Un voyage d'exploration.--Prospection d'un creek.--Une percée dans
la forêt.--Ces pauvres baudets.--Maladie et
démoralisation.--Moustiques et maringouins.--L'heureux camp. Des
morilles.--Sur Quartz Creek.--Une découverte aurifère.--Eboulement.
Etayement des puits.--Location de claims.
Le 11 juillet au matin, à 4 heures, un compagnon et moi nous poussions
devant nous, dans la rue de Dawson, trois baudets bâtés. Après avoir
dépassé la scierie, nous nous arrêtions devant la porte d'une cabane
au-dessus de laquelle flottait le drapeau anglais. Le propriétaire, un
ex-lutteur renommé, venait à notre rencontre et bientôt une tente, des
vivres, des couvertures, et des outils de prospection étaient empilés
avec méthode sur le dos des ânes et artistement liés au moyen d'un noeud
solide. Nous devions faire de compagnie une exploration dans la
direction du Mac Question Creek, un affluent de la rivière Stewart,
réputé inexploré mais riche en or. Deux prospecteurs avec deux animaux
nous y avaient déjà précédés en s'y rendant par une autre route. Quand
nos préparatifs furent terminés, notre caravane, composée de huit hommes
et de trois bêtes, se mit en marche en suivant un sentier le long de la
côte, à l'est de la ville. Nous passâmes le Klondyke au moyen d'un bac;
les baudets, un peu trop pesamment chargés, avançaient avec lenteur; le
passage à gué de la rivière ne fut pas sans difficulté, car nos bêtes
s'effrayaient des rapides, peu profonds, mais assez turbulents à cet
endroit.
Après avoir franchi la rivière, le chemin nous conduisit dans une
superbe forêt de bouleaux mêlés de quelques sapins blancs. Puis bientôt
nous pénétrâmes dans le Cagnon marquant l'entrée de la vallée de
Bonanza; la marche se poursuivit sans incident, mais avec lenteur, car
nos ânes avaient peine à retirer leurs petits sabots de la boue gluante
de la sente; vers midi on fit halte; nous recueillîmes quelques branches
éparses sur les débris de quartz et nous fîmes flamber un feu pour
préparer nos aliments: lard, biscuit, thé.
Pendant ce temps, les animaux, débarrassés de leur fardeau, se
régalaient des herbes succulentes qui croissent en abondance dans ce sol
d'alluvion. Le repas, mangé de grand appétit, étant terminé, nous
lavâmes la vaisselle, rechargeâmes les ânes, et bientôt nous étions
repartis. Le soleil était brûlant, le terrain glacé. Et cette anomalie
se traduisit par un défoncement pitoyable de la sente; nous piétinions
un limon noirâtre, tenace, épais, qui nous retenait en place, surtout
quand nous enfoncions jusqu'à mi-jambe.
Dans de pareilles conditions on avançait lentement. À un certain moment
l'embourbement devint tel qu'il fallut absolument faire l'ascension de
la colline pour s'éloigner des bords mêmes de la rivière. Mais soudain,
le pauvre aliboron qui portait la tente glissa, le pied lui manqua, et
le voilà pirouettant sur lui-même, pour aller, avec sa charge, s'étaler
dans une mare de boue liquide, à 10 mètres plus bas. Notre premier
mouvement fut de rire de l'aventure, la culbute étant si comique; le
second fut de nous précipiter au secours de la bête qui, les quatre fers
en l'air et reposant mollement sur la tente formant coussin, ne se
pressait pas de reprendre son équilibre. Il fallut dénouer les cordes,
décharger son bât, objet par objet, ensuite nettoyer le tout tant bien
que mal, recharger et repartir. Vers 7 heures du soir, nous déclarâmes
en avoir assez pour la journée, et nous nous arrêtâmes pour camper près
du numéro 25, après avoir fait une quinzaine de kilomètres en autant
d'heures.
[image: PASSAGE D'UN AFFLUENT DU YUKON. DESSIN DE GOTORBE,
PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.]
C'est à cet endroit qu'un facétieux Irlandais, Ruddy Connor, a dressé sa
tente portant l'enseigne engageante de l'_Hôtel de la Goutte de Rosée_.
