XIV

Un voyage d'exploration.--Prospection d'un creek.--Une percée dans

la forêt.--Ces pauvres baudets.--Maladie et

démoralisation.--Moustiques et maringouins.--L'heureux camp. Des

morilles.--Sur Quartz Creek.--Une découverte aurifère.--Eboulement.

Etayement des puits.--Location de claims.

Le 11 juillet au matin, à 4 heures, un compagnon et moi nous poussions

devant nous, dans la rue de Dawson, trois baudets bâtés. Après avoir

dépassé la scierie, nous nous arrêtions devant la porte d'une cabane

au-dessus de laquelle flottait le drapeau anglais. Le propriétaire, un

ex-lutteur renommé, venait à notre rencontre et bientôt une tente, des

vivres, des couvertures, et des outils de prospection étaient empilés

avec méthode sur le dos des ânes et artistement liés au moyen d'un noeud

solide. Nous devions faire de compagnie une exploration dans la

direction du Mac Question Creek, un affluent de la rivière Stewart,

réputé inexploré mais riche en or. Deux prospecteurs avec deux animaux

nous y avaient déjà précédés en s'y rendant par une autre route. Quand

nos préparatifs furent terminés, notre caravane, composée de huit hommes

et de trois bêtes, se mit en marche en suivant un sentier le long de la

côte, à l'est de la ville. Nous passâmes le Klondyke au moyen d'un bac;

les baudets, un peu trop pesamment chargés, avançaient avec lenteur; le

passage à gué de la rivière ne fut pas sans difficulté, car nos bêtes

s'effrayaient des rapides, peu profonds, mais assez turbulents à cet

endroit.

Après avoir franchi la rivière, le chemin nous conduisit dans une

superbe forêt de bouleaux mêlés de quelques sapins blancs. Puis bientôt

nous pénétrâmes dans le Cagnon marquant l'entrée de la vallée de

Bonanza; la marche se poursuivit sans incident, mais avec lenteur, car

nos ânes avaient peine à retirer leurs petits sabots de la boue gluante

de la sente; vers midi on fit halte; nous recueillîmes quelques branches

éparses sur les débris de quartz et nous fîmes flamber un feu pour

préparer nos aliments: lard, biscuit, thé.

Pendant ce temps, les animaux, débarrassés de leur fardeau, se

régalaient des herbes succulentes qui croissent en abondance dans ce sol

d'alluvion. Le repas, mangé de grand appétit, étant terminé, nous

lavâmes la vaisselle, rechargeâmes les ânes, et bientôt nous étions

repartis. Le soleil était brûlant, le terrain glacé. Et cette anomalie

se traduisit par un défoncement pitoyable de la sente; nous piétinions

un limon noirâtre, tenace, épais, qui nous retenait en place, surtout

quand nous enfoncions jusqu'à mi-jambe.

Dans de pareilles conditions on avançait lentement. À un certain moment

l'embourbement devint tel qu'il fallut absolument faire l'ascension de

la colline pour s'éloigner des bords mêmes de la rivière. Mais soudain,

le pauvre aliboron qui portait la tente glissa, le pied lui manqua, et

le voilà pirouettant sur lui-même, pour aller, avec sa charge, s'étaler

dans une mare de boue liquide, à 10 mètres plus bas. Notre premier

mouvement fut de rire de l'aventure, la culbute étant si comique; le

second fut de nous précipiter au secours de la bête qui, les quatre fers

en l'air et reposant mollement sur la tente formant coussin, ne se

pressait pas de reprendre son équilibre. Il fallut dénouer les cordes,

décharger son bât, objet par objet, ensuite nettoyer le tout tant bien

que mal, recharger et repartir. Vers 7 heures du soir, nous déclarâmes

en avoir assez pour la journée, et nous nous arrêtâmes pour camper près

du numéro 25, après avoir fait une quinzaine de kilomètres en autant

d'heures.

[image: PASSAGE D'UN AFFLUENT DU YUKON. DESSIN DE GOTORBE,

PHOTOGRAPHIE DE LA ROCHE, À SEATTLE.]

C'est à cet endroit qu'un facétieux Irlandais, Ruddy Connor, a dressé sa

tente portant l'enseigne engageante de l'_Hôtel de la Goutte de Rosée_.

