XL. Les anonymes.

Nous dirons tout à l'heure ce qu'il advint de la lettre que Rabat-

Joie tenait entre ses dents, et pourquoi il quitta son maître

lorsque celui-ci courut au-devant d'Agricol.

Dagobert n'avait pas vu son fils depuis plusieurs jours;

l'embrassant d'abord cordialement, il le conduisit ensuite dans

une des deux pièces du rez-de-chaussée qui composaient son

appartement.

-- Et ta femme, comment va-t-elle! dit le soldat à son fils.

-- Elle va bien, mon père, je te remercie.

S'apercevant alors de l'altération des traits d'Agricol, Dagobert

reprit:

-- Tu as l'air chagrin! T'est-il arrivé quelque chose depuis que

je ne t'ai vu!

-- Mon père... tout est fini... il est perdu pour nous, dit le

forgeron avec un accent désespéré.

-- De qui parles-tu!

-- De M. Hardy.

-- Lui!... mais, il y a trois jours, tu devais, m'as-tu dit, aller

le voir!...

-- Oui, mon père, je l'ai vu; mon digne frère Gabriel aussi l'a

vu... et lui a parlé, comme il parle... avec la voix du coeur;

aussi l'avait-il si bravement ranimé, encouragé, que M. Hardy

s'était décidé à revenir auprès de nous; alors, moi, fou de

bonheur, je cours apprendre cette bonne nouvelle à quelques

camarades qui m'attendaient pour savoir le résultat de notre

entrevue; j'accours avec eux pour le remercier. Nous étions à cent

pas de la porte de la maison des robes noires...

-- Les robes noires! dit Dagobert d'un air sombre. Alors...

quelque malheur doit arriver... je les connais...

-- Tu ne te trompes pas, mon père, répondit Agricol avec un

soupir; j'accourais donc avec mes camarades, lorsque je vois de

loin arriver une voiture; je ne sais quel pressentiment me dit que

c'était M. Hardy qu'on emmenait.

-- De force! dit vivement Dagobert.

-- Non, répondit amèrement Agricol, non; ces prêtres sont trop

adroits pour ça... ils savent toujours vous rendre complices du

mal qu'ils vous font; ne sais-je pas comment ils s'y sont pris

avec ma bonne mère!

-- Oui... digne femme... encore une pauvre créature qu'ils ont

enlacée dans leur toile... Mais cette voiture dont tu parles!

-- En la voyant sortir de la maison des robes noires, reprit

Agricol, mon coeur se serre et, par un mouvement plus fort que

moi, je me jette à la tête des chevaux, en appelant à l'aide; mais

le postillon me renverse d'un coup de fouet qui m'étourdit, je

tombe... Quand je revins à moi, la voiture était loin.

-- Tu n'as pas été blessé? s'écria vivement Dagobert en examinant

son fils.

-- Non, mon père... une égratignure.

-- Qu'as-tu fait alors, mon garçon?

-- J'ai couru chez le bon ange, chez Mlle de Cardoville; je lui ai

tout conté. «Il faut, m'a-t-elle dit, suivre à l'instant la trace

de M. Hardy. Vous allez prendre une voiture à moi, des chevaux de

poste; M. Dupont vous accompagnera, vous suivrez M. Hardy de

relais en relais, et si vous parvenez à le revoir, peut-être votre

présence, vos prières vaincront la funeste influence que ces

prêtres ont su prendre sur lui.

-- C'était ce qu'il y avait de mieux à faire; cette digne

demoiselle avait raison.

