Comment l'évêque de Paris et autres nobles hommes vinrent à
l'armée du comte de Montfort.
L'an de l'incarnation du Verbe 1211[98], aux environs de la mi-carême,
arrivèrent de France nobles et puissans Croisés, savoir, l'évêque de
Paris, Enguerrand de Coucy, Robert de Courtenai, Juël de Mayenne[99], et
plusieurs autres; lesquels nobles personnages se comportèrent noblement
aux affaires du Christ.
[Note 98: Il y a dans le texte 1210; mais c'est évidemment une erreur,
et il suffirait pour s'en convaincre de voir qu'il est question, dans ce
chapitre, de la délivrance de ce Bouchard de Marly, dont l'auteur, après
avoir raconté comment il fut pris à la fin de l'an 1209, dit qu'il resta
seize mois dans les fers. (Voy. chap. XXVI.)]
[Note 99: _Ivellus de Meduana_: la plupart des modernes ont traduit
_Juël de Mantes_; c'est une erreur. (_Histoire générale de Languedoc_,
t. 3, p. 205.)]
Or, comme ils furent arrivés à Carcassonne, ayant tenu conseil, tous
cesdits pélerins tombèrent d'accord de marcher au siége de Cabaret, pour
autant que les chevaliers du diocèse de Carcassonne, ayant depuis
long-temps déserté leurs châteaux par peur des nôtres, s'étaient
réfugiés dans cette place, entre lesquels étaient deux frères selon la
chair, l'un nommé Pierre Miron, et l'autre Pierre de Saint-Michel, les
mêmes qui avaient pris Bouchard de Marly, comme nous l'avons rapporté
plus haut[100]. Mais ensuite ils étaient sortis dudit château avec
certains autres, et étaient venus se rendre au comte: pour quoi il leur
donna des terres. Quant au seigneur de Cabaret, Pierre Roger, voyant que
le comte et les pélerins voulaient l'assiéger, considérant de plus qu'il
était grandement affaibli par la retraite des susdits chevaliers, il eut
peur, et composa avec Montfort et les barons en la manière qui suit: il
lui livra le château de Cabaret, lui rendant en outre ce même Bouchard
dont nous avons parlé, à la charge que le comte lui donnerait un autre
domaine convenable, après la reddition du château; ce qui fut fait. Puis
le comte et les barons conduisirent l'armée au siége d'une certaine
place nommée Lavaur[101].
[Note 100: Voyez chap. XXVI, pag. 76.]
[Note 101: C'était une des villes les plus considérables aux mains des
Albigeois. Cependant elle ne possédait pas encore un évêché. Elle est
située à huit lieues d'Albi et de Toulouse. L'auteur fait à ce sujet une
légère erreur en moins.]