Condamné à mort, il refusa de se pourvoir en grâce.
Quand, aux premières pâleurs de l'aube, on lui annonça que l'heure
suprême était venue, il prononça ce seul mot: Enfin!
«Je me repens, dit-il à l'aumônier; et mon repentir est profond, absolu,
résigné. Je ne saurais offrir autre chose au bon Dieu, s'il y a un bon
Dieu, ce qui me paraît invraisemblable. N'insistez pas! Mais vous pouvez
me rendre un service. Voudrez-vous remettre, vous-même, ce billet à Mlle
Fraisier? Il est ouvert, je vous prie de le lire. Vous verrez que rien
n'y est compromettant pour vous ni pour elle.»
La lettre était ainsi conçue:
«J'aurais voulu vous revoir, mademoiselle Lucile, et vous supplier, non
de me pardonner, mais d'avoir quelque pitié pour moi.
«Ce qui me désespère, c'est l'exécrable souvenir que je vous laisse.
«Certes, je suis châtié justement. Et pourtant, aimé par vous, j'aurais
été un honnête homme. Tout le mal vient de ce que vous n'avez pu
m'aimer. Ce n'était pas votre faute, je le sais. Ce n'étais pas non plus
la mienne.
«Je vous pardonne ce que j'ai souffert, ce que je souffre encore à cause
de vous. Jamais vous ne serez aussi heureuse que je suis malheureux.
«Je n'ai que des parents éloignés. Entre eux et moi aucun lien, aucune
affection. Je vous lègue toute ma fortune. Acceptez-la pour secourir
ceux auxquels j'ai nui, pour réparer autant que possible le mal que j'ai
fait. C'est un devoir pour vous.
«Tâchez de m'oublier. Adieu.»