoient si pressantes,
que d'abord on se contenta de creuser autour une double enceinte de
fossés. Charles V, parvenu au trône, ordonna bientôt une nouvelle
clôture du côté de la ville, depuis le bord de la rivière où est
maintenant l'Arsenal, jusqu'au-delà du Louvre, et les derniers
faubourgs furent renfermés dans cette seconde enceinte. Ces nouveaux
accroissements obligèrent de bâtir deux autres ponts, pour la
communication des quartiers.
Jusqu'au règne de François Ier, on ne voit aucune entreprise nouvelle
pour l'accroissement de Paris. Ce roi, restaurateur des lettres et des
arts, reprit tous les projets qui avoient été conçus pour
l'embellissement d'une ville déjà si peuplée et si florissante. Il
n'agrandit pas son enceinte, mais il augmenta ses dehors, et y éleva
des monuments d'architecture qui sont encore au nombre des plus
excellents qu'elle possède. Le vieux Louvre abattu fut remplacé par un
édifice magnifique et régulier; de nouvelles rues s'ouvrirent sur les
débris d'une quantité de vieilles constructions. Bientôt après Charles
IX fit bâtir le château des Tuileries; le pont Neuf, commencé sous
Henri III, fut achevé par Henri IV, et ce roi fut le premier qui orna
Paris de places décorées d'une architecture uniforme; mais toutes ces
constructions nouvelles furent faites dans l'ancienne enceinte, qui
resta toujours la même jusqu'à Louis XIII. Sous ce prince, une
nouvelle muraille fut élevée depuis la porte Saint-Denis, qu'on plaça
alors à l'endroit où nous la voyons aujourd'hui, jusqu'à l'extrémité
du faubourg Saint-Honoré; et le château des Tuileries se trouva
renfermé dans cette troisième enceinte.
Enfin sous le règne brillant et majestueux de Louis XIV, sous ce
règne où se développèrent à la fois toute la force du gouvernement
monarchique et toutes les ressources du plus beau royaume de la
chrétienté, Paris s'éleva rapidement au plus haut degré de richesse et
de splendeur. Ses enceintes furent abattues; ses portes furent
changées en arcs de triomphe; et ses fossés, comblés et plantés
d'arbres, devinrent des promenades. Des places immenses, des rues
superbes, des temples, des édifices publics naquirent de tous côtés,
comme par enchantement; le chef-d'oeuvre de l'architecture française,
le Louvre, fut bâti; le dôme des Invalides s'éleva, etc. Enfin sous ce
règne, où il se fit tant de choses si dignes d'être admirées, la ville
qu'habitoit le monarque le plus puissant et le plus magnifique de
l'Europe, obtint la plus grande part de tant d'éclat que son
gouvernement répandoit sur la France entière, c'est-à-dire qu'elle
pouvoit déjà être considérée comme la plus belle ville du monde[27].
[Note 27: À tant d'éclat et de prospérité, il faut joindre l'avantage
d'une des plus belles positions qu'il soit possible d'imaginer. Paris,
presque entièrement situé dans une plaine, environné de campagnes
cultivées, de bois, de prairies, de vallées, de collines, que couvrent
une foule de châteaux, de maisons de plaisance, de bourgs, de
villages, et dont les productions sont chaque jour étalées dans ses
marchés, reçoit encore, au moyen du grand fleuve qui le traverse, les
tributs des provinces les plus fertiles de la France. L'Yonne, la
Marne, l'Oise, l'Aisne, un grand nombre de canaux qui s'y jettent, les
lui apportent continuellement, et la Seine elle-même, facile à
remonter, le fait jouir de toutes les richesses de la Normandie et de
l'Océan.]
Cette capitale s'est encore agrandie et embellie sous ses deux
successeurs. Sous Louis XVI, les faubourgs immenses qui environnoient
les boulevarts furent réunis dans une nouvelle enceinte, qui renferme
aujourd'hui toute cette immense cité, et qui probablement sera la
dernière[28].
[Note 28: Cette ville occupe aujourd'hui environ deux lieues de
diamètre sur six de circonférence.]
ENCEINTES DE PARIS.
_Enceintes sous les deux premières races et sous Louis-le-Jeune._
Dans l'origine, l'île de la Cité n'étoit, selon Julien, environnée
d'aucune muraille: «Lutèce, dit-il dans son Mysopogon, Lutèce,
entièrement entourée par les eaux de la Seine, est située dans une
île peu étendue où l'on aborde des deux côtés par des ponts en bois.»
