Victor Moussemond et l'instituteur avaient été conduits à la Villa des
Roses.
M. Dufriche les vit arriver et demanda au commandant ce qu'on leur
reprochait.
«Faites descendre votre fils! lui dit celui-ci pour toute réponse.
--Mon fils! Vous savez bien qu'il ne peut pas bouger. Il se soutient à
peine sur ses béquilles.
--Qu'il vienne immédiatement, ou on ira le chercher.»
Prosper descendit, aidé par son père.
«L'autre nuit, vous avez soulevé contre nous les gens de Verval. Vous
avez dirigé l'attaque du pont.
--Moi! Est-ce possible? Vous voyez dans quel état je suis. Je n'ai pas
quitté la maison une minute.
--Vous ne pouvez guère marcher, c'est vrai; mais on vous a conduit.
--Qui vous a dit cela?
--Je n'ai pas de comptes à vous rendre. Mes renseignements sont sûrs.
--Je vous jure qu'on vous a trompé.
--Prenez vos dernières dispositions; vous serez fusillé avec ces deux
hommes, qui sont coupables comme vous.
--Fusillés! s'écrièrent avec stupeur Savourny et Moussemond.
--Silence!
--Pitié! fit Mme Dufriche, se jetant, tout en pleurs, aux pieds du
commandant. Mon fils n'a rien fait. Ne le tuez pas!»
Il l'écarta avec impatience.
«La loi militaire est dure; je le regrette pour vous, madame. Mais il
faut des exemples. La France nous a déclaré la guerre et ne veut pas
accepter la paix. Que les Français en subissent toutes les conséquences!
--Monsieur, monsieur! je n'ai pas touché un fusil de ma vie, dit alors
Toto Mousse affolé de terreur, avec des gestes de petit enfant qui
supplie. J'ai toujours été pacifique, très pacifique, moi. Tout le monde
le sait. Informez-vous. Je me suis fait remplacer pour ne pas me battre.
J'aime les Allemands, mon général. Ce n'est pas moi qu'on doit punir.
C'est injuste. Qu'on me laisse libre! Papa vous donnera tout ce que vous
voudrez.
--Je ne veux rien de vous.
--Qu'on nous juge, au moins!» fit Savourny.
Il n'en put dire davantage. Les soldats poussèrent les trois condamnés
vers la porte.
Mme Dufriche s'attachait aux vêtements de son fils, qui, interdit,
stupéfait, s'avançait péniblement.
«Arrêtez! cria Madeleine qui venait d'entrer.
--Qu'on enferme les femmes!» dit le chef.
Mme Dufriche perdit connaissance. Madeleine résista, fut entraînée et
enfermée dans le cellier.