Nous dirons tout à l'heure ce qu'il advint de la lettre que Rabat-
Joie tenait entre ses dents, et pourquoi il quitta son maître
lorsque celui-ci courut au-devant d'Agricol.
Dagobert n'avait pas vu son fils depuis plusieurs jours;
l'embrassant d'abord cordialement, il le conduisit ensuite dans
une des deux pièces du rez-de-chaussée qui composaient son
appartement.
-- Et ta femme, comment va-t-elle! dit le soldat à son fils.
-- Elle va bien, mon père, je te remercie.
S'apercevant alors de l'altération des traits d'Agricol, Dagobert
reprit:
-- Tu as l'air chagrin! T'est-il arrivé quelque chose depuis que
je ne t'ai vu!
-- Mon père... tout est fini... il est perdu pour nous, dit le
forgeron avec un accent désespéré.
-- De qui parles-tu!
-- De M. Hardy.
-- Lui!... mais, il y a trois jours, tu devais, m'as-tu dit, aller
le voir!...
-- Oui, mon père, je l'ai vu; mon digne frère Gabriel aussi l'a
vu... et lui a parlé, comme il parle... avec la voix du coeur;
aussi l'avait-il si bravement ranimé, encouragé, que M. Hardy
s'était décidé à revenir auprès de nous; alors, moi, fou de
bonheur, je cours apprendre cette bonne nouvelle à quelques
camarades qui m'attendaient pour savoir le résultat de notre
entrevue; j'accours avec eux pour le remercier. Nous étions à cent
pas de la porte de la maison des robes noires...
-- Les robes noires! dit Dagobert d'un air sombre. Alors...
quelque malheur doit arriver... je les connais...
-- Tu ne te trompes pas, mon père, répondit Agricol avec un
soupir; j'accourais donc avec mes camarades, lorsque je vois de
loin arriver une voiture; je ne sais quel pressentiment me dit que
c'était M. Hardy qu'on emmenait.
-- De force! dit vivement Dagobert.
-- Non, répondit amèrement Agricol, non; ces prêtres sont trop
adroits pour ça... ils savent toujours vous rendre complices du
mal qu'ils vous font; ne sais-je pas comment ils s'y sont pris
avec ma bonne mère!
-- Oui... digne femme... encore une pauvre créature qu'ils ont
enlacée dans leur toile... Mais cette voiture dont tu parles!
-- En la voyant sortir de la maison des robes noires, reprit
Agricol, mon coeur se serre et, par un mouvement plus fort que
moi, je me jette à la tête des chevaux, en appelant à l'aide; mais
le postillon me renverse d'un coup de fouet qui m'étourdit, je
tombe... Quand je revins à moi, la voiture était loin.
-- Tu n'as pas été blessé? s'écria vivement Dagobert en examinant
son fils.
-- Non, mon père... une égratignure.
-- Qu'as-tu fait alors, mon garçon?
-- J'ai couru chez le bon ange, chez Mlle de Cardoville; je lui ai
tout conté. «Il faut, m'a-t-elle dit, suivre à l'instant la trace
de M. Hardy. Vous allez prendre une voiture à moi, des chevaux de
poste; M. Dupont vous accompagnera, vous suivrez M. Hardy de
relais en relais, et si vous parvenez à le revoir, peut-être votre
présence, vos prières vaincront la funeste influence que ces
prêtres ont su prendre sur lui.
-- C'était ce qu'il y avait de mieux à faire; cette digne
demoiselle avait raison.
