CHAPITRE LXXVII.

Comment Pierre de Bénévent, légat du siége apostolique,

réconcilie à l'Église les comtes de Foix et de Comminges[163].

[Note 163: Pierre de Vaulx-Cernay omet ici à dessein le comte de

Toulouse qui fut également réconcilié à l'Église, à la même époque, par

le légat Pierre de Bénévent. (Voir les _Éclaircissemens et pièces

historiques_ à la fin de ce volume, pag. 386 et 387.)]

Pendant que ceci se passait, maître Pierre de Bénévent, cardinal, légat

du siége apostolique au pays de Narbonne, venait pour mettre ordre à ce

qui intéressait la paix et la foi, lequel, ayant appris la conduite des

Narbonnais, leur manda et ordonna très-strictement de garder trève à

l'égard du comte de Montfort jusqu'à son arrivée, mandant également à

celui-ci de ne faire aucun tort aux gens de Narbonne. Peu de jours

ensuite, il s'y rendit, après toutefois qu'il eut vu notre comte, et

qu'il eut conféré soigneusement avec lui. Aussitôt les ennemis de la

foi, savoir les comtes de Foix et de Comminges, et beaucoup d'autres qui

avaient été justement dépossédés, vinrent trouver le légat pour le

supplier de les rétablir dans leurs domaines. Sur quoi, plein de

prudence et de discrétion, il les réconcilia tous à l'Église, recevant

d'eux non seulement la garantie sous serment d'obéir aux ordres

apostoliques, mais aussi certains châteaux très-forts qu'ils avaient

encore entre les mains. Les choses en étaient là quand les hommes de

Moissac livrèrent la ville par trahison au comte de Toulouse, et ceux

qui se trouvaient dans Moissac, au nom de Montfort, se retirèrent dans

la citadelle qui était faible et mal défendue. Là, ils furent assiégés

par Raimond, suivi d'une grande multitude de routiers, pendant trois

semaines de suite; mais les nôtres, bien qu'en petit nombre, firent une

vigoureuse résistance. Quant au noble comte, en apprenant ce qui se

passait, il partit à l'instant même, et marcha en toute hâte à leur

secours: pour quoi le Toulousain et sa troupe, ensemble plusieurs des

gens dudit lieu, principaux auteurs de cette noire trahison, s'enfuirent

bien vite dès qu'ils eurent vent de l'arrivée de Montfort, levant le

siége qu'ils avaient poussé si long-temps. Sachant leur fuite, notre

comte et sa suite descendirent du côté d'Agen pour prendre d'assaut,

s'il était possible, un château nommé le Mas, sur les confins du diocèse

agénois, lequel, dans cette même année, avait fait apostasie. En effet,

le roi Jean d'Angleterre, qui avait toujours été l'ennemi de la cause de

Jésus-Christ et du comte de Montfort, s'étant, à cette époque, rendu au

pays d'Agen, plusieurs nobles de ces quartiers, dans l'espérance qu'il

leur baillerait bonne aide, s'éloignèrent de Dieu, et secouèrent la

domination du comte; mais, par la grâce de Dieu, ils furent ensuite

frustrés de leur espoir. Montfort donc, se portant rapidement sur ledit

château, vint en un lieu où il lui fallut passer la Garonne, n'ayant que

quelques barques mal équipées; et, comme les habitans de la Réole,

château appartenant au roi d'Angleterre, avaient remonté le fleuve sur

des nefs armées en guerre, pour s'opposer au passage des nôtres, ils

entrèrent dans l'eau, et la traversèrent librement, malgré les ennemis;

puis, arrivant au château du Mas, après l'avoir assiégé trois jours, ils

s'en revinrent à Narbonne, parce qu'ils n'avaient point de machines, et

que le comte ne pouvait continuer le siége, vu que l'ordre du légat le

rappelait de ce côté.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 84 / 144 题