On croit que ce fut seulement vers le quatrième siècle qu'une enceinte
fut élevée; en 885, lors du siége fait par les Normands, on défendit
cette enceinte par quelques fortifications.
«Cité de Paris, s'écrie le poète Abbon, tu es heureuse de t'élever au
milieu d'une île: un fleuve te presse doucement dans ses bras, et
baigne tes murailles de ses eaux. Des ponts jetés à ta droite et à ta
gauche, et qui touchent tes deux rives, sont fermés par des portes, et
de l'un et de l'autre côté s'élèvent des tours qui en protégent
l'entrée»[29].
[Note 29: _Abbon: poem. de bello Paris. lib. I, vers. 15._]
En rejetant cette opinion qu'il y avoit, du côté de la _ville_, une
première enceinte bâtie par les Romains, nous sommes convenus
cependant que cette enceinte avoit réellement existé. En effet, des
titres qui remontent jusqu'au règne de Lothaire en indiquent le
circuit, et l'on en voyoit encore des débris long-temps après le règne
de Philippe-Auguste.
La première enceinte, hors de la Cité, sur laquelle on possède des
renseignemens authentiques[30], et qui subsistoit encore du temps de
Louis-le-Jeune, commençoit à peu près à la porte de Paris[31],
continuoit le long de la rue Saint-Denis jusqu'à la rue des Lombards
où il y avoit une porte, passoit ensuite entre cette rue et la rue
Trousse-Vache, jusqu'au cloître Saint-Médéric; il y avoit là une
seconde porte dont il existoit encore un jambage sous Charles V. La
muraille tournoit ensuite par la rue de la Verrerie, entre les rues
Bardubec et des Billettes, descendoit rue des Deux-Portes, traversoit
la rue de la Tixeranderie et le cloître Saint-Jean, proche duquel
étoit une troisième porte, et finissoit sur le bord de la rivière,
entre Saint-Jean et Saint-Gervais[32]. Le midi de la Cité, dit depuis
le quartier de l'Université, n'étoit point encore entouré de murs.
[Note 30: _V._ pl. 1. Il est probable qu'elle fut élevée après cette
dernière et furieuse attaque des Normands, à laquelle les habitants de
Paris opposèrent une si longue et si belle résistance; on voulut
préserver d'une nouvelle invasion les faubourgs que ces barbares
avoient déjà tant de fois saccagés, et dont les plus considérables
étoient du côté de la _ville_.]
[Note 31: On voudra bien observer qu'on se sert ici de noms de rues,
de couvents et de maisons dont une partie n'existoit point alors. Les
cartes mêmes qui offrent ici la position exacte des principaux
monuments, ne peuvent donner une idée satisfaisante des rues, dont
plusieurs ont changé de nom deux ou trois fois dans un siècle, dont
quelques-unes ont été comblées et couvertes d'édifices, tandis que de
nouvelles étoient percées à côté. Il n'y a aucun moyen d'éclaircir des
choses dont on a perdu toutes les traces; et, du reste, il est ici peu
intéressant de le faire.]
[Note 32: Les murs de cette ancienne clôture subsistoient encore
proche la porte des Baudets, du temps de Saint-Louis. (DELAMARE).]
_Enceinte sous Philippe-Auguste[33]._
[Note 33: _Voyez_ pl. 2.]
Les choses étoient en cet état, lorsque Philippe-Auguste forma le
projet vraiment royal de renfermer dans une nouvelle enceinte tous les
bourgs, toutes les cultures éparses autour de l'ancienne ville, et de
faire ainsi de Paris une des plus grandes et des plus belles villes du
monde. Cette entreprise coûta vingt ans de travaux continuels; car non
seulement on éleva une muraille du côté du nord, mais encore les
maisons qui, au midi, étoient éparses autour du petit Châtelet, furent
pour la première fois environnées d'une enceinte.