-- Une heure après, nous étions sur la voie de M. Hardy; car nous

avions su par les postillons de retour qu'il tenait la route

d'Orléans; nous le suivons jusqu'à Étampes; là on nous dit qu'il

avait pris la traverse pour gagner une maison isolée dans une

vallée, à quatre lieues de toute grande route; que cette maison,

appelée le Val-de-Saint-Hérem, appartient à des prêtres; mais que

la nuit est si noire, les chemins si mauvais, que nous ferions

mieux de coucher à l'auberge et de repartir de grand matin; nous

suivons ce conseil. Au point du jour, nous montons en voiture; un

quart d'heure après, nous quittons la grande route pour une

traverse montueuse et déserte; ce n'était partout que des rocs de

grès avec quelques bouleaux. À mesure que nous avancions, le site

devenait de plus en plus sauvage; on se serait cru à cent lieues

de Paris. Enfin nous nous arrêtons devant une grande et vieille

maison noirâtre, à peine percée de quelques petites fenêtres, et

bâtie au pied d'une haute montagne toute couverte de ces roches de

grès. De ma vie je n'ai rien vu de plus désert, de plus triste.

Nous descendons de voiture, je sonne à une porte; un homme vient

m'ouvrir. «L'abbé d'Aigrigny est arrivé ici, cette nuit, avec un

monsieur, dis-je à cet homme avec un air d'intelligence; prévenez

tout de suite ce monsieur que je viens pour quelque chose de très

important, et qu'il faut que je le voie à l'instant.» Cet homme,

me croyant d'accord avec l'abbé, nous fait entrer; au bout d'un

instant, l'abbé d'Aigrigny ouvre la porte, me voit, recule et

disparaît; mais, cinq minutes après, j'étais en présence de

M. Hardy.

-- Eh bien? dit Dagobert avec intérêt. Agricol secoua tristement

la tête et reprit:

-- Rien qu'à la physionomie de M. Hardy, j'ai vu que tout était

fini. M. Hardy, s'adressant à moi d'une voix douce, mais ferme, me

dit: «Je conçois, j'excuse même le motif qui vous amène ici; mais

je suis décidé à vivre désormais dans la retraite et dans la

prière; je prends cette résolution librement, volontairement,

parce que je songe au salut de mon âme; du reste, dites à vos

camarades que mes dispositions sont telles qu'ils conserveront de

moi un bon souvenir.» Et comme j'allais parler, M. Hardy m'a

interrompu en me disant: «C'est inutile, mon ami, ma détermination

est inébranlable; ne m'écrivez pas, vos lettres resteraient sans

réponse... La prière m'absorbera désormais tout entier... Adieu;

excusez-moi si je vous quitte, mais le voyage m'a fatigué.» Il

disait vrai, car il était pâle comme un spectre, il avait même, ce

me semble, quelque chose d'égaré dans les yeux et, depuis la

veille, il était à peine reconnaissable, sa main, qu'il m'a donnée

en nous quittant, était sèche et brûlante. L'abbé d'Aigrigny est

rentré. «Mon père, lui a dit M. Hardy, voulez-vous avoir la bonté

de reconduire M. Agricol Baudoin?» En disant ces mots, il m'a fait

de la main un signe d'adieu, et il est rentré dans la chambre

voisine. Tout était fini, il était à jamais perdu pour nous.

-- Oui, dit Dagobert, ces robes noires l'ont ensorcelé comme tant

d'autres.

-- Alors, reprit Agricol, désespéré, je suis revenu ici avec

M. Dupont. Voilà donc que les prêtres sont parvenus à faire de

M. Hardy... de cet homme généreux, qui faisait vivre près de trois

cents ouvriers laborieux dans l'ordre et dans le bonheur,

développant leur intelligence, améliorant leur coeur, se faisant

enfin bénir par ce petit peuple, dont il était la providence... Au

lieu de cela, M. Hardy est maintenant à jamais voué à une vie

contemplative, sinistre et stérile.

-- Oh! les robes noires... dit Dagobert en frissonnant sans

pouvoir cacher un effroi indéfinissable, plus je vais... plus j'en

ai peur... Tu as vu ce que ces gens-là ont fait de ta pauvre

mère... tu vois ce qu'ils viennent de faire de M. Hardy; tu sais

leurs complots contre mes deux pauvres orphelines, contre cette

généreuse demoiselle... Oh! ces gens-là sont bien puissants...

J'aimerais mieux affronter un carré de grenadiers russes qu'une

douzaine de ces soutanes. Mais ne parlons plus de ça, j'ai bien

d'autres sujets de chagrin et de crainte.