-- Une heure après, nous étions sur la voie de M. Hardy; car nous
avions su par les postillons de retour qu'il tenait la route
d'Orléans; nous le suivons jusqu'à Étampes; là on nous dit qu'il
avait pris la traverse pour gagner une maison isolée dans une
vallée, à quatre lieues de toute grande route; que cette maison,
appelée le Val-de-Saint-Hérem, appartient à des prêtres; mais que
la nuit est si noire, les chemins si mauvais, que nous ferions
mieux de coucher à l'auberge et de repartir de grand matin; nous
suivons ce conseil. Au point du jour, nous montons en voiture; un
quart d'heure après, nous quittons la grande route pour une
traverse montueuse et déserte; ce n'était partout que des rocs de
grès avec quelques bouleaux. À mesure que nous avancions, le site
devenait de plus en plus sauvage; on se serait cru à cent lieues
de Paris. Enfin nous nous arrêtons devant une grande et vieille
maison noirâtre, à peine percée de quelques petites fenêtres, et
bâtie au pied d'une haute montagne toute couverte de ces roches de
grès. De ma vie je n'ai rien vu de plus désert, de plus triste.
Nous descendons de voiture, je sonne à une porte; un homme vient
m'ouvrir. «L'abbé d'Aigrigny est arrivé ici, cette nuit, avec un
monsieur, dis-je à cet homme avec un air d'intelligence; prévenez
tout de suite ce monsieur que je viens pour quelque chose de très
important, et qu'il faut que je le voie à l'instant.» Cet homme,
me croyant d'accord avec l'abbé, nous fait entrer; au bout d'un
instant, l'abbé d'Aigrigny ouvre la porte, me voit, recule et
disparaît; mais, cinq minutes après, j'étais en présence de
M. Hardy.
-- Eh bien? dit Dagobert avec intérêt. Agricol secoua tristement
la tête et reprit:
-- Rien qu'à la physionomie de M. Hardy, j'ai vu que tout était
fini. M. Hardy, s'adressant à moi d'une voix douce, mais ferme, me
dit: «Je conçois, j'excuse même le motif qui vous amène ici; mais
je suis décidé à vivre désormais dans la retraite et dans la
prière; je prends cette résolution librement, volontairement,
parce que je songe au salut de mon âme; du reste, dites à vos
camarades que mes dispositions sont telles qu'ils conserveront de
moi un bon souvenir.» Et comme j'allais parler, M. Hardy m'a
interrompu en me disant: «C'est inutile, mon ami, ma détermination
est inébranlable; ne m'écrivez pas, vos lettres resteraient sans
réponse... La prière m'absorbera désormais tout entier... Adieu;
excusez-moi si je vous quitte, mais le voyage m'a fatigué.» Il
disait vrai, car il était pâle comme un spectre, il avait même, ce
me semble, quelque chose d'égaré dans les yeux et, depuis la
veille, il était à peine reconnaissable, sa main, qu'il m'a donnée
en nous quittant, était sèche et brûlante. L'abbé d'Aigrigny est
rentré. «Mon père, lui a dit M. Hardy, voulez-vous avoir la bonté
de reconduire M. Agricol Baudoin?» En disant ces mots, il m'a fait
de la main un signe d'adieu, et il est rentré dans la chambre
voisine. Tout était fini, il était à jamais perdu pour nous.
-- Oui, dit Dagobert, ces robes noires l'ont ensorcelé comme tant
d'autres.
-- Alors, reprit Agricol, désespéré, je suis revenu ici avec
M. Dupont. Voilà donc que les prêtres sont parvenus à faire de
M. Hardy... de cet homme généreux, qui faisait vivre près de trois
cents ouvriers laborieux dans l'ordre et dans le bonheur,
développant leur intelligence, améliorant leur coeur, se faisant
enfin bénir par ce petit peuple, dont il était la providence... Au
lieu de cela, M. Hardy est maintenant à jamais voué à une vie
contemplative, sinistre et stérile.
-- Oh! les robes noires... dit Dagobert en frissonnant sans
pouvoir cacher un effroi indéfinissable, plus je vais... plus j'en
ai peur... Tu as vu ce que ces gens-là ont fait de ta pauvre
mère... tu vois ce qu'ils viennent de faire de M. Hardy; tu sais
leurs complots contre mes deux pauvres orphelines, contre cette
généreuse demoiselle... Oh! ces gens-là sont bien puissants...
J'aimerais mieux affronter un carré de grenadiers russes qu'une
douzaine de ces soutanes. Mais ne parlons plus de ça, j'ai bien
d'autres sujets de chagrin et de crainte.
