-- Je vous le répète, mon ami, reprit-il, la vie active est finie
pour moi; en peu de temps, voyez-vous, j'ai vieilli de vingt ans;
je n'ai plus ni la force, ni la volonté, ni le courage de
recommencer à travailler comme par le passé; j'ai fait, et je m'en
félicite, ce que j'ai pu pour le bien de l'humanité... j'ai payé
ma dette... Mais à cette heure je n'ai plus qu'un désir, le
repos... qu'une espérance... les consolations et la paix que
procure la religion.
-- Comment! monsieur, dit Agricol, au comble de la stupeur, vous
aimez mieux vivre ici dans ce lugubre isolement, que de vivre au
milieu de nous qui vous aimons tant!... Vous croyez que vous serez
plus heureux ici, parmi ces prêtres, que dans votre fabrique
relevée de ses ruines, et redevenue plus florissante que jamais.
-- Il n'est pas de bonheur possible ici-bas, dit M. Hardy avec
amertume.
Après un moment d'hésitation, Agricol reprit vivement d'une voix
très altérée:
-- Monsieur... on vous trompe, on vous abuse d'une manière infâme.
-- Que voulez-vous dire, mon ami!
-- Je vous dis, monsieur Hardy, que ces prêtres qui vous entourent
ont de sinistres desseins... Mais, mon Dieu! monsieur, vous ne
savez donc pas où vous êtes, ici!
-- Chez de bons religieux de la compagnie de Jésus.
-- Oui, vos plus mortels ennemis.
-- Des ennemis!... Et M. Hardy sourit avec une douloureuse
indifférence. Je n'ai pas à craindre d'ennemis... où pourraient-ils
me frapper, mon Dieu! il n'y a plus de place...
-- Ils veulent vous déposséder de votre part à un immense
héritage, monsieur, s'écria le forgeron; c'est un plan conçu avec
une infernale habileté; les filles du maréchal Simon, Mlle de
Cardoville, vous, Gabriel, mon frère adoptif... tout ce qui
appartient à votre famille enfin a déjà failli être victime de
leurs machinations: je vous dis que ces prêtres n'ont pas d'autre
but que d'abuser de votre confiance... C'est pour cela que après
l'incendie de la fabrique, ils sont parvenus à vous faire
transporter blessé, presque mourant, dans cette maison, et à vous
soustraire à tous les yeux... C'est pour cela que...