Le mouvement sans précédent des voyageurs depuis le début de l'été l'a
mis entièrement à court de vivres, à sec de liquides, si bien qu'il a
été contraint de placer, bien en évidence, un écriteau portant ces mots:
«Repas à 75 dollars pour ceux qui ont des sacs remplis, repas gratis
pour ceux qui n'ont pas de sac du tout».
Ayant bien pénétré l'intention de cet hôtelier de génie, nous nous
décidons à camper en face de son écriteau et de faire appel au contenu
de nos sacs pour le dîner.
Talonnés par le désir d'arriver au but, nous n'avons malheureusement pas
le loisir de prendre un long repos, et nous nous levons à minuit et
demi, presque avec le soleil. La route est monotone, les repas le sont
aussi. Ils se composent perpétuellement de lard et de haricots, mais
l'appétit est tel que l'on oublie ce que ce régime a de spartiate. Ce
jour-là, vers 2 heures, l'arête séparant la vallée de Bonanza de celle
du Quartz est atteinte, et nous y trouvons, heureusement pour nos bêtes,
un sentier sec et dur. Sur ces hauteurs nous éprouvons une sensation
exquise: l'air est si pur et si calme, la lumière si douce, les fleurs
sont si éclatantes, les bruyères d'un vert si tendre! Par instants, on
se croirait sur les croupes du Jura, avec cette différence que la pierre
calcaire est remplacée par le quartz; mais tout à coup les andouillers
d'un élan ou d'un caribou blanchis par le soleil viennent nous rappeler
que nous sommes aux antipodes de la civilisation. Finalement, nous nous
arrêtons, vers le soir, dans une ravine couverte de broussailles. À la
lisière des arbres, les compagnons qui nous ont devancés nous attendent.
C'est l'heure du repas. Quelques-uns d'entre nous le préparent sans
tarder: un échafaudage de morceaux de bois et de piquets enfoncés en
terre s'élève bien vite au-dessus d'un feu flambant où des arbres
entiers sont jetés; le tout supporte les vases, marmites, récipients
remplis de tout ce qu'il faut pour parfaire un festin gargantuesque.
D'autres s'occupent à dresser la tente, tandis que les ânes sont laissés
libres de trouver leur fourrage dans la côte tapissée d'herbes variées.
[image: BONANZA CREEK.--DESSIN DE TAYLOR, PHOTOGRAPHIE DE LA
ROCHE, À SEATTLE.]
Le jour suivant, nous abordâmes des parages inexplorés, abondants en
montées et en descentes; mais heureusement le terrain était ferme et
parfois desséché. La forêt remplaçait les broussailles; elle devenait
même si serrée, que nous fûmes obligés d'envoyer en avant-garde deux ou
trois sapeurs qui, la hache à la main, ouvrirent un passage à travers le
fouillis inextricable du bois. Malgré les traces nombreuses et fraîches
de caribous, d'élans, de panthères, de lynx, d'ours et d'autres bêtes
sauvages, il fut impossible à deux des nôtres, bons marcheurs et
excellents tireurs qui, la carabine en main, précédaient la caravane,
d'apercevoir et de tirer le moindre coup de fusil, et pourtant il arriva
parfois que l'herbe foulée au pied par l'animal n'avait pas eu encore le
temps de se redresser.
[image: DÉPART POUR LA CHASSE. DESSIN DE MIGNON, PHOTOGRAPHIE DE
M. GOLDSCHMIDT.]
Après quatre journées de cette marche dans l'intérieur, les difficultés
augmentèrent, la lassitude et la maladie mirent à bas la moitié du
contingent; la dysenterie, la diarrhée, les fièvres terrassèrent les
plus robustes: force nous fut d'établir un campement et de nous arrêter
quelques jours jusqu'à ce que les malades eussent repris assez de forces
pour se remettre en marche. Nous choisissons pour emplacement du camp le
bord d'un ruisseau à l'eau limpide, dans la forêt même: en semblable
occurrence, quand l'eau et le bois ne manquent pas, le prospecteur se
déclare satisfait. Les vivres étant courts, nos chasseurs battirent la
campagne, mais sans succès. Un jour pourtant, ils rencontrèrent une
tente occupée par quatre ou cinq prospecteurs qui venaient de tuer un
élan et qui, généreusement, leur en offrirent un quartier.