La nouvelle muraille, au nord, passoit près du Louvre, le laissant en
dehors[34]; traversoit les rues Saint-Honoré et des Deux-Écus,
l'emplacement de l'hôtel de Soissons, les rues Coquillière,
Montmartre, Montorgueil, le terrain où est à présent la halle aux
cuirs, les rues Française, Saint-Denis, Bourg-l'Abbé, Saint-Martin;
continuoit le long de la rue Grenier-Saint-Lazare; traversoit la rue
Beaubourg, la rue Saint-Avoye, et passant sur le terrain des
Blancs-Manteaux, et ensuite entre les rues des Francs-Bourgeois et des
Rosiers, alloit aboutir au bord de la rivière, à travers les bâtimens
de la maison professe des Jésuites et le couvent de l'_Ave-Maria_, où
l'on voyoit encore, il n'y a pas long-temps, des restes de ses
murailles. Elle avoit huit portes principales: la première, près du
Louvre, au bord de la rivière; la seconde, à l'endroit où est
maintenant l'église de l'Oratoire; la troisième, vis-à-vis de
Saint-Eustache, entre la rue Plâtrière[35] et la rue du Jour; la
quatrième, rue Saint-Denis, appelée la Porte-aux-Peintres; la
cinquième, rue Saint-Martin, au coin de la rue Grenier-Saint-Lazare;
la sixième, appelée la porte Barbette[36], entre le couvent des
Blancs-Manteaux et la rue des Francs-Bourgeois; la septième, près de
la maison professe des Jésuites; et la huitième, au bord de la
rivière, entre le port Saint-Paul et le pont Marie[37].
[Note 34: Saint-Foix et Delamare.]
[Note 35: Depuis J.-J. Rousseau.]
[Note 36: Du nom d'une famille de Paris.]
[Note 37: Il y avoit en outre sept autres portes moins grandes, dites
fausses portes, sans compter les portes particulières, que plusieurs
personnes de distinction, dont les maisons étoient accolées aux
murailles, obtinrent la permission de faire percer dans leur enclos,
pour pouvoir sortir plus facilement de la ville.]
Du côté de la rivière, au midi, l'autre moitié de cette enceinte, qui
commençoit à la porte Saint-Bernard, est à peu près tracée[38] par
les rues des Fossés-Saint-Bernard, des Fossés-Saint-Victor, des
Fossés-Saint-Michel ou rue Saint-Hyacinthe, des Fossés-M.-le-Prince,
des Fossés-Saint-Germain ou rue de la Comédie Française, et des
Fossés-de-Nesle, à présent rue Mazarine. Il y avoit sept portes dans
ce circuit: la porte Saint-Bernard ou de la Tournelle; les portes
Saint-Victor, Saint-Marcel et Saint-Jacques[39]; la porte Gibard,
d'Enfer ou de Saint-Michel, au haut de la rue de la Harpe; la porte de
Buci[40], au haut de la rue Saint-André-des-Arcs, vis-à-vis de la rue
Contrescarpe; et la porte de Nesle, où est à présent le collége des
Quatre-Nations. Dans la rue des Cordeliers, il y eut encore une porte
appelée la porte Saint-Germain; et lorsque la rue Dauphine fut bâtie,
on en fit une vis-à-vis de l'autre bout de la rue Contrescarpe, et
qu'on appela la porte Dauphine[41].
[Note 38: Nous disons _à peu près tracée_; il est aisé de se figurer
où passoit précisément cette enceinte, en pensant que ces rues ont été
bâties sur les fossés, et que ces fossés étoient devant les
murailles.]
[Note 39: Abattues en 1684.]
[Note 40: Ainsi nommée de Simon de Buci, le premier qui ait porté le
titre de premier président.]
[Note 41: Abattues l'une et l'autre en 1672. Une inscription en
lettres d'or sur un marbre noir indique, dans la rue Dauphine,
l'endroit où étoit située la porte désignée sous le même nom. C'est à
la maison nº 50 qu'est attachée cette inscription.]
Un devis extrait d'un registre de Philippe-Auguste nous apprend que la
partie méridionale de l'enceinte avoit 1260 toises d'étendue, et
qu'elle avoit coûté 7020 livres, monnoie du temps.
_Enceinte sous Charles V et Charles VI[42]._
[Note 42: _Voy._ pl. 3.]
La perte de la bataille de Poitiers et la prison du roi Jean faisant
appréhender que les Anglais ne pénétrassent jusqu'au coeur de la
France, le dauphin songea à fortifier la capitale du côté du midi. Il
ne changea rien à l'enceinte de Philippe-Auguste, parce que les
nouveaux faubourgs s'y trouvèrent si petits qu'il ne jugea pas à
propos de les mettre à couvert; il se contenta de les ruiner, pour
empêcher l'ennemi de s'y loger; et le rempart déjà existant fut
entouré d'un fossé. Du côté du nord, les faubourgs étant beaucoup plus
considérables et plus près des murs, il fut résolu de les renfermer
dans les nouvelles fortifications. C'étoient d'abord de simples
fossés, qui furent depuis changés en murailles flanquées de tours.
