Mme de Maintenon, à ces mots, fronça le sourcil.
Le Révérend Père, qui se trouvait en tiers dans l'entretien, sourit
finement et lui dit:
«De la patience, madame! Quand on soulève le voile qui cache la vérité,
on voit souvent plus de choses qu'on ne voudrait. Ce n'est pas la faute
de M. le lieutenant de police. Je désirerais seulement savoir le nom de
ce couvent.
--Est-ce bien nécessaire? repartit l'adroit courtisan, en souriant
aussi. Ma mémoire, je l'avoue, me fait un peu défaut sur ce point. Pour
continuer le récit, je renvoyai les abbés sans les plus inquiéter.
Alexis était sous les verrous. La justice fut saisie de l'affaire.
C'était fort grave. M. de Villebéat fut désigné pour interroger le
prisonnier. Il se transporta par deux fois auprès de lui, et eut avec
lui deux longues entrevues sans témoins. Le lendemain Alexis s'évada.
«Sylvain, qui avait fait des prodiges pour opérer la capture, fut tout
d'abord exaspéré par cette évasion. Il jura qu'il retrouverait son
homme. On soupçonnait un geôlier de corruption; on ne put cependant ni
enivrer, ni faire jaser le drôle. Sylvain était devenu méditatif et
sombre. Mais, toutes informations prises, il parut avoir enfin conçu une
grande espérance. Il m'assura qu'il comptait m'apporter prochainement
des nouvelles qui feraient du bruit, me demanda ce que je pensais du
juge qui avait interrogé Alexis, me regarda étrangement quand je lui
eus répondu que le magistrat était au-dessus des soupçons, me réclama
quelques avances et se mit en campagne.
«Depuis l'évasion d'Alexis, rien n'était changé, en apparence, dans les
habitudes de M. de Viilebéat. Cependant, Sylvain s'aperçut bientôt que
presque tous les soirs, par la petite porte d'une masure donnant sur une
ruelle déserte et communiquant avec l'hôtel du magistrat, sortait un
homme de haute taille, le manteau sur le nez, le chapeau sur les yeux,
qui rapidement s'éloignait et disparaissait comme par enchantement. Cet
homme mystérieux, il en eut bientôt la certitude, n'était autre que son
ancien maître, lequel, dans l'ombre, se rendait par plusieurs détours
à un petit logis de la rue des Tourterelles-Sainte-Ursule. Sylvain
interrogea les voisins et apprit d'eux qu'en ce logis habitaient un
brave vieil homme et une bonne vieille femme avec leur petite-fille, une
ravissante demoiselle de vingt ans, qui ne sortait jamais. Un parent
venait les voir dans la soirée, disait-on. Ils étaient riches,
d'ailleurs, et ne ménageaient pas la dépense.
«Sylvain pénétra un jour dans la maison, habilement grimé en commis
marchand d'étoffes. Il réussit à entrevoir la prétendue jeune fille, et,
du premier coup d'oeil, reconnut le trop charmant Alexis. Le lendemain,
il prit six hommes armés et alla s'embusquer non loin de la discrète
habitation. Le visiteur habituel apparut vers neuf heures du soir; il
avait la clé de la porte et entra. Au bout d'une heure, Sylvain crut le
moment venu d'entrer à son tour. Il escalada, suivi de ses hommes, le
mur d'un petit jardin qui se trouvait derrière les bâtiments. La vieille
femme était dans la cuisine, occupée à arranger un plat; elle fut saisie
et bâillonnée en un clin d'oeil. Le vieillard, son prétendu mari,
descendait l'escalier; il fut également surpris et traité de la même
façon. Pas un cri n'avait révélé la présence de mes gens. Ils montèrent
avec précaution au premier étage, et Sylvain s'avança sans bruit. Une
porte était entr'ouverte; il y glissa ses regards, et voici l'étrange
spectacle qu'il aperçut.