Les gens valides de notre caravane occupèrent leur séjour au camp à
prospecter dans le ruisseau; ils y trouvèrent des «couleurs»,
c'est-à-dire quelques parcelles d'or intéressantes sans doute, mais pas
assez abondantes pour justifier des travaux plus importants. Le travail,
dans ces conditions, se fait ainsi: on détache, à coups de pic, du
gravier des bancs et on le lave dans un pan (sorte de plat ou plutôt de
casserole à frire sans manche) avec l'eau du ruisseau même, en faisant
osciller constamment un pan, de façon que l'or, qui est le plus pesant,
se rassemble et se tasse au fond; l'eau que l'on fait courir sur le
gravier entraîne celui-ci et ne laisse bientôt dans le plat que du sable
noir, qui consiste en réalité en cubes minuscules de fer magnétique
contenant très souvent de l'or. Ce sable, étant presque aussi lourd que
l'or, se sépare assez difficilement du métal précieux; néanmoins, avec
un peu de pratique, on arrive aisément à laver le tout, de façon qu'il
ne reste dans le pan que les particules d'or et quelque peu de sable
qu'on élimine en séchant ce résidu sur le feu.
Nous étions arrivés aux confins de cette vaste plaine qui, comme nous
l'avons vu, s'étend des contreforts du Dôme à ceux des montagnes
Rocheuses, à plus de 150 kilomètres à l'Est. L'étude du terrain et le
résultat des prospections nous avaient convaincus que nous étions
parvenus à la limite de la ceinture aurifère. Et, comme l'état
d'abattement de nos malades persistait, nous décidâmes de battre en
retraite pour gagner la vallée du Quartz Creek, que nous savions peu
explorée et peu connue.
[image: PROSPECTION DANS LA VALLÉE DU QUARTZ. DESSIN DE MADAME
PAULE CRAMPEL, D'APRÈS UN CROQUIS DE L'AUTEUR.]
Une marche lente permit aux convalescents de suivre, tant bien que mal,
le gros de la colonne; les baudets, allégés de tout le poids des
provisions consommées depuis le départ, en profitèrent pour s'émanciper.
Nous arrivâmes ainsi un soir pour bivouaquer dans un endroit appelé, par
ironie sans doute, «l'Heureux Camp», car les moustiques, les maringouins
nous y firent souffrir mille tortures et faillirent presque nous faire
verser des larmes de douleur. Nous trouvâmes confirmée la véracité de
cette description d'un homme qui s'y connaît pour y avoir passé:
«En été, il y a des moustiques sans nombre, des marais à traverser, des
montagnes à gravir. Eh bien, tout le temps ces infernales bêtes vous
dévorent jusqu'à ce que parfois la vie elle-même semble être une
malédiction. Je sais ceci par expérience, et j'ai vu des hommes forts,
durs, vigoureux, verser des larmes de rage impuissante devant ces
ennemis innombrables et presque invisibles. Maintenant, supposez que
vous portiez des bottes de mineur en caoutchouc montant jusqu'aux
cuisses et qui sont presque indispensables dans ce pays-là, pendant la
saison d'été, chacune pesant 3 ou 4 livres, un lourd habillement de
laine, des couvertures, des vivres pour dix, vingt ou trente jours,
quelquefois plus, une hache, un pic, une pelle et d'autres articles
indispensables, un poids total de 50, 60, 90 et souvent plus de 100
livres, tout cela porté à dos, pataugeant à travers les marais, vous
débattant dans la broussaille, gravissant les pentes escarpées des
montagnes sous un soleil écorchant qui, de fait, couvre la peau
d'ampoules, pendant que tout le temps la sueur coule à flots et que,
incessamment aussi, le maringouin, doué d'ubiquité, vous assaille à
chaque point vulnérable, s'attaquant surtout à vos yeux, à vos oreilles
et à vos mains et trop souvent, hélas! à votre langue, sans qu'il soit
possible de s'y soustraire. Et puis, ayant échappé à cette torture,
quand vous franchissez le sommet de l'arête, les vents solidifient
presque vos vêtements saturés de sueur, vous glacent jusqu'à la moelle,
et raidissent vos doigts au point qu'ils peuvent à peine se mouvoir.
