Amaury et les citoyens de Narbonne reçoivent dans leurs murs les
ennemis du comte de Montfort, et lui, pour cette cause, dévaste
leur territoire.
Vers ce même temps, Amaury, seigneur de Narbonne, et les citoyens de
cette ville, lesquels n'avaient jamais aimé la cause de Jésus-Christ,
accouchant enfin des iniquités qu'ils avaient long-temps avant conçues,
s'éloignèrent manifestement de Dieu, et reçurent dans leur ville les
routiers, les Arragonais et les Catalans, afin de chasser, s'ils le
pouvaient, par leur aide, le noble comte de Montfort que les Catalans et
les Arragonais poursuivaient en vengeance de leur roi. Du reste, les
gens de Narbonne commirent tel forfait, non que le comte les attaquât ou
les eût lésés en quoi que ce fût, mais parce qu'ils pensaient qu'à
l'avenir il ne lui viendrait plus de renforts de Croisés. Toutefois
celui qui attrape les sages dans leurs finesses en avait autrement
disposé, puisque, durant que tous nos ennemis étaient réunis dans
Narbonne pour se jeter ensemble sur Montfort et le peu de monde qu'il
avait avec lui, voilà que soudain des pélerins survinrent de France,
savoir, Guillaume Des Barres, homme d'un courage éprouvé, et plusieurs
chevaliers à sa suite, dont la jonction et le secours permirent à notre
comte d'aller dans le voisinage de Narbonne, et de dévaster les domaines
d'Amaury, comme de lui enlever presque tous ses châteaux. Or, un jour
que notre comte avait décidé de se présenter devant Narbonne, et
qu'ayant armé tous les siens rangés en trois troupes, lui-même en tête
s'était approché des portes de la ville, nos ennemis en étant sortis et
s'étant postés à l'entrée de la ville, cet invincible guerrier,
c'est-à-dire Montfort, voulut se lancer à l'instant sur eux à travers un
passage ardu et inaccessible; mais ceux-ci, qui étaient placés sur une
éminence, le frappèrent si violemment de leurs lances que la selle de
son cheval s'étant rompue, il tomba par terre; et, courant de toutes
parts pour le prendre ou pour le tuer, ils auraient fait l'un ou
l'autre, si les nôtres, ayant volé à son secours, ne l'eussent remis sur
pied par la grâce de Dieu et après beaucoup de vaillans efforts. Puis
Guillaume, qui se trouvait à l'arrière-garde, se ruant avec tous nos
gens sur les ennemis, les força de rentrer à toutes jambes dans
Narbonne; après quoi le comte et les siens retournèrent au lieu d'où ils
étaient venus le même jour.