II

Telle était ma belle cousine, qui me dédaignait, non sans raison. Moi?

figurez-vous un grand diable très ébouriffé, ni laid ni joli, habillé

par le tailleur paternel, à peine sorti de l'âge bête, moitié étudiant,

moitié homme, Parisien de la rive gauche, avide de toute science, de

tout plaisir, dévergondé au cabaret, et n'osant pas parler à une jeune

fille dans un salon. J'idolâtrais follement, frénétiquement, sottement,

les femmes en général et en particulier ma cousine Édith; et comme tous

ceux qui idolâtrent follement, frénétiquement, sottement, les femmes en

général et leur cousine en particulier, j'étais aussi malheureux que

maladroit en amour.

Les femmes n'aiment guère que les hommes qui commencent par s'aimer

eux-mêmes. Il faut leur donner l'exemple. Pour ma part, je manquais

totalement de cette confiance imperturbable qui fascine les faibles et

les ignorants. Puis je ne savais ni bostonner, ni chanter au piano, ni

inventer une charade, ni organiser de petits jeux innocents. Une fois,

dans un bal, en voulant prendre avec les dents, à cloche-pied (une

figure de cotillon me l'imposait, hélas!) un sac de bonbons posé sur un

tabouret, il m'était arrivé de glisser et de tomber lourdement, de tout

mon long, aux pieds de ma cousine.

Jadis mon oncle avait vaguement parlé d'un mariage possible entre elle

et moi; ma tante avait souri, mais Édith avait fait la moue.

A quoi tient l'amour? Contes de France et d'Amérique · 第 33 / 154 题