Puis, voyant l'air surpris d'Agricol, le soldat, ne pouvant

contenir son émotion, se jeta dans les bras de son fils en

s'écriant d'une voix oppressée:

-- Je n'y tiens plus, mon coeur déborde; il faut que je parle...

et à qui me confier, sinon à toi?...

-- Mon père... vous m'effrayez! dit Agricol, que se passe-t-il

donc?

-- Tiens, vois-tu... sans toi et ces deux pauvres petites, je me

serais vingt fois brûlé la cervelle... plutôt que de voir ce que

je vois... et surtout de craindre ce que je crains.

-- Que crains-tu donc... mon père?

-- Depuis quelques jours, je ne sais pas ce qu'a le maréchal, mais

il m'épouvante.

-- Cependant, ses derniers entretiens avec Mlle de Cardoville...

-- Oui... il y avait un peu de mieux... Par ses bonnes paroles,

cette généreuse demoiselle avait répandu comme un baume sur ses

blessures; la présence du jeune Indien l'avait aussi distrait...

il ne paraissait presque plus soucieux, et ses pauvres petites

filles s'en étaient ressenties... Mais depuis quelques jours... je

ne sais quel démon s'est de nouveau déchaîné contre la famille...

c'est à en perdre la tête. Je suis sûr d'abord que les lettres

anonymes, qui avaient cessé, ont recommencé[32].

-- Quelles lettres, mon père?

-- Les lettres anonymes...

-- Et ces lettres... à quel propos?

-- Tu sais la haine que le maréchal avait déjà contre ce renégat

d'abbé d'Aigrigny; quand il a su que ce traître était ici et qu'il

avait poursuivi les deux orphelines, comme il avait poursuivi leur

mère... jusqu'à la mort... mais qu'il s'était fait prêtre, j'ai

cru que le maréchal allait devenir fou d'indignation et de

fureur... Il voulait aller trouver le renégat... d'un mot je l'ai

calmé. «Il est prêtre, lui ai-je dit; vous aurez beau faire,

l'injurier, le crosser, il ne se battra pas; il a commencé par

servir contre son pays, il finit par être un mauvais prêtre; c'est

tout simple; ça ne vaut pas la peine de cracher dessus. -- Mais il

faut bien pourtant que je le punisse du mal qu'il a fait à mes

enfants; et que je venge la mort de ma femme! s'écriait le

maréchal exaspéré. -- Vous savez bien qu'on dit qu'il n'y a que

les tribunaux qui peuvent vous venger, lui ai-je dit. Mlle de

Cardoville a déposé une plainte contre le renégat pour avoir voulu

séquestrer vos enfants dans un couvent... il faut ronger son

frein... attendre...»

-- Oui, dit tristement Agricol; et malheureusement les preuves

manquent contre l'abbé d'Aigrigny... L'autre jour, lorsque j'ai

été interrogé par l'avocat de Mlle de Cardoville sur notre

escalade du couvent, il m'a dit que l'on rencontrait des obstacles

à chaque instant, faute de preuves matérielles, et que ces prêtres

avaient si bien pris leurs mesures, que la plainte n'aboutirait

peut-être pas.

-- C'est ce que croit aussi le maréchal... mon enfant, et son

irritation contre une telle injustice augmente encore.

-- Il devrait mépriser ces misérables.

-- Et les lettres anonymes?

-- Comment cela, mon père?

-- Apprends donc tout: brave et loyal comme l'est le maréchal, son

premier mouvement d'indignation passé, il a reconnu qu'insulter le

renégat depuis que ce lâche s'était déguisé en prêtre, ce serait

comme s'il insultait une femme ou un vieillard; il a donc méprisé,

oublié autant de fois qu'il l'a pu; mais alors, presque chaque

jour, par la poste sont venues des lettres anonymes et dans ces

lettres on tâchait, par tous les moyens possibles, de réveiller,

d'exciter la colère du maréchal contre le renégat, en rappelant

tout le mal que l'abbé d'Aigrigny lui avait fait, à lui ou aux

siens. Enfin on reprochait au maréchal d'être assez lâche pour ne

pas tirer vengeance de ce prêtre, le persécuteur de sa femme et de

ses enfants, qui chaque jour, se raillait insolemment de lui.