Le mouvement sans précédent des voyageurs depuis le début de l'été l'a

mis entièrement à court de vivres, à sec de liquides, si bien qu'il a

été contraint de placer, bien en évidence, un écriteau portant ces mots:

«Repas à 75 dollars pour ceux qui ont des sacs remplis, repas gratis

pour ceux qui n'ont pas de sac du tout».

Ayant bien pénétré l'intention de cet hôtelier de génie, nous nous

décidons à camper en face de son écriteau et de faire appel au contenu

de nos sacs pour le dîner.

Talonnés par le désir d'arriver au but, nous n'avons malheureusement pas

le loisir de prendre un long repos, et nous nous levons à minuit et

demi, presque avec le soleil. La route est monotone, les repas le sont

aussi. Ils se composent perpétuellement de lard et de haricots, mais

l'appétit est tel que l'on oublie ce que ce régime a de spartiate. Ce

jour-là, vers 2 heures, l'arête séparant la vallée de Bonanza de celle

du Quartz est atteinte, et nous y trouvons, heureusement pour nos bêtes,

un sentier sec et dur. Sur ces hauteurs nous éprouvons une sensation

exquise: l'air est si pur et si calme, la lumière si douce, les fleurs

sont si éclatantes, les bruyères d'un vert si tendre! Par instants, on

se croirait sur les croupes du Jura, avec cette différence que la pierre

calcaire est remplacée par le quartz; mais tout à coup les andouillers

d'un élan ou d'un caribou blanchis par le soleil viennent nous rappeler

que nous sommes aux antipodes de la civilisation. Finalement, nous nous

arrêtons, vers le soir, dans une ravine couverte de broussailles. À la

lisière des arbres, les compagnons qui nous ont devancés nous attendent.

C'est l'heure du repas. Quelques-uns d'entre nous le préparent sans

tarder: un échafaudage de morceaux de bois et de piquets enfoncés en

terre s'élève bien vite au-dessus d'un feu flambant où des arbres

entiers sont jetés; le tout supporte les vases, marmites, récipients

remplis de tout ce qu'il faut pour parfaire un festin gargantuesque.

D'autres s'occupent à dresser la tente, tandis que les ânes sont laissés

libres de trouver leur fourrage dans la côte tapissée d'herbes variées.

[image: BONANZA CREEK.--DESSIN DE TAYLOR, PHOTOGRAPHIE DE LA

ROCHE, À SEATTLE.]

Le jour suivant, nous abordâmes des parages inexplorés, abondants en

montées et en descentes; mais heureusement le terrain était ferme et

parfois desséché. La forêt remplaçait les broussailles; elle devenait

même si serrée, que nous fûmes obligés d'envoyer en avant-garde deux ou

trois sapeurs qui, la hache à la main, ouvrirent un passage à travers le

fouillis inextricable du bois. Malgré les traces nombreuses et fraîches

de caribous, d'élans, de panthères, de lynx, d'ours et d'autres bêtes

sauvages, il fut impossible à deux des nôtres, bons marcheurs et

excellents tireurs qui, la carabine en main, précédaient la caravane,

d'apercevoir et de tirer le moindre coup de fusil, et pourtant il arriva

parfois que l'herbe foulée au pied par l'animal n'avait pas eu encore le

temps de se redresser.

[image: DÉPART POUR LA CHASSE. DESSIN DE MIGNON, PHOTOGRAPHIE DE

M. GOLDSCHMIDT.]

Après quatre journées de cette marche dans l'intérieur, les difficultés

augmentèrent, la lassitude et la maladie mirent à bas la moitié du

contingent; la dysenterie, la diarrhée, les fièvres terrassèrent les

plus robustes: force nous fut d'établir un campement et de nous arrêter

quelques jours jusqu'à ce que les malades eussent repris assez de forces

pour se remettre en marche. Nous choisissons pour emplacement du camp le

bord d'un ruisseau à l'eau limpide, dans la forêt même: en semblable

occurrence, quand l'eau et le bois ne manquent pas, le prospecteur se

déclare satisfait. Les vivres étant courts, nos chasseurs battirent la

campagne, mais sans succès. Un jour pourtant, ils rencontrèrent une

tente occupée par quatre ou cinq prospecteurs qui venaient de tuer un

élan et qui, généreusement, leur en offrirent un quartier.

