Comment, après la victoire de Muret, les Toulousains offrirent
aux évêques des otages pour obtenir leur réconciliation.
Après la glorieuse victoire et sans exemple remportée à Muret, les sept
évêques susnommés et les trois abbés qui étaient encore dans ce château,
pensant que les citoyens de Toulouse, épouvantés par un si grand miracle
ensemble et châtiment de Dieu, pourraient plus vite et plus aisément
être rappelés de leurs erreurs au giron de notre mère l'Église,
tentèrent, selon l'injonction, pouvoir et teneur du mandat apostolique,
de les ramener par prières, avis et terreur, à la sainte unité romaine.
Sur quoi, les Toulousains ayant promis d'accomplir le mandat du seigneur
pape, les prélats leur demandèrent de vive voix une suffisante caution
de leur obéissance, savoir, deux cents otages pris parmi eux, pour
autant qu'ils ne pouvaient en aucune façon se contenter de la garantie
du serment, eux ayant à fréquentes reprises transgressé ceux qu'ils
avaient donnés pour le même objet. Finalement, après maintes et maintes
contestations, ils s'engagèrent à livrer en otages soixante seulement de
leurs citoyens; et, bien que leurs évêques, pour plus grande sûreté, en
eussent exigé, comme nous l'avons dit, deux cents, à cause de l'étendue
de la ville, aussi bien que de l'humeur indomptable et félonne de sa
population, d'autant qu'elle avait souffert que faillissent ceux qu'une
autre fois on avait pris parmi les plus riches de la cité pour la même
cause, les gens de Toulouse ne voulurent par subterfuge en donner que le
moindre nombre susdit et pas davantage. Aussitôt les prélats, afin de
leur ôter tout prétexte et toute occasion de pallier leurs erreurs,
répondirent qu'ils accepteraient volontiers les soixante otages qu'ils
offraient, et qu'à cette condition ils les réconcilieraient à l'Église,
et les maintiendraient en paix dans l'unité de la foi catholique. Mais
eux, ne pouvant plus long-temps cacher leurs méchans desseins, dirent
qu'ils n'en bailleraient aucun, dévoilant évidemment par tel refus
qu'ils n'en avaient d'abord promis soixante qu'en fraude et supercherie.
Ajoutons ici que les hommes d'un certain château au diocèse d'Albi,
ayant nom Rabastens, quand ils apprirent notre victoire, déguerpirent
tous de peur, et laissèrent la place vide, laquelle fut occupée par Gui,
frère du comte de Montfort, à qui elle appartenait, et qui, y ayant
envoyé de ses gens, les y mit en garnison. Peu de jours après,
survinrent des pélerins de France, mais en petit nombre, savoir,
Rodolphe, évêque d'Arras, suivi de quelques chevaliers, ainsi que
plusieurs autres pareillement en faible quantité. Quant à notre comte,
il se prit, avec toute sa suite, à courir sur les terres du comte de
Foix, brûlant le bas bourg de sa ville, comme tout ce qu'ils purent
trouver en dehors des forteresses de ses domaines dans les expéditions
qu'ils poussèrent plus avant.