-- Et ces lettres... de qui les soupçonnes-tu, mon père?

-- Je n'en sais rien... c'est à en devenir fou... Elles viennent

sans doute des ennemis du maréchal, et il n'a d'ennemis que les

robes noires.

-- Mais, mon père, ces lettres excitant la colère du maréchal

contre l'abbé d'Aigrigny, elles ne peuvent être écrites par ces

prêtres.

-- C'est ce que je me suis dit...

-- Mais quel peut donc être le but de ces anonymes?

-- Le but! mais il n'est que trop clair! s'écria Dagobert. Le

maréchal est vif, ardent, il a mille fois raison de vouloir se

venger du renégat; mais il ne veut pas se faire justice lui-même,

et l'autre justice lui manque... alors il prend sur lui, il tâche

d'oublier, il oublie. Mais voilà que, chaque jour, des lettres

insolemment provocantes viennent ranimer, exaspérer cette haine si

légitime, par des moqueries, par des injures... Mille

tonnerres!... je n'ai pas la tête plus faible qu'un autre, mais à

ce jeu-là je deviendrais fou...

-- Ah! mon père, cette combinaison serait horrible et digne de

l'enfer!

-- Et ce n'est pas tout.

-- Que dites-vous?

-- Le maréchal a encore reçu d'autres lettres; mais celles-là...

il ne me les a pas montrées; seulement, lorsqu'il a lu la

première, il est resté comme atterré sous le coup, et il a dit à

voix basse: «Ils ne respectent même pas cela... Oh!... c'est

trop... c'est trop», et, cachant son visage entre ses mains... il

a pleuré.

-- Lui... le maréchal, pleurer! s'écria le forgeron, ne pouvant

croire ce qu'il entendait.

-- Oui, reprit Dagobert, lui... il a pleuré... comme un enfant.

-- Et que pouvaient contenir ces lettres, mon père?

-- Je n'ai pas osé le lui demander... tant il a paru malheureux et

accablé.

-- Mais, ainsi harcelé, tourmenté sans cesse, le maréchal doit

mener une vie atroce...

-- Et ses pauvres petites filles donc! qu'il voit de plus en plus

tristes, abattues, sans qu'il soit possible de deviner la cause de

leurs chagrins! et la mort de son père!... qu'il a vu expirer dans

ses bras! Tu croirais que c'est assez comme ça, n'est-ce pas? Eh

bien, non... j'en suis sûr... le maréchal éprouve quelque chose de

plus pénible encore: depuis quelque temps il n'est plus

reconnaissable; maintenant, pour un rien, il s'irrite, il

s'emporte, il entre dans des accès de colère tels... que... Après

un moment d'hésitation, le soldat reprit: Après tout, je puis bien

te dire ceci à toi... mon pauvre enfant; eh bien, tout à l'heure

je suis monté chez le maréchal... et j'ai ôté les capsules de ses

pistolets...

-- Ah!... mon père... s'écria Agricol, tu craindrais!...

-- Dans l'état d'exaspération où je l'ai vu hier, il faut tout

craindre.

-- Que s'est-il donc passé?