Puis, voyant l'air surpris d'Agricol, le soldat, ne pouvant
contenir son émotion, se jeta dans les bras de son fils en
s'écriant d'une voix oppressée:
-- Je n'y tiens plus, mon coeur déborde; il faut que je parle...
et à qui me confier, sinon à toi?...
-- Mon père... vous m'effrayez! dit Agricol, que se passe-t-il
donc?
-- Tiens, vois-tu... sans toi et ces deux pauvres petites, je me
serais vingt fois brûlé la cervelle... plutôt que de voir ce que
je vois... et surtout de craindre ce que je crains.
-- Que crains-tu donc... mon père?
-- Depuis quelques jours, je ne sais pas ce qu'a le maréchal, mais
il m'épouvante.
-- Cependant, ses derniers entretiens avec Mlle de Cardoville...
-- Oui... il y avait un peu de mieux... Par ses bonnes paroles,
cette généreuse demoiselle avait répandu comme un baume sur ses
blessures; la présence du jeune Indien l'avait aussi distrait...
il ne paraissait presque plus soucieux, et ses pauvres petites
filles s'en étaient ressenties... Mais depuis quelques jours... je
ne sais quel démon s'est de nouveau déchaîné contre la famille...
c'est à en perdre la tête. Je suis sûr d'abord que les lettres
anonymes, qui avaient cessé, ont recommencé[32].
-- Quelles lettres, mon père?
-- Les lettres anonymes...
-- Et ces lettres... à quel propos?
-- Tu sais la haine que le maréchal avait déjà contre ce renégat
d'abbé d'Aigrigny; quand il a su que ce traître était ici et qu'il
avait poursuivi les deux orphelines, comme il avait poursuivi leur
mère... jusqu'à la mort... mais qu'il s'était fait prêtre, j'ai
cru que le maréchal allait devenir fou d'indignation et de
fureur... Il voulait aller trouver le renégat... d'un mot je l'ai
calmé. «Il est prêtre, lui ai-je dit; vous aurez beau faire,
l'injurier, le crosser, il ne se battra pas; il a commencé par
servir contre son pays, il finit par être un mauvais prêtre; c'est
tout simple; ça ne vaut pas la peine de cracher dessus. -- Mais il
faut bien pourtant que je le punisse du mal qu'il a fait à mes
enfants; et que je venge la mort de ma femme! s'écriait le
maréchal exaspéré. -- Vous savez bien qu'on dit qu'il n'y a que
les tribunaux qui peuvent vous venger, lui ai-je dit. Mlle de
Cardoville a déposé une plainte contre le renégat pour avoir voulu
séquestrer vos enfants dans un couvent... il faut ronger son
frein... attendre...»
-- Oui, dit tristement Agricol; et malheureusement les preuves
manquent contre l'abbé d'Aigrigny... L'autre jour, lorsque j'ai
été interrogé par l'avocat de Mlle de Cardoville sur notre
escalade du couvent, il m'a dit que l'on rencontrait des obstacles
à chaque instant, faute de preuves matérielles, et que ces prêtres
avaient si bien pris leurs mesures, que la plainte n'aboutirait
peut-être pas.
-- C'est ce que croit aussi le maréchal... mon enfant, et son
irritation contre une telle injustice augmente encore.
-- Il devrait mépriser ces misérables.
-- Et les lettres anonymes?
-- Comment cela, mon père?
-- Apprends donc tout: brave et loyal comme l'est le maréchal, son
premier mouvement d'indignation passé, il a reconnu qu'insulter le
renégat depuis que ce lâche s'était déguisé en prêtre, ce serait
comme s'il insultait une femme ou un vieillard; il a donc méprisé,
oublié autant de fois qu'il l'a pu; mais alors, presque chaque
jour, par la poste sont venues des lettres anonymes et dans ces
lettres on tâchait, par tous les moyens possibles, de réveiller,
d'exciter la colère du maréchal contre le renégat, en rappelant
tout le mal que l'abbé d'Aigrigny lui avait fait, à lui ou aux
siens. Enfin on reprochait au maréchal d'être assez lâche pour ne
pas tirer vengeance de ce prêtre, le persécuteur de sa femme et de
ses enfants, qui chaque jour, se raillait insolemment de lui.
