La fusillade s'éteignait au loin. L'alerte avait été brève, mais
sérieuse. Les francs-tireurs avaient eu l'audace de revenir par le
fourré jusqu'à la lisière du bois. De là, à leur aise, ils avaient
abattu d'un seul coup une vingtaine d'hommes sous leurs balles.
Maintenant, ils se dérobaient sans qu'on pût les poursuivre utilement.
On dut se contenter d'envoyer au hasard quelques volées de mitraille
dans la forêt.
Ce retour offensif déchaîna la fureur des Allemands.
Le premier moment d'alarme passé, ils commencèrent le pillage et
l'incendie avec une décision impitoyable, avec une sauvagerie savante.
Tous les habitants ne se laissèrent pas dévaliser sans résistance. Il
y eut des protestations, des rixes, qui redoublèrent l'acharnement des
pillards. Quiconque résistait était lié et cruellement battu.
Un perruquier de soixante ans, vieux soldat d'Afrique, renversa sur le
pavé un sous-officier qui avait vidé sa caisse et voulait lui arracher
sa montre. On fit le siège de la boutique. Le vieux se défendit avec
une énergie désespérée. Il assomma deux des assaillants. A la fin, il
succomba. Criblé de coups, lardé par les baïonnettes, il fut pris,
traîné, foulé aux pieds dans le ruisseau sanglant. Avec ses rasoirs,
on lui coupa le nez, les oreilles, les poignets. Puis on lui creva les
yeux, et on le jeta, mort ou moribond, dans les ruines de sa pauvre
bicoque, au milieu des flammes.