Après une journée passée dans ces conditions, imaginez que vous vous
asseyez au milieu d'une nuée de moustiques pour prendre votre repas,
qu'il vous a fallu plus d'une heure pour préparer, et qui consiste en
pain pétri à la hâte et cuit sur la braise de votre feu de camp, en
haricots peut-être à demi bouillis, en lard dans la même condition, en
café ou en thé de mauvaise qualité. Si vous êtes fumeur, vous savourez
ensuite une pipe, puis vous vous enveloppez dans vos couvertures avec
quelques rameaux répandus sur le sol, la tête soigneusement couverte,
car le maringouin ne dort jamais, et vous trouvez enfin un sommeil tel
que les conditions peuvent le permettre, mais qui est d'ordinaire, je
dois le dire, profond et assez doux.»
L'Heureux Camp est situé sur l'arête bordant la vallée du Dominion à
l'Est, non loin du Dôme. Nous lâchâmes nos baudets en liberté; comme il
faisait grand jour à 10 ou 11 heures du soir, ils s'éloignèrent bientôt
avec le grelot qu'on leur avait confectionné, deux jours auparavant, au
moyen d'une boîte à conserves vide et d'un gros clou en guise de
battant. Grâce à cette invention (non patentée), on pouvait les suivre
aisément quand ils erraient dans la forêt, ou les retrouver quand ils
s'égaraient. Après le souper on se coucha; mais les moustiques étaient
si agressifs que plusieurs d'entre nous préférèrent s'asseoir auprès du
feu et s'enfumer à outrance pour échapper aux piqûres de ces affreuses
bêtes. Le lendemain nous subîmes là un orage épouvantable, avec éclairs
sinistres et coups de tonnerre effrayants, tandis que la pluie perçait
nos vêtements de part en part. Il y a souvent, en été, de violentes
perturbations de l'équilibre atmosphérique, mais elles sont heureusement
de courte durée, et elles contribuent à maintenir l'air pur et frais.
Le jour suivant, descente le long de l'arête qui sépare Quartz Creek de
Canyon Creek: le paysage est charmant; après les bruyères et les
arbrisseaux viennent des broussailles, puis des bois avec des sous-bois
luxuriants; les clairières sont, par places, tapissées d'herbes et de
fleurs dont les tons s'harmonisent parfaitement, fonds verts relevés de
motifs de couleurs gaies, tandis que les troncs blancs des peupliers,
des trembles et des bouleaux semblent former des panneaux pour encadrer
la scène. Près du sommet, des quantités de baies rouges, noires et
bleues, surtout des bleues, des airelles grosses et délicieuses, offrent
un rafraîchissement bienvenu au voyageur altéré. Elles se vendent à
raison de 2 dollars le litre dans les restaurants de Dawson. En
descendant la côte, tout en traversant une partie de la forêt récemment
endommagée par un incendie, l'un de nous heurte de son pied un objet
qu'il examine de plus près avec étonnement: c'est une morille! Et en
effet, à droite, à gauche, partout nous comptons des douzaines, des
centaines de ces champignons émergeant de la mousse verte ou des
feuilles mortes qui déjà jonchent le sol. Cette découverte est
accueillie avec joie, car elle va amener quelque variété dans le menu.
Mais voici qu'au dîner chacun refuse de goûter à ce plat, de peur de
s'empoisonner. Enfin un de nos compagnons se hasarde, disant «s'y
connaître en champignons». Il déclare les nôtres excellents. Il prouve
son dire en en absorbant une large portion. Et aussitôt c'est à qui en
mangera le plus; la morille est admise par acclamations au menu
quotidien. Celles-ci sont plus grosses (quelques-unes sont comme le
poing) que celles d'Europe, mais elles n'ont peut-être pas une saveur
aussi fine; toutefois, en raison de ses qualités nutritives, la morille
est un précieux aliment naturel dans ce pays où elle abonde.
