M. de Mauvillers fut naturellement inflexible.

Le désespoir de la jeune fille était tel que, sans souci de son honneur,

ne songeant qu'à se conserver pure à la mémoire de Jacques, elle allait

peut-être tout avouer à son père.

Hélas! cette résolution extrême à laquelle son désespoir l'entraînait,

l'eût-elle sauvée? Il est permis d'en douter. M. de Mauvillers n'avait

point de ces scrupules, non plus sans doute que celui qu'il lui

destinait pour époux.

Ce fut alors qu'intervint M. de Favereye.

Le marquis était lui-même dans une de ces crises douloureuses qui

blanchissent en une nuit les cheveux, courbent le front et brisent toute

une existence.

M. de Favereye, veuf, était resté seul avec une fille, qui était alors

âgée de quinze ans. Certes, il n'avait pas à s'adresser le reproche que

méritait M. de Mauvillers. Sa sollicitude ne s'était pas démentie un

seul instant, son affection inquiète n'avait pas un seul instant été en

défaut. Et pourtant le malheur était entré dans sa maison.

La jeune fille était une de ces natures ardentes qui semblent plutôt

relever de la science que de la morale. Par quelle anomalie, née d'un

père honnête, d'une mère chaste, cachait-elle en son coeur les instincts

les plus pervers? c'est ce que seule sans doute la physiologie aurait pu

expliquer.

Elle avait commis une faute inexplicable, inexpliquée, car l'homme

auquel elle s'était abandonnée était de ceux que ne recommandent ni

l'intelligence, ni la probité, ni même ces avantages extérieurs qui

parfois troublent la tête des jeunes filles.

M. de Favereye avait découvert cette intrigue: il avait contraint le

misérable à se battre, et il l'avait tué.

Quand elle avait appris sa mort, la fille de M. de Favereye avait ri.

Et cependant elle allait être mère.

Avant de la condamner, il faut tout savoir.

M. de Favereye, qui avait soigneusement caché les causes du duel dans

lequel le séducteur avait péri, avait ensuite conduit sa fille dans une

de ses terres. Nul ne soupçonnait ce qui s'était passé. Pendant sa

grossesse, sa fille fut en proie à des accès de folie qui prouvèrent son

irresponsabilité.

Il était évident qu'elle ne résisterait pas aux douleurs de

l'enfantement; le médecin, qui seul avait reçu les confidences de M. de

Favereye, lui affirma que la mort de sa fille était inévitable, mais en

même temps il s'engageait à sauver l'enfant qui naîtrait d'elle.

C'était à ce moment que M. de Mauvillers prétendait contraindre sa fille

à une union détestée.

Les loups de Paris II. Les assises rouges · 第 47 / 65 题