-- Et ces lettres... de qui les soupçonnes-tu, mon père?
-- Je n'en sais rien... c'est à en devenir fou... Elles viennent
sans doute des ennemis du maréchal, et il n'a d'ennemis que les
robes noires.
-- Mais, mon père, ces lettres excitant la colère du maréchal
contre l'abbé d'Aigrigny, elles ne peuvent être écrites par ces
prêtres.
-- C'est ce que je me suis dit...
-- Mais quel peut donc être le but de ces anonymes?
-- Le but! mais il n'est que trop clair! s'écria Dagobert. Le
maréchal est vif, ardent, il a mille fois raison de vouloir se
venger du renégat; mais il ne veut pas se faire justice lui-même,
et l'autre justice lui manque... alors il prend sur lui, il tâche
d'oublier, il oublie. Mais voilà que, chaque jour, des lettres
insolemment provocantes viennent ranimer, exaspérer cette haine si
légitime, par des moqueries, par des injures... Mille
tonnerres!... je n'ai pas la tête plus faible qu'un autre, mais à
ce jeu-là je deviendrais fou...
-- Ah! mon père, cette combinaison serait horrible et digne de
l'enfer!
-- Et ce n'est pas tout.
-- Que dites-vous?
-- Le maréchal a encore reçu d'autres lettres; mais celles-là...
il ne me les a pas montrées; seulement, lorsqu'il a lu la
première, il est resté comme atterré sous le coup, et il a dit à
voix basse: «Ils ne respectent même pas cela... Oh!... c'est
trop... c'est trop», et, cachant son visage entre ses mains... il
a pleuré.
-- Lui... le maréchal, pleurer! s'écria le forgeron, ne pouvant
croire ce qu'il entendait.
-- Oui, reprit Dagobert, lui... il a pleuré... comme un enfant.
-- Et que pouvaient contenir ces lettres, mon père?
-- Je n'ai pas osé le lui demander... tant il a paru malheureux et
accablé.
-- Mais, ainsi harcelé, tourmenté sans cesse, le maréchal doit
mener une vie atroce...
-- Et ses pauvres petites filles donc! qu'il voit de plus en plus
tristes, abattues, sans qu'il soit possible de deviner la cause de
leurs chagrins! et la mort de son père!... qu'il a vu expirer dans
ses bras! Tu croirais que c'est assez comme ça, n'est-ce pas? Eh
bien, non... j'en suis sûr... le maréchal éprouve quelque chose de
plus pénible encore: depuis quelque temps il n'est plus
reconnaissable; maintenant, pour un rien, il s'irrite, il
s'emporte, il entre dans des accès de colère tels... que... Après
un moment d'hésitation, le soldat reprit: Après tout, je puis bien
te dire ceci à toi... mon pauvre enfant; eh bien, tout à l'heure
je suis monté chez le maréchal... et j'ai ôté les capsules de ses
pistolets...
-- Ah!... mon père... s'écria Agricol, tu craindrais!...
-- Dans l'état d'exaspération où je l'ai vu hier, il faut tout
craindre.
-- Que s'est-il donc passé?