Cette entreprise, commencée sous Charles V, ne fut achevée que sous
Charles VI. Elle coûta 162,520 livres, somme équivalente aujourd'hui à
1,170,000 fr.; à cette occasion 750 guérites en bois furent attachées
aux créneaux des murailles.
Nous avons dit que l'enceinte précédente aboutissoit d'un côté entre
le port Saint-Paul et le pont Marie, vis-à-vis la rue de l'Étoile. Ce
prince la fit reculer jusqu'à l'endroit où est l'Arsenal; et les
portes Saint-Antoine[43], Saint-Martin et Saint-Denis furent placées
où nous les voyons aujourd'hui. Depuis la porte Saint-Denis, ces
nouveaux murs continuoient le long de la rue de Bourbon, traversoient
les rues du Petit-Carreau et Montmartre, la place des Victoires,
l'hôtel de Toulouse, le jardin du Palais-Royal, la rue Saint-Honoré
près l'ancien hospice des Quinze-Vingts, et alloient finir au bord de
la rivière, par la rue Saint-Nicaise. Aux quatre extrémités de
l'enceinte générale, comme à celle de Philippe-Auguste, il y avoit
quatre grosses tours: la tour _du Bois_, près du Louvre; la tour de
_Nesle_, où est le collége des Quatre-Nations; la tour de _Tournelle_,
près de la porte Saint-Bernard; et la tour de _Billi_, près des
Célestins. Elles défendoient, des deux côtés de la rivière, l'entrée
et la sortie de Paris par de grosses chaînes attachées d'une tour à
l'autre, et qui traversoient la Seine, portées sur des bateaux placés
de distance en distance. L'approche de l'île Saint-Louis étoit
défendue par un fort[44].
[Note 43: Cette porte a été abattue quelque temps avant la
révolution.]
[Note 44: Cette île, sur laquelle on n'éleva des maisons que sous le
règne de Henri IV, est formée de la réunion de deux îles, dont la plus
grande se nommoit anciennement l'_île Notre Dame_, et la plus petite
l'_île aux Vaches_.]
Jusqu'à Louis XIII, ces enceintes ne furent point augmentées;
cependant la ville s'accrut considérablement, tant par les
constructions qui s'élevèrent par degrés dans les terrains vagues[45]
qu'on y avait renfermés, que par[46] les nouveaux faubourgs qui se
formèrent à ses portes. Ces faubourgs s'étoient tellement étendus,
que, sous Henri II, on commença à s'en inquiéter, et à craindre
l'excessive grandeur de Paris. Une ordonnance du roi défendit de bâtir
davantage dans ses environs; et le projet fut formé de construire une
nouvelle muraille qui renfermeroit définitivement cette ville dans ses
dernières limites. Le plan en fut arrêté au conseil en 1550, et des
bornes furent plantées du côté de l'Université; mais cette entreprise
resta sans exécution.
[Note 45: Au commencement du règne de Henri IV, les îles Saint-Louis
et du Palais n'étoient encore que des prairies. Une partie des
environs du Temple _étoit en terres labourables_, et le parc du palais
des Tournelles, au quartier Saint-Antoine, en friche et inhabité.]
[Note 46: Les guerres qui désolèrent la France sous les règnes qui
précédèrent ce prince ayant mis dans la nécessité d'augmenter les
tailles, plusieurs habitants de la campagne vinrent s'établir à Paris;
ce qui engagea les propriétaires des terres qui environnoient ses murs
à élever de nouvelles constructions, et on accrut ainsi les faubourgs.
(DELAMARE.)]
La seule addition qui fut faite alors aux fortifications de Paris fut
la construction d'un rempart qui commençoit au bord de la rivière,
au-dessous de la Bastille, et se prolongeoit jusqu'au delà de la porte
Saint-Antoine. François Ier avoit déjà tenté plusieurs fois ce
travail, lorsque les guerres qu'il avoit à soutenir contre l'empereur
lui faisoient craindre que les armées d'Allemagne, qui venoient
jusqu'en Picardie, n'insultassent sa capitale; et il ne l'avoit point
achevé. Cette fortification, plus solidement construite que les
autres, subsistoit encore dans ces derniers temps. C'étoit une
courtine flanquée de bastions, et bordée de larges fossés à fond de
cuve.