Les gens valides de notre caravane occupèrent leur séjour au camp à

prospecter dans le ruisseau; ils y trouvèrent des «couleurs»,

c'est-à-dire quelques parcelles d'or intéressantes sans doute, mais pas

assez abondantes pour justifier des travaux plus importants. Le travail,

dans ces conditions, se fait ainsi: on détache, à coups de pic, du

gravier des bancs et on le lave dans un pan (sorte de plat ou plutôt de

casserole à frire sans manche) avec l'eau du ruisseau même, en faisant

osciller constamment un pan, de façon que l'or, qui est le plus pesant,

se rassemble et se tasse au fond; l'eau que l'on fait courir sur le

gravier entraîne celui-ci et ne laisse bientôt dans le plat que du sable

noir, qui consiste en réalité en cubes minuscules de fer magnétique

contenant très souvent de l'or. Ce sable, étant presque aussi lourd que

l'or, se sépare assez difficilement du métal précieux; néanmoins, avec

un peu de pratique, on arrive aisément à laver le tout, de façon qu'il

ne reste dans le pan que les particules d'or et quelque peu de sable

qu'on élimine en séchant ce résidu sur le feu.

Nous étions arrivés aux confins de cette vaste plaine qui, comme nous

l'avons vu, s'étend des contreforts du Dôme à ceux des montagnes

Rocheuses, à plus de 150 kilomètres à l'Est. L'étude du terrain et le

résultat des prospections nous avaient convaincus que nous étions

parvenus à la limite de la ceinture aurifère. Et, comme l'état

d'abattement de nos malades persistait, nous décidâmes de battre en

retraite pour gagner la vallée du Quartz Creek, que nous savions peu

explorée et peu connue.

[image: PROSPECTION DANS LA VALLÉE DU QUARTZ. DESSIN DE MADAME

PAULE CRAMPEL, D'APRÈS UN CROQUIS DE L'AUTEUR.]

Une marche lente permit aux convalescents de suivre, tant bien que mal,

le gros de la colonne; les baudets, allégés de tout le poids des

provisions consommées depuis le départ, en profitèrent pour s'émanciper.

Nous arrivâmes ainsi un soir pour bivouaquer dans un endroit appelé, par

ironie sans doute, «l'Heureux Camp», car les moustiques, les maringouins

nous y firent souffrir mille tortures et faillirent presque nous faire

verser des larmes de douleur. Nous trouvâmes confirmée la véracité de

cette description d'un homme qui s'y connaît pour y avoir passé:

«En été, il y a des moustiques sans nombre, des marais à traverser, des

montagnes à gravir. Eh bien, tout le temps ces infernales bêtes vous

dévorent jusqu'à ce que parfois la vie elle-même semble être une

malédiction. Je sais ceci par expérience, et j'ai vu des hommes forts,

durs, vigoureux, verser des larmes de rage impuissante devant ces

ennemis innombrables et presque invisibles. Maintenant, supposez que

vous portiez des bottes de mineur en caoutchouc montant jusqu'aux

cuisses et qui sont presque indispensables dans ce pays-là, pendant la

saison d'été, chacune pesant 3 ou 4 livres, un lourd habillement de

laine, des couvertures, des vivres pour dix, vingt ou trente jours,

quelquefois plus, une hache, un pic, une pelle et d'autres articles

indispensables, un poids total de 50, 60, 90 et souvent plus de 100

livres, tout cela porté à dos, pataugeant à travers les marais, vous

débattant dans la broussaille, gravissant les pentes escarpées des

montagnes sous un soleil écorchant qui, de fait, couvre la peau

d'ampoules, pendant que tout le temps la sueur coule à flots et que,

incessamment aussi, le maringouin, doué d'ubiquité, vous assaille à

chaque point vulnérable, s'attaquant surtout à vos yeux, à vos oreilles

et à vos mains et trop souvent, hélas! à votre langue, sans qu'il soit

possible de s'y soustraire. Et puis, ayant échappé à cette torture,

quand vous franchissez le sommet de l'arête, les vents solidifient

presque vos vêtements saturés de sueur, vous glacent jusqu'à la moelle,

et raidissent vos doigts au point qu'ils peuvent à peine se mouvoir.

