Un dimanche que je flânais, pensant à Mars et à la Lune, j'aperçus
devant moi, en levant les yeux par une échappée de rêverie, Marius, Jean
et la jeune couturière, qui, dans un rayon de soleil, s'en allaient,
légers, avec des éclats de rire, je ne sais où.
Je marchais lentement, ils n'allaient pas vite non plus: ils suivaient
d'assez près une vieille femme, vêtue d'étranges haillons, qui portait
sur le doigt un perroquet de cent ans, et traînait au bout d'une ficelle
un horrible petit chien noir.
Je sus bientôt la cause de la grande hilarité de mes amis. Jean donnait
le bras à sa Jeanne; et Marius, la canne à la main, voltigeait de
l'autre côté de la jolie grisette, car, disons-le, c'était une vraie
grisette.
Il y a encore des grisettes; Béranger et Paul de Kock ne les ont pas
emportées toutes dans leur tombeau.
Or, voici ce qui provoquait la gaîté de Jeanne. Marius, adroit comme un
singe, martyrisait le pauvre chien noir sans que la vieille femme s'en
aperçût; toutes les deux minutes, il faisait avec sa canne le geste
de lui administrer un lavement. La pauvre bête baissait la queue et
s'arrêtait. La vieille tirait la ficelle en maugréant, et Jeanne
pouffait de rire, et Jean lui-même avait peine à ne pas éclater. Marius
restait grave. La vieille femme se retourna une ou deux fois, elle
rencontra les yeux sévères de cette apparente gravité, et, ne sachant
pas ce que tout cela voulait dire, continua à traîner sa bête. Marius
poursuivit son manège; les rires étouffés recommencèrent de plus belle.
Mais bientôt la sorcière le surprit en flagrant délit, lui jeta un
regard courroucé, et s'enfuit de toute la vitesse de ses maigres jambes.
J'étais probablement dans une disposition mélancolique ce jour-là. Ces
enfantillages me déplurent, je rebroussai chemin et je rentrai chez moi
pour travailler. Je ne travaillais jamais mieux que le dimanche, quand
je sentais que tout le monde autour de moi était allé s'amuser.