-- Depuis quelque temps, il a souvent de longs entretiens secrets
avec un monsieur qui a l'air d'un ancien militaire, d'un brave et
digne homme; j'ai remarqué que l'agitation, que la tristesse du
maréchal, redoublent toujours après ces visites; deux ou trois
fois je lui ai parlé là-dessus; j'ai vu à son air que cela lui
déplaisait, je n'ai pas insisté. Hier, ce monsieur est revenu le
soir; il est resté ici jusqu'à près de onze heures, et sa femme
est venue le chercher et l'attendre dans un fiacre; après son
départ, je suis monté pour voir si le maréchal avait besoin de
quelque chose; il était très pâle, mais calme; il m'a remercié; je
suis redescendu. Tu sais que ma chambre, qui est à côté, se trouve
juste au-dessous de la sienne; une fois chez moi, j'entends
d'abord le maréchal aller et venir, comme s'il avait marché avec
agitation; mais bientôt il me semble qu'il pousse et renverse des
meubles avec fracas. Effrayé, je monte; il me demande d'un air
irrité ce que je veux, et m'ordonne de sortir. Alors, le voyant
dans cet état, je reste; il s'emporte, je reste toujours; mais,
apercevant une chaise et une table renversées, je les lui montre
d'un air si triste, qu'il me comprend; et comme il est aussi bon
que ce qu'il y a de meilleur au monde, il me prend la main, et me
dit: «Pardon de t'inquiéter ainsi, mon bon Dagobert; mais tout à
l'heure, j'ai eu un moment d'emportement absurde; je n'avais pas
la tête à moi; je crois que je me serais jeté par la fenêtre, si
elle eût été ouverte. Pourvu que mes pauvres chères petites ne
m'aient pas entendu...» ajouta-t-il en allant sur la pointe du
pied ouvrir la porte de la pièce qui communique à la chambre à
coucher de ses filles. Après avoir écouté un instant à cette porte
avec angoisse, n'entendant rien, il est revenu près de moi:
«Heureusement, elles dorment,» m'a-t-il dit. Alors je lui ai
demandé ce qui causait son agitation, s'il avait reçu, malgré mes
précautions, quelque nouvelle lettre anonyme. «Non... m'a-t-il
répondu d'un air sombre; mais laisse-moi, mon ami, je me sens
mieux; cela m'a fait du bien de te voir; bonsoir, mon vieux
camarade; descends chez toi, va te reposer.» Moi, je me garde bien
de m'en aller; je fais semblant de descendre et je remonte
m'asseoir sur la dernière marche de l'escalier, l'oreille au guet;
sans doute, pour se calmer tout à fait, le maréchal a été
embrasser ses filles, car j'ai entendu ouvrir et refermer la porte
qui conduit chez elles. Puis, il est revenu, s'est encore promené
longtemps dans sa chambre, mais d'un pas plus calme; enfin, je
l'ai entendu se jeter sur son lit, et je ne suis redescendu chez
moi qu'au jour... Heureusement le reste de sa nuit m'a paru
tranquille.
-- Mais que peut-il avoir, mon père?
-- Je ne sais... Lorsque je suis monté, j'ai été frappé de
l'altération de sa figure, de l'éclat de ses yeux... il aurait eu
le délire ou une fièvre chaude, qu'il n'eût pas été autrement...
aussi, lui entendant dire que si la fenêtre avait été ouverte, il
s'y serait jeté, j'ai cru prudent d'ôter les capsules de ses
pistolets.
-- Je n'en reviens pas! dit Agricol. Le maréchal... un homme si
ferme, si intrépide, si calme... avoir de ces emportements!...
-- Je te dis qu'il se passe en lui quelque chose d'extraordinaire:
depuis deux jours il n'a pas une seule fois vu ses enfants, ce qui
pour lui est toujours mauvais signe, sans compter que les pauvres
petites sont désolées, car alors ces deux anges se figurent avoir
donné à leur père quelque sujet de mécontentement, et alors leur
tristesse redouble... Elles... le mécontenter... si tu savais leur
vie... chères enfants... une promenade à pied ou en voiture avec
moi et leur gouvernante, car je ne les laisse jamais aller seules,
et puis elles rentrent et se mettent à étudier, à lire ou à
broder; toujours ensemble... et puis elles se couchent; leur
gouvernante, qui est, je crois, une digne femme, m'a dit que
quelquefois la nuit elles les avait vues pleurer en dormant.
Pauvres enfants! jusqu'ici elles n'ont guère connu le bonheur, dit
le soldat avec un soupir.
À ce moment, entendant marcher précipitamment dans la cour,
Dagobert leva les yeux et vit le maréchal Simon, la figure pâle,
l'air égaré, tenant de ses deux mains une lettre qu'il semblait
lire avec une anxiété dévorante.