Après une journée passée dans ces conditions, imaginez que vous vous

asseyez au milieu d'une nuée de moustiques pour prendre votre repas,

qu'il vous a fallu plus d'une heure pour préparer, et qui consiste en

pain pétri à la hâte et cuit sur la braise de votre feu de camp, en

haricots peut-être à demi bouillis, en lard dans la même condition, en

café ou en thé de mauvaise qualité. Si vous êtes fumeur, vous savourez

ensuite une pipe, puis vous vous enveloppez dans vos couvertures avec

quelques rameaux répandus sur le sol, la tête soigneusement couverte,

car le maringouin ne dort jamais, et vous trouvez enfin un sommeil tel

que les conditions peuvent le permettre, mais qui est d'ordinaire, je

dois le dire, profond et assez doux.»

L'Heureux Camp est situé sur l'arête bordant la vallée du Dominion à

l'Est, non loin du Dôme. Nous lâchâmes nos baudets en liberté; comme il

faisait grand jour à 10 ou 11 heures du soir, ils s'éloignèrent bientôt

avec le grelot qu'on leur avait confectionné, deux jours auparavant, au

moyen d'une boîte à conserves vide et d'un gros clou en guise de

battant. Grâce à cette invention (non patentée), on pouvait les suivre

aisément quand ils erraient dans la forêt, ou les retrouver quand ils

s'égaraient. Après le souper on se coucha; mais les moustiques étaient

si agressifs que plusieurs d'entre nous préférèrent s'asseoir auprès du

feu et s'enfumer à outrance pour échapper aux piqûres de ces affreuses

bêtes. Le lendemain nous subîmes là un orage épouvantable, avec éclairs

sinistres et coups de tonnerre effrayants, tandis que la pluie perçait

nos vêtements de part en part. Il y a souvent, en été, de violentes

perturbations de l'équilibre atmosphérique, mais elles sont heureusement

de courte durée, et elles contribuent à maintenir l'air pur et frais.

Le jour suivant, descente le long de l'arête qui sépare Quartz Creek de

Canyon Creek: le paysage est charmant; après les bruyères et les

arbrisseaux viennent des broussailles, puis des bois avec des sous-bois

luxuriants; les clairières sont, par places, tapissées d'herbes et de

fleurs dont les tons s'harmonisent parfaitement, fonds verts relevés de

motifs de couleurs gaies, tandis que les troncs blancs des peupliers,

des trembles et des bouleaux semblent former des panneaux pour encadrer

la scène. Près du sommet, des quantités de baies rouges, noires et

bleues, surtout des bleues, des airelles grosses et délicieuses, offrent

un rafraîchissement bienvenu au voyageur altéré. Elles se vendent à

raison de 2 dollars le litre dans les restaurants de Dawson. En

descendant la côte, tout en traversant une partie de la forêt récemment

endommagée par un incendie, l'un de nous heurte de son pied un objet

qu'il examine de plus près avec étonnement: c'est une morille! Et en

effet, à droite, à gauche, partout nous comptons des douzaines, des

centaines de ces champignons émergeant de la mousse verte ou des

feuilles mortes qui déjà jonchent le sol. Cette découverte est

accueillie avec joie, car elle va amener quelque variété dans le menu.

Mais voici qu'au dîner chacun refuse de goûter à ce plat, de peur de

s'empoisonner. Enfin un de nos compagnons se hasarde, disant «s'y

connaître en champignons». Il déclare les nôtres excellents. Il prouve

son dire en en absorbant une large portion. Et aussitôt c'est à qui en

mangera le plus; la morille est admise par acclamations au menu

quotidien. Celles-ci sont plus grosses (quelques-unes sont comme le

poing) que celles d'Europe, mais elles n'ont peut-être pas une saveur

aussi fine; toutefois, en raison de ses qualités nutritives, la morille

est un précieux aliment naturel dans ce pays où elle abonde.

