Je ne lui inspirais décidément que de la pitié. Je ne l'ignorais pas.
J'en vins à me dire: «Mon bon ami, ta belle cousine n'est point faite
pour toi.» Et je me mis à travailler, à m'amuser, comme travaillent et
s'amusent les écoliers parisiens. Je n'étais malheureux que de loin en
loin, et j'avais pour me consoler d'assez nombreux camarades des
deux sexes. Je finis réellement, j'en demande pardon aux personnes
sentimentales, par ne plus trop penser à ma cousine. «Ça n'est ni coeur,
ni chair, ces petites créatures-là, m'écriais-je; c'est tout taffetas!»
Les jours, les mois passèrent. J'obtins mon dernier diplôme. Je pris
des vacances, je voyageai. Je revins me faire inscrire comme avocat
stagiaire au Palais de Justice. Ma cousine Édith devenait de plus en
plus adorable et de plus en plus hautaine. Mais je ne pensais plus, oh!
plus au tout à elle. Cela ne m'empêchait pas d'aller régulièrement, en
bon neveu, voir mon oncle et dîner chez ma tante. Mon oncle me battait
au billard, ma tante m'humiliait au whist; et j'étais bien vu dans la
maison, sauf par la princesse Tout-Taffetas, par cette inaccessible
Édith.