Sous Charles IX, la porte Neuve, qui étoit près du Louvre, fut reculée
jusque derrière les Tuileries; et un nouveau bastion fut construit à
cette place, pour y élever une clôture nouvelle, laquelle auroit
renfermé dans la ville ce château et la partie du quartier
Saint-Honoré qui, depuis la rue Saint-Nicaise où étoit encore
l'ancienne porte, étoit alors appelée faubourg Saint-Honoré. Toutefois
cette portion de clôture ne fut achevée que sous Henri III, qui fit
continuer les nouveaux murs depuis le bastion de la porte Neuve,
nommée depuis porte de la Conférence, jusqu'à l'extrémité de ce
faubourg, en traversant le terrain où est maintenant la place Louis
XV[47].
[Note 47: _Voyez_ pl. 4.]
_Enceinte sous Louis XIII[48]._
[Note 48: _Voy._ pl. 5.]
L'île[49] du Palais, l'île Notre-Dame, le marais du Temple ayant été
couverts d'édifices sous le règne précédent, il ne restoit plus de
grands vides dans Paris; mais il y avoit encore un grand espace hors
des murs, entre les faubourgs Saint-Honoré et Montmartre, qui n'étoit
rempli que de _cultures_, et demandoit à être renfermé dans la ville
pour en rendre l'enceinte plus régulière. Dès le temps de Charles IX,
on avoit projeté de le faire, et des fossés avoient été creusés;
cependant, jusqu'en 1630, les murs de la ville passoient encore de ce
côté sur le terrain où est à présent la place des Victoires. Les rues
des Petits-Champs et des Bons-Enfants y aboutissoient, et ce quartier
étoit même si retiré, qu'on y voloit en plein jour, et qu'on
l'appeloit le quartier _Vide-Gousset_[50]. Les bâtiments du
Palais-Royal, que le cardinal de Richelieu avoit fait commencer en
1629, furent l'occasion d'une nouvelle enceinte: la porte
Saint-Honoré, alors située où est à présent le marché des
Quinze-Vingts, fut reculée, en 1631, jusqu'à cet emplacement qui
garde[51] encore son nom, et se joignit ainsi aux fortifications qui,
sous Henri III, avoient été élevées pour entourer le château des
Tuileries; depuis cette porte, on bâtit de nouveaux remparts dont les
boulevarts actuels nous tracent à peu près le contour. Une nouvelle
porte fut construite à l'extrémité du faubourg Montmartre, à plus de
deux cents toises de l'ancienne; et l'enceinte continuée derrière la
Ville-Neuve alla aboutir à la porte Saint-Denis. Pendant ce temps, le
quartier de l'Université recevoit de grands accroissements par les
bâtiments qui s'élevoient de toutes parts, principalement au faubourg
Saint-Germain.
[Note 49: À la pointe occidentale de la Cité.]
[Note 50: La rue qui aboutit du carrefour des Petits-Pères à la place
des Victoires, en a conservé le nom.]
[Note 51: Vis-à-vis la rue Royale.]
Ce fut la dernière enceinte fortifiée de la ville de Paris. Nous avons
déjà dit que Louis XIV en fit abattre les remparts; Louis XV et Louis
XVI y réunirent les nouveaux faubourgs; et, sous le règne de ce
dernier roi, elle fut entourée de la clôture que nous voyons
aujourd'hui[52].
[Note 52: _Voy._ les pl. 6 et 7. Cette clôture vient d'être agrandie
sur un point de sa partie méridionale, à partir de la barrière
Fontainebleau jusqu'au bord de l'eau. Par ce moyen on a renfermé dans
Paris le village d'Austerlitz, situé dans la plaine d'Issy.]
QUARTIERS DE PARIS.
Les accroissements successifs dont nous venons d'offrir le tableau
mirent dans la nécessité de diviser Paris en divers quartiers, pour
pouvoir y maintenir plus facilement l'ordre et la police. Au dixième
siècle on n'en comptoit que quatre; il y en avoit déjà huit sous le
règne de Philippe-Auguste. Sous Charles V et Charles VI on se vit
forcé de faire une nouvelle division qui en doubla le nombre; Henri
III y ajouta un dix-septième quartier. Enfin, depuis cette époque
jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, cette grande cité n'ayant cessé
d'être l'objet principal des affections de ses souverains, et
acquérant chaque jour une étendue plus considérable, une déclaration
du roi, donnée en 1702, établit une dernière division en vingt
quartiers, dont elle détermina les limites: les allées d'arbres qui
avoient remplacé les anciennes murailles permirent alors d'unir Paris
avec ses faubourgs. Ces nouvelles parties de la ville, encore remplies
de marais et de cultures, se couvrirent bientôt d'édifices, et
renfermées maintenant dans sa dernière enceinte, elles en sont
devenues les quartiers les plus brillants ou les plus populeux.