En sortant du bois, nous fûmes si frappés de la position et de l'aspect

du terrain que nous décidâmes d'y faire des fouilles. Notre tente fut

dressée au bord du Quartz, en un point où des travaux faits récemment

avaient laissé des vestiges, sous forme d'écluse, de boîtes et d'amas de

gravier. Au lavage nous obtînmes des résultats satisfaisants. Le

lendemain l'investigation fut poursuivie, et bientôt, vers

l'intersection des deux cours d'eau, nous découvrîmes que des fouilles

avaient été commencées à l'extrémité du plateau qui avait attiré notre

attention; nous nous approchâmes et, comme la place était désertée, nous

essayâmes la terre: on déclara les _prospects_ très bons. Aussi quand

revinrent les mineurs, dont nous avions vu les travaux, leur

offrîmes-nous de procéder en commun à la prospection de ces terrains, à

condition que, si le résultat était favorable, nous jalonnerions le

claim entre nous tous.

[image: LAVAGE DE L'OR AU PAN.--DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE

DE LA ROCHE, À SEATTLE.]

[image: UN CAMP DE PROSPECTEURS. DESSIN DE GOTORBE, PHOTOGRAPHIE

DE M. GOLDSCHMIDT.]

Nous nous mîmes donc à l'oeuvre, et le lendemain quatre pans donnèrent

ensemble un dollar et demi, soit 38 sous le pan. Si l'on considère que

10 sous au pan est un résultat excellent, on peut penser que nos essais

furent trouvés très encourageants; les jours suivants, nous fîmes au

pan 50 sous et même davantage: le _bed rock_ n'était même pas atteint,

et les prospects étaient exécutés sur le bord de la roche. On creusa

alors à 3 ou 4 mètres, et les fouilles furent continuées sur différents

points du terrain; malheureusement l'eau de surface était si abondante,

grâce à l'action du soleil dégelant l'humus, qu'il devint très difficile

et même dangereux de travailler. En effet, la partie du terrain où la

découverte avait été faite était ombragée par de grands arbres qui,

arrêtant les rayons du soleil, laissaient la terre sèche, tandis

qu'ailleurs, un incendie de forêt ayant détruit tout ombrage, le dégel

était complet. Il fallut donc étayer les parois de la fosse avec des

sapins coupés en longueur, mais cela même n'empêcha pas l'un de nous

d'être presque enseveli par un éboulement de gravier. C'est à

grand'peine qu'il fut retiré du trou avec une épaule contusionnée. À une

profondeur de 5 mètres environ, malgré les étais formés de tronçons

d'arbres de 0m,10 à 0m,12 de diamètre et renforcés d'une palissade

de rondins courant tout le long des parois du puits, il fallut renoncer

à ces fouilles par trop périlleuses. Nous avions cependant de bons

prospects, et ils nous donnaient un vif espoir de succès, mais la partie

dut être remise à plus tard. Nous décidâmes de la reprendre

méthodiquement à l'hiver.

Satisfaits de ce commencement, nous mesurâmes et piquetâmes les claims

suivant le nombre des assistants, et, aussitôt cette opération achevée,

nous reprîmes le chemin de Dawson, afin de faire enregistrer notre

déclaration de propriété.

En route, un de nos ânes, qui portait un sac vide destiné à être rempli

de morilles, ne voulut pas se laisser appréhender au moment convenable.

Il prit un temps de galop à travers le bois; pourchassé longuement, il

finit par disparaître.

On ne s'en inquiéta pas autrement, supposant qu'il était retourné au

camp, mais 3 ou 4 jours plus tard, il fut retrouvé presque mort de faim;

dans sa course au milieu des arbres, sa corde s'était déroulée et

entortillée autour d'un tronc. Le pauvre animal attendait soit la

délivrance, soit la mort.

Notre voyage de retour à Dawson se fit sans incident. Aux Fourches, nous

nous arrêtâmes à l'hôtel hospitalier de Mme White, de New-York. Et le

soir même, par une forte averse, nous rentrions à Dawson, d'où nous

étions partis deux semaines auparavant.

[image: LE POSTE DE SIXTY MILE.--DESSIN DE TAYLOR, D'APRÈS UN

CROQUIS DE L'AUTEUR.]

Aux mines d'or du Klondike du lac Bennett à Dawson City · 第 16 / 24 题