-- Depuis quelque temps, il a souvent de longs entretiens secrets

avec un monsieur qui a l'air d'un ancien militaire, d'un brave et

digne homme; j'ai remarqué que l'agitation, que la tristesse du

maréchal, redoublent toujours après ces visites; deux ou trois

fois je lui ai parlé là-dessus; j'ai vu à son air que cela lui

déplaisait, je n'ai pas insisté. Hier, ce monsieur est revenu le

soir; il est resté ici jusqu'à près de onze heures, et sa femme

est venue le chercher et l'attendre dans un fiacre; après son

départ, je suis monté pour voir si le maréchal avait besoin de

quelque chose; il était très pâle, mais calme; il m'a remercié; je

suis redescendu. Tu sais que ma chambre, qui est à côté, se trouve

juste au-dessous de la sienne; une fois chez moi, j'entends

d'abord le maréchal aller et venir, comme s'il avait marché avec

agitation; mais bientôt il me semble qu'il pousse et renverse des

meubles avec fracas. Effrayé, je monte; il me demande d'un air

irrité ce que je veux, et m'ordonne de sortir. Alors, le voyant

dans cet état, je reste; il s'emporte, je reste toujours; mais,

apercevant une chaise et une table renversées, je les lui montre

d'un air si triste, qu'il me comprend; et comme il est aussi bon

que ce qu'il y a de meilleur au monde, il me prend la main, et me

dit: «Pardon de t'inquiéter ainsi, mon bon Dagobert; mais tout à

l'heure, j'ai eu un moment d'emportement absurde; je n'avais pas

la tête à moi; je crois que je me serais jeté par la fenêtre, si

elle eût été ouverte. Pourvu que mes pauvres chères petites ne

m'aient pas entendu...» ajouta-t-il en allant sur la pointe du

pied ouvrir la porte de la pièce qui communique à la chambre à

coucher de ses filles. Après avoir écouté un instant à cette porte

avec angoisse, n'entendant rien, il est revenu près de moi:

«Heureusement, elles dorment,» m'a-t-il dit. Alors je lui ai

demandé ce qui causait son agitation, s'il avait reçu, malgré mes

précautions, quelque nouvelle lettre anonyme. «Non... m'a-t-il

répondu d'un air sombre; mais laisse-moi, mon ami, je me sens

mieux; cela m'a fait du bien de te voir; bonsoir, mon vieux

camarade; descends chez toi, va te reposer.» Moi, je me garde bien

de m'en aller; je fais semblant de descendre et je remonte

m'asseoir sur la dernière marche de l'escalier, l'oreille au guet;

sans doute, pour se calmer tout à fait, le maréchal a été

embrasser ses filles, car j'ai entendu ouvrir et refermer la porte

qui conduit chez elles. Puis, il est revenu, s'est encore promené

longtemps dans sa chambre, mais d'un pas plus calme; enfin, je

l'ai entendu se jeter sur son lit, et je ne suis redescendu chez

moi qu'au jour... Heureusement le reste de sa nuit m'a paru

tranquille.

-- Mais que peut-il avoir, mon père?

-- Je ne sais... Lorsque je suis monté, j'ai été frappé de

l'altération de sa figure, de l'éclat de ses yeux... il aurait eu

le délire ou une fièvre chaude, qu'il n'eût pas été autrement...

aussi, lui entendant dire que si la fenêtre avait été ouverte, il

s'y serait jeté, j'ai cru prudent d'ôter les capsules de ses

pistolets.

-- Je n'en reviens pas! dit Agricol. Le maréchal... un homme si

ferme, si intrépide, si calme... avoir de ces emportements!...

-- Je te dis qu'il se passe en lui quelque chose d'extraordinaire:

depuis deux jours il n'a pas une seule fois vu ses enfants, ce qui

pour lui est toujours mauvais signe, sans compter que les pauvres

petites sont désolées, car alors ces deux anges se figurent avoir

donné à leur père quelque sujet de mécontentement, et alors leur

tristesse redouble... Elles... le mécontenter... si tu savais leur

vie... chères enfants... une promenade à pied ou en voiture avec

moi et leur gouvernante, car je ne les laisse jamais aller seules,

et puis elles rentrent et se mettent à étudier, à lire ou à

broder; toujours ensemble... et puis elles se couchent; leur

gouvernante, qui est, je crois, une digne femme, m'a dit que

quelquefois la nuit elles les avait vues pleurer en dormant.

Pauvres enfants! jusqu'ici elles n'ont guère connu le bonheur, dit

le soldat avec un soupir.

À ce moment, entendant marcher précipitamment dans la cour,

Dagobert leva les yeux et vit le maréchal Simon, la figure pâle,

l'air égaré, tenant de ses deux mains une lettre qu'il semblait

lire avec une anxiété dévorante.

Le juif errant - Tome II · 第 97 / 128 题