Voici les vingt quartiers de Paris dans l'ordre où les a établis la
déclaration du roi[53].
1er Quartier. La Cité.
2e ---- Saint-Jacques-de-la-Boucherie.
3e ---- Sainte-Opportune.
4e ---- Le Louvre, ou St.-Germain-l'Auxerrois.
5e ---- Le Palais Royal.
6e ---- Montmartre.
7e ---- Saint-Eustache.
8e ---- Les Halles.
9e ---- Saint-Denis.
10e ---- Saint-Martin-des-Champs.
11e ---- La Grève.
12e ---- Saint-Paul, ou la Mortellerie.
13e ---- Sainte-Avoie, ou la Verrerie.
14e ---- Le Temple, ou le Marais.
15e ---- Saint-Antoine.
16e ---- La place Maubert.
17e ---- Saint-Benoît.
18e ---- Saint-André-des-Arcs.
19e ---- Le Luxembourg.
20e ---- St.-Germain-des-Prés.
[Note 53: Donnée le 12 décembre 1702, et enregistrée le 5 janvier
1703.]
TABLEAU
HISTORIQUE ET PITTORESQUE
DE PARIS.
QUARTIER DE LA CITÉ.
Ce quartier comprend les îles du Palais, de la Cité,
Saint-Louis et Louvier, depuis la pointe orientale de l'île
Louvier jusqu'à la pointe occidentale de l'île du Palais,
avec tous les ponts qui y aboutissent, y compris la culée du
pont au Change.
PARIS SOUS LES DEUX PREMIÈRES RACES.
Ceux qui n'ont point assez pénétré dans l'histoire des modernes
habitants des Gaules, s'étonneront sans doute que la ville capitale
d'un aussi grand royaume que la France, ait été pendant une si longue
suite de siècles dans un tel état de foiblesse et de misère, que, loin
de prendre de l'accroissement, on la voit au contraire devenir, à
certaines[54] époques, plus misérable encore qu'elle n'avoit été. Ils
ne s'étonneront pas moins de la voir sortir tout à coup de cette
détresse et de cette obscurité, s'accroître par des degrés
très-rapides, et s'embellissant plus lentement d'abord, devenir enfin,
sous un petit nombre de rois, la première et la plus belle des cités.
[Note 54: Un moine de Fleuri-sur-Loire, nommé Asdrevald, déplorant le
triste état auquel les incursions des Normands avoient réduit Paris,
dit que cette ville n'étoit plus alors qu'_un monceau de cendres_.]
Ces deux différents états, dont le brusque passage est si remarquable,
s'expliquent facilement par le changement qui se fit, au commencement
de la troisième race, dans le gouvernement de la monarchie françoise,
changement dont l'effet fut de faire passer cette monarchie, de l'état
de société domestique que les vainqueurs y avoient jusqu'alors, et
pour ainsi dire, exclusivement maintenu, à l'état de société politique
qui avoit été celui des Gaules sous la domination romaine; de faire
enfin triompher le gouvernement monarchique de la police féodale, qui,
à quelques variations près, avoit été, sous les deux premières races,
le droit public de l'Europe entière.
Que n'a-t-on point dit sur le régime féodal, et avec combien
d'ignorance et de mauvaise foi! Si l'on en croit les déclamateurs
politiques de nos jours, c'est la révolte et l'usurpation qui lui ont
donné naissance; c'est par la tyrannie qu'il s'est accru et fortifié;
et toutefois, en même temps qu'ils s'élèvent contre les prétendus abus
et l'oppression _intolérable_ de cette espèce de gouvernement, ils
s'indignent aussi contre les rois, qui, par degrés, sont parvenus à le
détruire. Nous ne nous chargeons point de concilier de semblables
contradictions; mais peut-être les monuments historiques nous
fourniront-ils quelques moyens de constater à la fois l'origine, le
caractère et les modifications diverses du gouvernement féodal.