L'ÉVACUATION.

Le traité du 20 novembre, en stipulant que l'occupation du territoire

français par une armée alliée de cent cinquante mille hommes durerait

cinq années, avait reconnu la possibilité de réduire, soit le temps

d'occupation, soit le nombre des troupes étrangères.

D'après l'esprit même du traité de Paris, ce n'était pas accessoirement,

et pour garantir le payement de l'indemnité de guerre, que le territoire

français devait être occupé. Le but principal des alliés était de

maintenir en France la tranquillité publique; et l'on conçoit sans peine

quelle était l'exacte signification de ces mots. On se souvenait des

événements accomplis en 1814, dit débarquement de l'empereur et de la

facilité avec laquelle il avait pu marcher jusqu'aux Tuileries; on

voulait prendre des garanties suffisantes pour rendre impossible le

retour de semblable bouleversement.

Dès l'année 1816, le gouvernement français s'efforça d'obtenir des

concessions et de faire diminuer l'armée d'occupation. La récolte avait

été exceptionnellement mauvaise, et par suite le trésor public se

trouvait hors d'état de faire face aux engagements pris par le traité.

Les alliés consentirent facilement à une suspension momentanée des

paiements, mais ils se refusèrent absolument à restreindre l'armée

d'occupation. Seules, la Russie et l'Autriche appuyèrent la demande du

duc de Richelieu; l'Angleterre s'y opposa formellement, et le duc de

Wellington, jusque-là si bienveillant, déclara que la tranquillité ne

lui semblait pas suffisamment garantie pour qu'il fut possible d'accéder

à la demande de la France.

Ce premier échec ne découragea pas le ministère français. Dès le

commencement de 1817, les négociations furent reprises, et l'Angleterre,

une fois encore, se montra peu disposée à accueillir la proposition qui

lui était faite. Fort heureusement, la Russie ne se laissa pas arrêter

par le peu d'empressement de l'ambassadeur anglais, sir Charles Stuart;

il fut décidé que dans le cas où l'emprunt que le gouvernement français

cherchait à contracter en ce moment viendrait à réussir, l'armée

d'occupation serait réduite. L'accord ayant été conclu le 18 février

entre le ministre des finances et la maison Hope et Baring, comme nous

l'avons exposé dans un chapitre précédent, il fut résolu que trente

mille hommes quitteraient la France le 1er avril.

Cette nouvelle, portée à la Chambre des députés par le duc de Richelieu,

excita un vif enthousiasme.

L'Illustration, No. 1595, 20 Septembre 1873 · 第 36 / 45 题