--Quoi! s'écria-t-il, telle est votre opinion, et vous avez hésité à
appuyer les démarches de Seignebos, qui est un brave homme,
décidément...
Le jeune avocat hochait la tête.
--Si je tenais à gagner vingt-quatre heures, c'est que je crois
indispensable de consulter monsieur de Boiscoran. Pouvais-je dire cela à
monsieur Seignebos? Avais-je le droit de lui livrer le secret de
mademoiselle Denise?
--C'est juste, murmura M. de Chandoré, c'est juste...
Mais pour écrire à M. de Boiscoran, l'assistance de Mlle Denise était
indispensable, et ce n'est que dans l'après-midi qu'elle reparut, très
pâle encore, mais armée, visiblement, d'une énergie nouvelle.
Maître Folgat lui dicta les questions à poser au prisonnier, elle se
hâta de les traduire, et, vers les quatre heures, la lettre fut portée
au greffier Méchinet.
Le lendemain soir, la réponse arriva.
_Le docteur Seignebos doit avoir raison, mes chers amis_, écrivait
Jacques. _Je n'ai que trop de raisons d'être sûr que l'imbécillité de
Cocoleu est en partie simulée et que sa déposition lui a été suggérée.
Cependant, je vous en prie, ne faites aucune démarche pour provoquer une
nouvelle enquête médicale. La moindre imprudence peut me perdre. Au nom
du ciel, attendez pour agir la fin de l'instruction, qui est prochaine
maintenant, d'après ce que me dit Daveline..._
C'est en famille que fut lue cette réponse, et sa concision résignée
arracha à Mme de Boiscoran un cri de désespoir.
--Lui obéirons-nous donc! s'écria-t-elle, lorsqu'il est évident qu'il se
perd, le malheureux, en s'obstinant ainsi...
Mlle Denise se leva.
--Seul juge de la situation, prononça-t-elle, Jacques a le droit de
commander, et notre devoir est d'obéir... J'en appelle à maître Folgat.
Du geste le jeune avocat approuvait.
--Tout ce qui était possible a été fait, dit-il. Maintenant, il ne reste
plus qu'à attendre.