En sortant du bois, nous fûmes si frappés de la position et de l'aspect
du terrain que nous décidâmes d'y faire des fouilles. Notre tente fut
dressée au bord du Quartz, en un point où des travaux faits récemment
avaient laissé des vestiges, sous forme d'écluse, de boîtes et d'amas de
gravier. Au lavage nous obtînmes des résultats satisfaisants. Le
lendemain l'investigation fut poursuivie, et bientôt, vers
l'intersection des deux cours d'eau, nous découvrîmes que des fouilles
avaient été commencées à l'extrémité du plateau qui avait attiré notre
attention; nous nous approchâmes et, comme la place était désertée, nous
essayâmes la terre: on déclara les _prospects_ très bons. Aussi quand
revinrent les mineurs, dont nous avions vu les travaux, leur
offrîmes-nous de procéder en commun à la prospection de ces terrains, à
condition que, si le résultat était favorable, nous jalonnerions le
claim entre nous tous.
[image: LAVAGE DE L'OR AU PAN.--DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE
DE LA ROCHE, À SEATTLE.]
[image: UN CAMP DE PROSPECTEURS. DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE
DE M. GOLDSCHMIDT.]
Nous nous mîmes donc à l'oeuvre, et le lendemain quatre pans donnèrent
ensemble un dollar et demi, soit 38 sous le pan. Si l'on considère que
10 sous au pan est un résultat excellent, on peut penser que nos essais
furent trouvés très encourageants; les jours suivants, nous fîmes au
pan 50 sous et même davantage: le _bed rock_ n'était même pas atteint,
et les prospects étaient exécutés sur le bord de la roche. On creusa
alors à 3 ou 4 mètres, et les fouilles furent continuées sur différents
points du terrain; malheureusement l'eau de surface était si abondante,
grâce à l'action du soleil dégelant l'humus, qu'il devint très difficile
et même dangereux de travailler. En effet, la partie du terrain où la
découverte avait été faite était ombragée par de grands arbres qui,
arrêtant les rayons du soleil, laissaient la terre sèche, tandis
qu'ailleurs, un incendie de forêt ayant détruit tout ombrage, le dégel
était complet. Il fallut donc étayer les parois de la fosse avec des
sapins coupés en longueur, mais cela même n'empêcha pas l'un de nous
d'être presque enseveli par un éboulement de gravier. C'est à
grand'peine qu'il fut retiré du trou avec une épaule contusionnée. À une
profondeur de 5 mètres environ, malgré les étais formés de tronçons
d'arbres de 0m,10 à 0m,12 de diamètre et renforcés d'une palissade
de rondins courant tout le long des parois du puits, il fallut renoncer
à ces fouilles par trop périlleuses. Nous avions cependant de bons
prospects, et ils nous donnaient un vif espoir de succès, mais la partie
dut être remise à plus tard. Nous décidâmes de la reprendre
méthodiquement à l'hiver.
Satisfaits de ce commencement, nous mesurâmes et piquetâmes les claims
suivant le nombre des assistants, et, aussitôt cette opération achevée,
nous reprîmes le chemin de Dawson, afin de faire enregistrer notre
déclaration de propriété.
En route, un de nos ânes, qui portait un sac vide destiné à être rempli
de morilles, ne voulut pas se laisser appréhender au moment convenable.
Il prit un temps de galop à travers le bois; pourchassé longuement, il
finit par disparaître.
On ne s'en inquiéta pas autrement, supposant qu'il était retourné au
camp, mais 3 ou 4 jours plus tard, il fut retrouvé presque mort de faim;
dans sa course au milieu des arbres, sa corde s'était déroulée et
entortillée autour d'un tronc. Le pauvre animal attendait soit la
délivrance, soit la mort.
Notre voyage de retour à Dawson se fit sans incident. Aux Fourches, nous
nous arrêtâmes à l'hôtel hospitalier de Mme White, de New-York. Et le
soir même, par une forte averse, nous rentrions à Dawson, d'où nous
étions partis deux semaines auparavant.
[image: LE POSTE DE SIXTY MILE.--DESSIN DE TAYLOR, D'APRÈS UN
CROQUIS DE L'AUTEUR.]