CHAPITRE LXV.

Comment le comte Simon réunit à Pamiers les prélats et barons;

décrets et lois qui y furent portés et qu'il promit d'accomplir.

L'an de l'incarnation du Seigneur 1212, au mois de novembre, le comte de

Montfort convoqua les évêques et nobles de ses domaines pour tenir un

colloque général à Pamiers. L'objet de cette conférence solennelle était

que le comte fît rétablir les bonnes moeurs dans le pays qu'il avait

acquis et soumis à la sainte Église romaine, qu'il en repoussât bien

loin l'ordure d'hérésie qui l'avait infecté tout entier, et y implantât

les saines habitudes, tant celles du culte chrétien que celles mêmes de

la paix temporelle et de la concorde civile. Aussi bien ces contrées

avaient été d'ancienne date ouvertes aux déprédations et rapines de

toute espèce; le fort y opprimait le faible, les grands y vexaient les

petits. Le noble comte voulut donc instituer coutumes et fixer aux

seigneurs limites certaines que nul ne pût transgresser, déterminer

comment les chevaliers vivraient à juste titre de revenus légitimes et

assurés, et faire en sorte que le menu peuple lui-même pût subsister

sous l'aile des seigneurs sans être grevé d'exactions outre mesure. À

telle fin furent élues douze personnes qui jurèrent sur les saints

Évangiles qu'elles disposeraient, selon leur pouvoir, telles coutumes

que l'Église pût jouir de sa liberté, et que tout le pays fût mis bien

fermement en meilleur état. De ces douze, quatre appartenaient au

clergé, savoir les évêques de Toulouse et de Conserans, un frère

templier et un frère hospitalier; quatre étaient des chevaliers de

France, et les quatre autres, natifs du pays, comptaient deux chevaliers

et deux bourgeois, par lesquels ensemble furent lesdites coutumes

tracées et arrêtées en suffisante manière. Au demeurant, pour qu'elles

fussent inviolablement observées, le noble comte et tous ses chevaliers

firent serment, sur les quatre Évangiles, avant même qu'elles fussent

produites, de ne les violer oncques, et enfin, pour majeure garantie,

elles furent rédigées par écrit et munies du sceau du comte et de tous

les évêques qui étaient là en bon nombre.

Durant que ces choses se passaient à Pamiers, les ennemis de la foi

sortirent de Toulouse et commencèrent à courir la Gascogne, faisant tout

le mal qu'ils pouvaient. Sur quoi, le vénérable évêque de Comminges,

ayant pris avec lui quelques-uns de nos chevaliers, marcha en ces

quartiers et les défendit bravement contre les hérétiques. Quant au

noble comte, il vint à Carcassonne et de là à Béziers pour y conférer

avec l'archevêque de Narbonne sur les divers points qui intéressaient

les affaires de Jésus-Christ. Or pendant que nous étions à Béziers, le

siége épiscopal de cette ville étant vacant, les chanoines de cette

église choisirent d'une commune voix le vénérable archidiacre de Paris,

Guillaume, pour leur évêque et pasteur; mais il ne put, par aucune

raison, être induit à accepter cette élection.

Histoire de l'hérésie des Albigeois, et de la sainte guerre entreprise contre eux de l'an 1203 à  l'an 1218 · 第 72 / 144 题